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« Les enfants ont besoin de moi » : à 56 ans, elle retourne enseigner

Femme aux cheveux blonds, écharpe rose et manteau noir, à côté d'un poteau avec des panneaux colorés indiquant des prénoms d'enfants.

Marie José Fiset dans une ruelle de son quartier de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Au début de l'année, moi, ça me crevait le cœur de savoir que les enfants n'avaient pas de titulaire. » Sensible aux immenses besoins en éducation, Marie José Fiset a décidé de remettre le pied à l’étrier 12 ans après avoir quitté l’enseignement.

Aussi passionnée qu’à ses débuts, « avec des lunettes roses, mais pas trop », elle sera de retour en classe dès janvier. C'est d'autant plus surprenant qu'au cours des derniers mois, de nombreux enseignants dans la cinquantaine ont préféré quitter le milieu de l’éducation et avancer leur retraite à cause de la pandémie de COVID-19.

Au début de l’été dernier, Marie José Fiset a entendu une entrevue à la radio à propos des besoins, plus grands que jamais, pour aider les enfants dans leur scolarité, mise à mal par le confinement et la pandémie. Ça m’a beaucoup interpellée, dit-elle. Elle a aussi entendu parler des jeunes enseignants à qui l'on confie des classes trop difficiles pour eux et qui quittent le métier, découragés et brûlés avant l’heure.

On a bien tenté dans mon entourage de me décourager! Mais je me suis dit : ''Ils ont besoin de moi. Je peux apporter quelque chose à ces enfants-là. Les préparer pour le secondaire ou, si j’ai une classe d’accueil, les préparer à aimer le Québec, à parler le français."

Une citation de :Marie José Fiset

En voyant les enfants jouer dans la ruelle derrière sa maison du quartier Rosemont–La Petite-Patrie, elle s’est dit que son bagage d’expériences pourrait servir. Pendant 22 ans, Marie José Fiset a enseigné le français, l’anglais et le latin dans des écoles secondaires privées, en Montérégie avant de partir vivre de nouveaux défis en Afrique en tant que coopérante humanitaire.

L'Afrique a changé son regard

Il y a de cela 12 ans, elle éprouvait une lassitude de l’enseignement : l’impression de se répéter, que sa vie était toute tracée jusqu’à la retraite. Son plus jeune fils, âgé de 17 ans, s’en allait vivre chez son père, de qui elle était séparée. C’était le bon moment pour réaliser son rêve de partir en mission humanitaire.

Dans l’extrême nord du Cameroun, Marie José Fiset a travaillé à améliorer l’accès à l’éducation pour les jeunes filles. Puis, elle a répété l'expérience au Burkina Faso et au Niger. Pendant trois ans, son rôle a consisté à convaincre des parents, rencontrer des directeurs d’école, donner de la formation et recruter des enseignants.

C’était extrêmement difficile, mais aussi extrêmement valorisant. Nous, ici, on ne sait pas ce que c’est, des jeunes filles qui ne peuvent pas aller à l’école.

Six jeunes filles africaines debout, avec l'enseignante

Marie José Fiset au Niger avec des jeunes filles, en 2011.

Photo : Radio-Canada / (gracieuseté)

Elle est ensuite partie en Haïti avec la Fondation Paul Gérin-Lajoie. Elle y a mis sur pied des coopératives scolaires, permettant aux parents de mettre de l’argent de côté pour payer les frais de scolarité des enfants.

De retour au Québec, Marie José Fiset a occupé différents emplois dans le domaine de la philanthropie. Elle était jusqu’à récemment directrice générale de l’organisme Ensemble pour la diversité, qui organise des ateliers dans les écoles pour parler de diversité et d’inclusion. J’ai fait beaucoup de changements dans ma vie, reconnaît-elle. Mais j’ai toujours eu un lien avec l’éducation.

En pleine pandémie, elle a entendu l’appel du ministère de l’Éducation du Québec pour inciter les enseignants retraités à revenir. Tranquillement, le travail s’est fait dans ma tête : "Est-ce que je retourne? C’est vraiment maintenant que je peux le faire. Dans deux ans, il va être trop tard, j’aurai 58 ans." J’ai senti vraiment cet appel-là. Mais j’ai pris beaucoup de temps à réfléchir.

Elle s’attend à gagner un salaire moins élevé, mais cette question n’a fait que lui effleurer l’esprit. Je me dis qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie, de toute façon, et qu’il faut se réaliser.

Aussitôt candidate, aussitôt embauchée

Sa décision prise, elle a contacté le Centre de services scolaire de Montréal. Elle a dû partir à la recherche de ses diplômes chez sa mère, notamment un bac et un brevet en éducation primaire et secondaire. Puis elle a posé sa candidature et passé un entretien.

Une candidature en or, dans le contexte actuel.

Elle s’est aussitôt retrouvée sur la liste des remplaçantes, mais obligée de décliner des offres qui arrivaient trop vite.

Marie José Fiset veut enseigner en classe d’accueil, ou auprès d’élèves de 5e ou 6e année. Sa demande a étonné le service de recrutement du Centre de services scolaire. C’est rare que les enseignants réclament ces classes, lui a-t-on dit. Parce que les défis sont plus grands.

En effet, les élèves des classes d’accueil, arrivés comme immigrants ou réfugiés, ne maîtrisent parfois ni le français ni l’anglais. Quant aux élèves du 3e cycle du primaire, il faut les préparer à l’école secondaire. Pas facile, en cette période d’incertitude. Comment on les prépare, en ne sachant pas ce qui va se passer? À Montréal, ils ont manqué trois mois d’école! Ça prend des gens qui ont vraiment le goût de s’investir.

J’ai toujours dit que l’enseignement, c’est une vocation. Et ça, je le crois encore. On dirait que c'est plus fort que jamais.

Une citation de :Marie José Fiset
L'enseignante aux cheveux blonds, manteau noir, écharpe rose, à côté du grillage d'une cour d'école

Marie José Fiset regarde les enfants jouer dans la cour de l’école Saint-Barthélémy, dans le quartier Villeray.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

La pandémie aurait pu la dissuader un peu, non? Elle y pense régulièrement, elle sait qu’il y a des foyers d’éclosion dans les écoles. Mais quand t’as eu deux fois la malaria, la COVID, euh… répond-elle, philosophe. Je peux l’attraper n’importe où, n’importe quand. Si on commence à regarder tout ce qui nous empêche de faire des choses, finalement on ne fait jamais rien. 

En fait, c’est le contraire qui s’est passé : cette année bien particulière lui a donné l’envie de s’impliquer. Près de chez elle, il y a un CHSLD. C’est ma façon d’aider. Moi, j’irai pas comme préposée. Mais je peux faire une chose, je peux aller en éducation. C’est ça, ma force, et c’est ça que j’ai le goût de faire. C’est une décision qui vient du cœur, mais qui est aussi raisonnée.

C’est ce qui l’a poussée aussi, en 2017, à prendre un congé sabbatique pour donner un coup de main à l’école de la relève d’Ali et les princes de la rue. L’école de boxe, dans le quartier Saint-Michel de Montréal, offre une classe pour des jeunes de tous âges qui ont décroché de l’école et n’ont plus d’endroit où aller. 

Elle préfère l'école publique

Curieusement, malgré son expérience dans les écoles privées, c’est le secteur public qui l’attire aujourd’hui. Ça va avec tout ce que j’ai fait dans les dernières années, explique-t-elle. L’école publique est très, très malmenée. Il y a de belles choses qui se font, de très belles choses! Le public mérite d’avoir des gens dévoués et convaincus de son utilité.

Je me sens vraiment comme un jeune prof. Je pense que je pourrais apporter cette énergie-là, amener du sang neuf, de quelqu’un qui a choisi d’y aller, au moment où je pourrais finalement me mettre les deux pieds sur le pouf. Je crois beaucoup à donner au suivant.

Une citation de :Marie José Fiset

Ce qui lui a manqué le plus, pendant ses 12 années d’absence, c’est la transmission de connaissances. Être capable d’amener un élève d’un point A à un point B, à un point C, jusqu’à une finalité. C’est un privilège d’être capable d’amener les gens à devenir meilleurs.

Marie José Fiset commencera donc sa nouvelle vie d'enseignante après le congé des fêtes. Conformément à son souhait, elle se verra confier une classe d'accueil, dans son quartier, à l'école Saint-Bathélémy. Les enfants de la ruelle derrière chez elle pourront donc la croiser prochainement dans les couloirs de leur école.

Les noms des enfants ont été inscrits sur des planchettes de bois fixées à un poteau de téléphone.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour jouer avec les amis, c'est par là! Ruelle de Rosemont-La Petite-Patrie.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Écoutez le reportage de Myriam Fimbry à l'émission Désautels le dimanche, le 3 janvier.

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