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Minassian criminellement responsable de l'attaque au camion-bélier, selon un psychiatre

L'expert de la Couronne croit que l'auteur de l'attaque au camion-bélier était rationnel.

Un homme menotté et escorté par deux policiers.

Alek Minassian à son arrivée au poste de police dans l'après-midi du 23 avril 2018.

Photo : Bureau du Procureur général de l'Ontario

Jean-Philippe Nadeau

Un témoin expert de la Couronne affirme vendredi au procès d'Alek Minassian que l'individu est criminellement responsable de l'attaque au camion-bélier et que son état d'autiste n'a rien à voir avec le crime qu'il a commis. Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle au sujet de l'attentat qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

Le Dr Scott Woodside explique à la barre que rien ne montre que les symptômes d'autisme de l'accusé l'aient empêché de comprendre que son crime était illégal et mal d'un point de vue moral.

Rapport à l'appui, il est évident, selon lui, qu'Alek Minassian ne souffre d'aucun trouble mental majeur : ni psychose, ni schizophrénie ou autre trouble de la personnalité, ni délire, ni hallucinations.

Le Dr Woodside confirme, comme d'autres avant lui, que l'accusé est bien autiste (syndrome d'Asperger).

Il répète qu'Alek Minassian songeait néanmoins depuis longtemps à commettre un crime de masse, que son geste n'était pas spontané et que son intention était d'atteindre la notoriété.

Une illustration judiciaire du Dr Scott Woodside.

Le Dr Scott Woodside est psychiatre légiste au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Woodside ajoute que le prévenu avait une compréhension très concrète de ce qu'il allait commettre, ce qui implique qu'il était rationnel. Son geste était calculé : il voulait tuer un maximum de personnes.

Alek Minassian a confié au psychiatre qu'il mentirait s'il lui disait qu'il avait des regrets par rapport à ce qu'il avait fait et qu'il pourrait peut-être présenter des excuses aux familles de ses victimes.

Il m'a confié qu'il s'était senti en revanche coupable lorsqu'il a entendu son père déclarer à la télévision qu'il était bouleversé, se souvient-il.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian écoute de la prison le témoignage du Dr Woodside par lien vidéo.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Le Dr Woodside précise qu'Alek Minassian savait que son geste était illégal et qu'il lui a avoué qu'il savait que la majorité des gens de la société penserait que son geste serait odieux.

Selon lui, Alek Minassian savait que la théorie des Incels (ces hommes frustrés sexuellement qui n'arrivent pas à perdre leur pucelage) est imparfaite, mais que ce n'était pas le mobile sous-jacent de son crime de toute façon.

Au sujet des Incels, Alek Minassian a révélé au Dr Woodside qu'il était content d'avoir tué plus de victimes que le fondateur allégué du mouvement, Elliot Rodger (dix victimes contre 6, NDLR). Il m'a dit qu'il était content d'avoir repris le flambeau, précise-t-il.

Une illustration judiciaire qui montre le procureur de la Couronne.

L'avocat John Rinaldi est l'un des trois procureurs de la Couronne dans ce procès.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Alek Minassian a confessé au psychiatre qu'il était heureux d'avoir obtenu l'attention des médias après l'attaque sur la rue Yonge, même si son nom n'a pas tout de suite été rendu public.

Il m'a toutefois répondu qu'il aurait regretté que son nom ne soit jamais publié, parce qu'il cherchait la notoriété, poursuit le Dr Woodside.

Le psychiatre admet enfin qu'Alek Minassian a des idées délirantes de grandeur, mais que son désir de se faire connaître du public est davantage narcissique.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy laisse entendre que le procès pourrait se prolonger au-delà des fêtes à cause du retard dans les plaidoiries.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Woodside ajoute par ailleurs qu'Alek Minassian a des émotions, mais qu'il les garde pour lui-même. Il a de la difficulté à les exprimer ou à les formuler, ce qui ne veut pas dire qu'il en soit complètement dépourvu, dit-il.

Il souligne que l'accusé ressent les émotions différemment des autres, mais cela ne signifie pas qu'il est soit incapable de les comprendre. Les émotions des autres ne sont pas l'objet de toute son attention, poursuit-il.

Son but est égoïste : l'infamie est plus importante que la douleur que cela comporte, explique le psychiatre.

Le Dr Woodside reconnaît néanmoins que la façon dont le prévenu lui a relaté le fil des événements de l'attaque est troublante, parce qu'il est resté froid et insensible.

Une illustration judiciaire qui montre le Dr Westphal.

Le Dr Alexander Westphal est un psychiatre légiste américain qui enseigne à l'Université Yale.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le témoin clef de la défense, le Dr Alexander Westphal, soutient que l'état mental d'Alek Minassian fait en sorte que son sens de la réalité est déformé et qu'il pense comme un individu en état de psychose, même s'il n'est pas psychopathe.

À ce sujet, le Dr Woodside précise qu'Alek Minassian a au contraire les pieds bien ancrés dans la réalité. Il savait qu'il n'allait pas être couronné roi, ajoute-t-il.

Il ajoute qu'il est donc difficile d'admettre que l'accusé ne comprenait pas toutes les conséquences de son geste, puisqu'il savait qu'il allait commettre quelque chose d'horrible.

Le Dr Woodside explique que le prévenu savait qu'il conduisait une fourgonnette, qu'il allait délibérément percuter des piétons sur la rue Yonge et que sa conduite erratique allait probablement les tuer. Il ne s'en cache pas, son intention consistait à les tuer, dit le psychiatre.

Il déclare que le prévenu ne semblait pas avoir de perturbations de perceptions, puisqu'il savait qu'il allait soit mourir (par l'intervention de la police, NDLR), soit aller en prison pour son crime.

L'expert de la Couronne révèle par ailleurs qu'Alek Minassian lui avait suggéré qu'il aurait reporté son attaque s'il n'avait pu la commettre le 23 avril 2018, et qu'il aurait continué à vaquer à ses occupations ce jour-là.

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