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Minassian est un tueur de masse qui s'avère être autiste, selon un psychiatre

L'état mental de l'auteur de l'attaque au camion-bélier n'a rien à voir avec son crime, selon l'expert de la Couronne.

Un homme menotté et escorté par deux policiers.

Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle au sujet de l'attentat qui a fait 10 morts et 16 blessés sur la rue Yonge à Toronto en 2018.

Photo : Bureau du Procureur général de l'Ontario

Jean-Philippe Nadeau

Un témoin clé de la Couronne soutient au procès d'Alek Minassian que l'accusé pensait depuis longtemps à l'idée de perpétrer un massacre, parce qu'il voulait se venger de ceux qui l'avaient intimidé à l'école, qu'il était malheureux avec les femmes et qu'il voulait connaître la notoriété plutôt que de rater sa vie.

Le Dr Scott Woodside explique qu'Alek Minassian a toujours eu envie depuis l'adolescence de commettre une tuerie de masse dans la rue ou une école, mais qu'il ne savait pas comment obtenir une arme à feu.

Il y pensait de façon intermittente depuis le secondaire, mais il n'avait aucun plan pour y parvenir, si bien qu'il lisait volontiers à ce sujet sur Internet, précise-t-il.

Le prévenu ne croyait pas en outre que ses fantasmes pour les massacres provenaient de son plaisir à jouer des jeux vidéo.

Le Dr Woodside dit que l'accusé voulait déjà commettre une tuerie de masse en partie pour attirer l'attention des médias et se faire connaître sur le site Wikipédia s'il réussissait à mettre son plan à exécution.

Une illustration judiciaire du Dr Scott Woodside.

Le Dr Scott Woodside est psychiatre légiste au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

L'autre raison consistait, selon le psychiatre, à se venger de tous ceux qui s'étaient moqués de lui à l'adolescence.

Le Dr Woodside explique qu' Alek Minassian s'est senti rejeté par les femmes après en avoir rencontré deux qui ne s'étaient pas intéressées à lui. Il se sentait timide à l'idée d'aborder des femmes, dit-il.

Le prévenu lui a alors confié qu'il visitait par consolation un site Internet qui dénigre les femmes. Ce genre de sites lui faisait oublier qu'il n'arrivait pas à nouer des liens avec les femmes, poursuit-il.

Un croquis de cour montre un homme.

Le Dr Woodside a rencontré Alek Minassian quatre fois en détention à l'automne 2019.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Selon le psychiatre, l'accusé ne montre toutefois aucun sentiment de haine ou de colère à leur endroit. Il m'a dit qu'il se sentait davantage ennuyé par les femmes, ajoute-t-il.

Le prévenu a révélé au Dr Woodside qu'il n'aurait probablement pas perpétré l'attentat de la rue Yonge s'il avait eu une relation amoureuse sérieuse. Il n'a toutefois jamais envisagé le mariage ou l'idée d'avoir des enfants.

Plan en veilleuse

Selon le Dr Woodside, Alek Minassian a toutefois abandonné son projet macabre pour se concentrer sur ses études en entrant au collège.

Il avait tempéré ses ardeurs, il n'était plus intimidé et son horaire faisait en sorte qu'il était moins stressé, dit-il.

Le psychiatre affirme que le collège devait être un nouveau départ, mais que le prévenu éprouvait malgré tout les mêmes fantasmes aux deux mois environ.

Une illustration judiciaire qui montre le procureur de la couronne.

Le procureur de la Couronne, John Rinaldi, interroge le Dr Woodside à la barre du procès.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Alek Minassian a expliqué qu'il a obtenu un premier emploi à temps plein en 2016, mais qu'il se sentait seul au travail et qu'il s'est alors à nouveau intéressé aux massacres qui étaient survenus ailleurs dans le monde.

C'est à cette période que le prévenu a d'ailleurs commencé à lire le manifeste d'Elliot Rodger, qui a commis un crime semblable au sien sur le campus de Santa Barbara en Californie en 2014.

Au sujet du recours à une fourgonnette, l'accusé a confié au psychiatre qu'un véhicule serait plus facile à obtenir qu'une arme à feu.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy écoute attentivement les plaidoiries sur la plateforme Zoom.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Alek Minassian a confessé au Dr Woodside qu'il ne pensait pas être en mesure de trouver un autre emploi après avoir été renvoyé pour avoir joué à des jeux vidéo sur son ordinateur.

Selon le psychiatre, l'accusé avait peur de tout rater s'il en obtenait un autre et de décevoir à nouveau ses parents. Il se voyait sans avenir, mais il ne voulait pas pourrir dans l'obscurité, explique le psychiatre.

Accéder à l'infamie

Le Dr Woodside affirme qu'Alek Minassian avait confié à un groupe marginal sur Internet qu'il voulait perpétrer un crime, parce qu'il souhaitait qu'on se souvienne de lui et que son nom soit à jamais gravé dans l'histoire.

Il souligne que l'individu voulait tuer un maximum de personnes sans discrimination pour que son bilan soit affiché sur des sites Internet obscurs de tueurs de masse.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky, n'a soulevé aucune objection durant le témoignage du Dr Woodside.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Alek Minassian a révélé au psychiatre qu'il s'attendait à mourir par l'intervention de la police ce jour-là, ce qui lui permettrait d'éviter la prison, mais qu'il ne voyait pas cela comme étant un suicide.

À en croire le Dr Woodside, le prévenu pensait que les gens qualifieraient son crime d'odieux, que la majorité dirait que les tueries de masses sont insensées et que personne n'éprouverait de sympathie pour ses problèmes.

Il pensait que la majorité des gens imagineraient que la seule chose à faire serait de le jeter en prison pour un acte qu'ils qualifieraient d'injustifiable, précise-t-il.

Une illustration judiciaire du psychologue Percy Wright.

Le psychologue Percy Wright a été le premier témoin expert de la Couronne en matière de non-responsabilité criminelle.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Woodside confirme que le prévenu pensait que l'idéologie des Incels était attrayante, mais qu'il ne s'y est pas converti. Il a adopté le discours des Incels pour se mettre dans un moule et l'aider à accomplir son crime, dit-il.

Il ajoute que le prévenu a affiché le slogan des Incels (la rébellion des Incels a commencé, NDLR) sur Facebook, parce qu'il pensait mourir après l'attaque, mais son message était destiné à l'intention du public et non du groupe d'individus marginaux qu'il fréquentait sur Internet.

Il m'a dit qu'il savait [dès la fin de l'adolescence] qu'il finirait sa vie en prison 10 ans plus tard ou qu'il ne serait pas relâché d'un hôpital, si jamais il devait aboutir dans un tel établissement, conclut le Dr Woodside.

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