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Un virage philanthropique salutaire pour le Musée d'art de Joliette

Édifice et enseigne du Musée d'art de Joliette.

Le Musée d'art de Joliette, dans Lanaudière

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Les organismes culturels ont vu leur budget sérieusement amputé ces derniers mois. En plus de perdre une bonne partie de leurs revenus de billetterie, ils ont dû annuler ou modifier leurs activités-bénéfices. Certains ont choisi d'innover, dont le Musée d'art de Joliette.

Jean-François Bélisle est souriant en ce beau matin de décembre. S'il se désole de ne pas pouvoir ouvrir les portes du Musée d'art de Joliette au public, le directeur général et conservateur en chef se réjouit d'avoir évité le pire. En fait, les choses vont même mieux qu'il ne l'aurait espéré.

Jusqu'en septembre, il manquait plus de 35 % au budget annuel du Musée. Un manque à gagner qui se serait traduit par des coupes drastiques à tous les niveaux s'il n'avait pas été comblé d'ici la fin mars.

Il y avait un stress fou!, dit Jean-François Bélisle, aussi directeur de la philanthropie à la Fondation du Musée d'art de Joliette. Ce stress-là est maintenant réglé, parce que nos activités philanthropiques de l'automne ont super bien fonctionné. En fait, elles ont tellement bien fonctionné qu'on a une augmentation philanthropique de 26 % avec ce qu'on a réalisé jusqu'ici. C'est fantastique!

Le Musée a dû trouver de nouvelles sources de financement pour remplacer son bal annuel, qui lui rapporte habituellement 230 000 $, soit plus de 10 % de son budget total. Après l'avoir reporté de mai à septembre, l'organisme a dû se résigner à l'annuler cette année.

Au lieu d'essayer de traduire nos activités habituelles dans un monde virtuel, on a décidé de retourner à la base. Qu'est-ce qui motive les gens à donner dans ce qu'on faisait avant? Est-ce qu'il y a d'autres façons d'utiliser ces motivations-là?

Jean-François Bélisle, directeur de la philanthropie à la Fondation du Musée d'art de Joliette

Tôt dans la réflexion, l'équipe du Musée a approché les membres de ses comités, composés essentiellement de gens d'affaires. L'objectif : obtenir leur aide et, surtout, avoir leur son de cloche. Après tout, ce sont eux qui participent au bal, ainsi qu'à l'encan et au défi du président, deux activités qui se tiennent cette soirée-là.

En parlant avec les acheteurs de l'encan-bénéfice, j'ai réalisé qu'ils voyaient vraiment ça comme des achats. Ils ne pensaient pas : "Je donne de l'argent au Musée à travers cet encan". C'est : "Je veux cette bouteille de vin, ce tableau, donc je suis prêt à payer", explique Jean-François Bélisle.

L'équipe s'est donc concentrée à obtenir plus de lots, composés d'articles les plus rares possible. Résultat : l'encan a rapporté 50 % plus de profits qu'à l'habitude.

Il fallait aussi remplacer le défi du président, un moment charnière du bal où le président du C. A. chauffe la salle en doublant les dons recueillis. Le Musée a opté pour une campagne de sociofinancement sur la plateforme La Ruche. Le président du C. A. doublait les dons, de même que le Fonds gouvernemental Mille et Un pour la Jeunesse.

Jean-François Bélisle en entrevue dans une salle d'exposition du musée.

Jean-François Bélisle, directeur général et conservateur en chef du Musée d'art de Joliette

Photo : Radio-Canada

Ça a super bien marché. J'espérais lever 27 000 $ dans la communauté, ce qui, multiplié par trois, aurait donné des résultats semblables à ce qu'on allait chercher d'habitude. Finalement, on est allé chercher 50 000 $ dans la communauté, ce qui nous a donné 150 000 $.

Jean-François Bélisle, directeur général et conservateur en chef du Musée d'art de Joliette

Miser sur la philanthropie de proximité

La pandémie a amené le Musée d'art de Joliette à élargir sa base de donateurs. Il a par exemple sollicité les visiteurs de ses expositions et les participants à ses activités virtuelles gratuites.

Il n'est pas le seul à s'être tourné vers de nouveaux donateurs. De nombreux organismes culturels ont découvert, ou approfondi, la philanthropie de proximité avec la pandémie, selon Wendy Reid, professeure de management à HEC Montréal, qui a réalisé une étude à ce sujet pour le Conseil des arts de Montréal.

On est en train de reconnaître que ces relations avec notre public existent déjà. Et qu'on peut oser demander de l'argent à ces gens qui visitent nos expositions ou assistent à nos spectacles.

Wendy Reid, professeure à HEC Montréal

La clé, selon la chercheuse, est de développer davantage les bases de données. Qui sont nos amis dans notre public? Qui sont ceux qui vont nous appuyer le plus? Où est le plus grand potentiel? Ça va nous forcer à revoir comment on fait notre financement.

Jean-François Bélisle, du Musée d'art de Joliette, croit lui aussi à la philanthropie de proximité, mais apporte une précision : Je ne pense pas que c'est une proximité géographique. C'est une proximité d'intérêt. Les gens qui ont donné à nos campagnes, plus cette année que jamais par le passé, étaient partout au Québec. On a réalisé qu'on avait une proximité avec des gens au Lac-Saint-Jean, en Abitibi, à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières... Une proximité qu'il entend bien cultiver, même lorsque les choses reviendront à la normale.

Selon Wendy Reid, tous les organismes culturels devraient profiter de la crise actuelle pour revoir leurs pratiques. On est forcés de penser autrement. Ça peut développer des approches, des systèmes et une culture philanthropique qui profiteront au milieu à long terme, quand le public sera revenu dans nos théâtres et nos salles de concert.

Rester présent dans la communauté

Jean-François Bélisle et son équipe du Musée d'art de Joliette ont élaboré une panoplie de projets depuis le début de la pandémie pour maintenir le lien avec son public.

Ils ont par exemple mis sur pied la plateforme web Musée en quarantaine, qui a reçu plus de 750 créations de particuliers depuis mars 2020. Ils ont également développé un concept d'Art en boîte, une sorte de version créative et muséale des systèmes de livraison de nourriture comme Cookit et GoodFood.

Vendues sur place et sur le web, ces boîtes contiennent tout le matériel nécessaire pour créer un projet en lien avec un artiste exposé au Musée. De la documentation et des rencontres Zoom permettent d'approfondir la démarche. On voulait rester présents dans la vie de notre communauté, explique Jean-François Bélisle. On n'est plus présents ensemble physiquement, mais on fait quelque chose ensemble, chacun chez soi.

Le directeur général le répétera plusieurs fois durant la rencontre : il est impatient d'accueillir de nouveau le public au Musée d'art de Joliette. Les activités virtuelles, c'est bien, mais ça ne remplace pas le contact direct avec l'art. Au moins, son équipe peut continuer d'entretenir le lien avec le public, tout en préparant la suite.

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