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Rester une étoile loin de la scène

Un homme aux cheveux courts ondulés bruns et aux yeux bleus devant une maison.

Guillaume Côté est premier danseur au Ballet national du Canada.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Souplesse, force, puissance et endurance, et surtout, répéter jusqu’à la perfection... Les danseurs sont des artistes, mais aussi des athlètes. D’un seul coup, la pandémie est venue casser cette rigoureuse routine, et ils ont dû s’adapter pour préserver leur forme physique, mais aussi mentale.

Guillaume Côté, premier danseur au Ballet national du Canada et chorégraphe, a d’abord vécu cet arrêt forcé comme l’occasion de prendre une pause. Mais, très vite, les semaines sont devenues des mois, et approchent désormais une année.

Je pense qu’au début c’était physiquement que c'était difficile, de ne pas danser tous les jours, et après c’est devenu un poids mental. Faire face à la réalité qu’on perdait un an de carrière, alors que celle-ci dure entre 15 et 20 ans, c'est une réalité assez difficile à gérer.

Une citation de :Guillaume Côté, premier danseur au Ballet national du Canada

Guillaume Côté danse de sept à huit heures par jour. Nous sommes des machines à danser, plaisante-t-il.

Pour garder la forme, il a rapidement fallu adapter les entraînements au nouvel environnement, cloisonné, de la maison.

Le danseur Guillaume Côté est posé alors qu'il fait le grand écart dans les airs. On comprend qu'il a jumelé un saut et la figure du grand écart. L'artiste est vêtu d'une culotte et d'un manteau court beiges.

Guillaume Côté est premier danseur au Ballet national du Canada depuis 2004.

Photo : Ballet national du Canada/Aleksandar-Antonijevic

Entraînement maison

Chaque danseur a reçu un morceau de plancher carré pour reproduire un semblant d’espace de danse, avec sa barre. Avec son épouse, la danseuse Heather Ogden, Guillaume Côté faisait ses deux heures de cours chaque jour.

Mais je pense que c’est plus comme l’équivalent d’un musicien qui fait ses gammes, on ne fait pas les morceaux, on ne peut pas faire de concert, raconte-t-il.

Le monde de la danse est un milieu tissé serré. On rencontre des gens tout le temps en studio et on échange, ajoute le danseur.

Un homme passe la balayeuse pendant que sa femme, une ballerine de renom, s'exerce à la barre.

Danseurs principaux au Ballet national du Canada et un couple dans la vie, Guillaume Côté et Heather Ogden sont en vedette dans une vidéo incitant les gens à demeurer à la maison.

Photo : Capture d'écran

Il a fallu combler les lacunes de ces entraînements devenus solitaires. C’est ici que Paul Papoutsakis entre en scène.

Il est le physiothérapeute sportif de la compagnie. Il est un peu le gardien de la santé des danseurs. Os, muscles, articulations, il s’assure que tout fonctionne.

Son mandat n’a pas changé, mais la façon de le réaliser, totalement. Le plus grand défi pour moi a été de ne pas pouvoir voir les danseurs en personne. Je prenais des vidéos que ma fille filmait et j’avais des rencontres virtuelles avec chaque danseur pour les guider dans leur posture, explique-t-il.

Le physiothérapeute a aussi développé des programmes de mobilité et de renforcement musculaire adaptés aux besoins de chaque danseur.

Un danseur m’a dit qu’en tant que partenaire, il devait être capable de soulever un certain poids, mais il était seul. Il a donc pris des sacs de sable pour imiter ce poids. Vous avez un chien? Prenez le chien et soulevez-le.

Une citation de :Paul Papoutsakis, physiothérapeute au Ballet national du Canada
Paul Papoutsakis sourit, il est dehors devant des arbres.

Paul Papoutsakis est physiothérapeute sportif du Ballet national du Canada.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Discipline et détermination

Le mental est certainement le plus gros défi, car il faut être motivé pour faire ses exercices. Et parfois, vous vous réveillez et, ce jour-là, vous n'êtes pas motivé, tout en ne sachant pas où est la lumière au bout du tunnel, ajoute M. Papoutsakis.

Celle qui s'occupe de cet équilibre entre santé mentale et physique des danseurs et de les orienter vers les services dont ils ont besoin, c’est Marla Pichler. Elle est la directrice au bien-être des danseurs au Ballet national du Canada depuis 2011.

Je pense que le principal défi a été de rester en contact avec nos danseurs pour s'assurer qu'ils allaient bien. Certains vivent seuls, d’autres viennent de l’étranger, et l’incertitude face à l'avenir surtout, est difficile à gérer, explique-t-elle.

Malgré le fait qu’ils ont tous gardé une activité physique, il faudra quelque temps pour retrouver le niveau qu’ils avaient avant cette pause forcée.

Pour 8 semaines d’inactivité, il faut environ 12 semaines pour revenir au niveau où vous étiez. Il faut y aller plus lentement, pour éviter les blessures, dit-elle.

En revanche, elle y a vu du positif pour ceux qui avaient des blessures chroniques. Cela leur a donné une chance de se remettre de ces blessures.

Marla Pichler sourit, elle pose devant des arbres.

Marla Pichler est directrice du bien-être des danseurs au Ballet national du Canada depuis 2011.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Continuer à danser et à créer

Le plus difficile, selon Guillaume Côté, c'est le fait de ne pas pouvoir monter sur scène. On fait notre deuil encore une fois avec les prochains mois et on essaie de se garder inspirés, explique-t-il.

Les chorégraphies ont dû s’adapter, entre distance et port du masque, ajoute Mme Pichler. Il fallait changer constamment la chorégraphie et passer au mode virtuel, se rappelle-t-elle.

Or, ce qui est beau dans la danse, c’est le toucher, l’échange et l’énergie qui s’en dégage, estime le danseur étoile.

Le chorégraphe espère en tirer du positif pour ses prochaines créations, pour ne pas parler que de distanciation et d’isolement.

Garder contact avec son public

Je me suis toujours demandé si on était nécessaires. C’est une grosse question, parce qu'au début de la pandémie, je me sentais inutile. Et puis, plus la pandémie continue, plus des gens nous rappellent qu’on est importants, que les arts sont importants pour l’âme.

Une citation de :Guillaume Côté, premier danseur au Ballet national du Canada
Guillaume Côté regarde vers la droite et sourit légèrement.

Guillaume Côté espère que l'an prochain, à pareille date, le ballet « Casse-Noisette » pourra être présenté au Four Seasons Centre for the Performing Arts de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Après 25 ans à danser dans le Casse-Noisette, c’est la première année que la représentation sera virtuelle.

Son espoir pour 2021?

J’espère que l’an prochain, on sera assez avancés pour que mes enfants puissent aller voir le Casse-Noisette au Four Seasons Centre for the Performing Arts, conclut-il.

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