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Nos archives : 80 ans de pêche sur glace à Sainte-Anne-de-la-Pérade

Un village de pêche avec des traineaux tirés par des chevaux.

Le village de pêche de Sainte-Anne-de-la-Pérade en 1961.

Photo : Radio-Canada

Le village de Sainte-Anne-de-la-Pérade est la capitale de la pêche sur glace au Québec depuis plus de 80 ans. Le poulamon, communément appelé le petit poisson des chenaux, attire chaque année des milliers de personnes sur la rivière Sainte-Anne. Or, ce n’est pas la chair du poisson qui séduit les pêcheurs, mais bien l’activité sociale qu’il engendre.

C’est vers la fin des années 1930 qu’on découvre l’abondance de poulamons dans la rivière Sainte-Anne.

La bonne nouvelle se propage rapidement, et dans les années suivantes, de nombreux pêcheurs installent leur propre cabane de pêche pour profiter de cette manne.

L’activité prend de l’ampleur, et à partir des années 1950, on en fait un véritable carnaval avec défilés et célébrations.

Une photo d'époque montre une mascotte à l'effigie d'un poulamon serre la main d'une femme.

L'ancêtre de la mascotte Gigoteau salue les visiteurs du village de pêche en 1961.

Photo : Radio-Canada

Christian Hivon n'avait que six ans lorsqu'il a commencé à travailler dans le centre de pêche de son père, l'un des premiers pourvoyeurs de la rivière Sainte-Anne.

Aujourd’hui à la tête de l’entreprise, il a vu le village de pêche se transformer à travers les décennies.

Des fois, sur cette rivière-là, on se serait crus au centre-ville de Montréal!

Christian Hivon, pourvoyeur

Dans les années 1960 et 1970, c’est l’âge d’or de la pêche aux petits poissons des chenaux. On compte alors plus d’un millier de cabanes de pêche au plus fort de la saison.

Le village éphémère prend réellement vie après le coucher du soleil. Certains y festoient même toute la nuit.

Les fins de semaine et le soir, les gars qui travaillaient de nuit appelaient : ''on s'en vient!'' Après leur quart de nuit, ils s'en venaient à la pêche! On en avait beaucoup de ça. Des fois, c'était pas tranquille!, se souvient Christian Hivon.

Une photo d'époque montre des gens danser à l'extérieur en hiver.

Des gens dansent en pleine nuit sur la rivière Sainte-Anne en 1961.

Photo : Radio-Canada

Avec la démocratisation des sports d’hiver et la transformation des lois sur l’alcool, les fêtes arrosées deviennent moins régulières sur la rivière Sainte-Anne.

Dans les années 1980, l’industrie encaisse un coup dur. La pêche commerciale dans le fleuve Saint-Laurent met en péril les stocks de poulamons de la rivière Sainte-Anne.

En 1988, un reportage de Radio-Canada évoque que cet hiver-là, les pêcheurs ont retiré de la rivière en moyenne un poisson à l’heure, comparativement à neuf, deux ans plus tôt.

On ne pognait plus rien, confirme Christian Hivon. On est allés voir les pêcheurs commerciaux, et le gouvernement aussi. On a fait des pressions. On a dit : ''si vous ne fermez pas la pêche commerciale ou si vous ne règlementez pas mieux, on va fermer''.

Un homme regarde la caméra ; le poste d'accueil d'un centre de pêche est en arrière-plan.

Christian Hivon a repris les rennes du centre de pêche de son père, Jean-Paul Hivon, l'un premiers pourvoyeurs de la rivière Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / David Dufresne-Denis

Une activité transformée

Québec a finalement interdit la pêche commerciale, ce qui a sauvé les poissons et les pourvoyeurs. Aujourd’hui, la pêche aux poulamons s’est transformée.

On compte environ 500 cabanes de pêche chaque hiver. Les fêtards ont laissé place aux familles et aux groupes de touristes, plusieurs provenant d’Asie.

Et puis, l’industrie fait aussi face à un nouveau défi de taille : des hivers de plus en plus chauds qui retardent ou mettent à l’arrêt la courte saison de pêche sur glace.

Christian Hivon garde espoir de voir encore longtemps des cabanes de pêche sur la rivière Saint-Anne, mais il demeure réaliste.

On s'adapte, mais c'est sûr que si on n’est pas capable de faire de glace et qu’on embarque trop tard dans la saison, ce n'est plus rentable. On espère que le climat va être plus froid, que ça va changer, mais ce que je vois dans les dernières années, ça n'annonce pas pour ça.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le reportage de Camille Carpentier

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