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La cimenterie McInnis passe aux mains d'une société brésilienne

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Des bâtiments de l'usine de Port-Daniel–Gascons.

La cimenterie de Port-Daniel–Gascons passe aux mains du conglomérat brésilien Votorantim Cimentos.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La rumeur est maintenant confirmée : Ciment McInnis, qui possède une usine à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, a été vendue au conglomérat brésilien Votorantim Cimentos, le sixième producteur de ciment en importance dans le monde.

La société Votorantim Cimentos, par l'entremise de sa filiale canadienne St. Marys Cement, combinera ses actifs avec ceux de Ciment Mcinnis en vue de créer une entité conjointe dans le but de fabriquer, de distribuer et de vendre du ciment au Canada et aux États-Unis, apprend-on par communiqué.

Cette coentreprise appartiendra toutefois à 83 % au conglomérat brésilien Votorantim Cimentos International.

Selon le communiqué, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) conserve 17 % de parts dans la cimenterie McInnis.

L'usine de Ciment McInnis à Port-Daniel-Gascons

La cimenterie gaspésienne peut produire annuellement 2,2 millions de tonnes de ciment.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Des millions de dollars d'argent public qui s'envolent

Si les détails de la transaction n'ont pas été annoncés, il est toutefois probable que les contribuables québécois perdent des centaines de millions de dollars dans cette aventure.

Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, confirme qu'Investissement Québec risque de ne jamais revoir les 350 millions de dollars investis dans le projet, de même que les 122 millions de dollars d'intérêts courus.

Il faut comprendre que quand les paiements [aux créanciers] vont être faits dans 10 ou 15 ans, s’il reste de l’argent, le gouvernement du Québec pourrait recevoir une somme, affirme M. Fitzgibbon. Mais, par conservatisme, nous avons provisionné à 100 % les sommes parce que ce n’est pas réaliste de penser qu’on va recevoir ça à court terme.

Dans sa dernière mise à jour économique, le gouvernement Legault a inscrit une perte estimée à près de 400 millions de dollars pour son investissement dans la cimenterie gaspésienne.

Pierre Fitzgibbon parle en chambre.

«Une des leçons la tirer, c'est de toujours avoir des partenaires stratégiques avec nous, des joueurs qui connaissent l'industrie dans laquelle on investit», a affirmé le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a injecté près de 500 millions de dollars dans la cimenterie depuis 2014, n'a pas précisé si elle avait essuyé des pertes dans la transaction avec Votorantim CImentos.

Les emplois québécois maintenus, pour l'instant

La société brésilienne s'engage à maintenir des installations et des emplois à l’usine de Port-Daniel–Gascons jusqu’en 2029, et à réduire l’empreinte carbone de ses activités.

Ciment McInnis emploie actuellement 229 employés directs et tente de pourvoir 27 autres postes.

Le maire de Port-Daniel–Gascons, Henri Grenier, ne s'inquiète pas de la transaction. Il souligne que la cimenterie est encore toute récente et estime donc que les emplois risquent d'être maintenus après 2029.

Henri Grenier se tient devant la cimenterie McInnis.

Le maire de Port-Daniel–Gascons, Henri Grenier, estime que Ciment McInnis emploie 160 personnes de sa municipalité et des environs.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ce partenariat permettra à l'usine de Port-Daniel–Gascons de tirer parti de l'expertise en matière de production, de distribution et d'exploitation de Votorantim, souligne la première vice-présidente et cheffe des placements au Québec et de l’investissement durable de la CDPQ, Kim Thomassin, dans le communiqué diffusé jeudi.

Elle ajoute que cette union servira le développement des marchés dans l'est du Canada, dans la région des Grands Lacs et le long de la côte nord-est des États-Unis.

Ciment McInnis dispose d'une capacité annuelle de 2,2 millions de tonnes de ciment à son usine gaspésienne, et d'un réseau de 10 terminaux maritimes, ferroviaires et routiers au Canada et aux États-Unis.

Votorantim Cimentos possède des usines de ciment au Canada et aux États-Unis, ainsi qu'un réseau de distribution dans la région des Grands Lacs.

Une bonne nouvelle, selon Québec

Malgré les pertes monétaires, Pierre Fitzgibbon considère la vente de la cimenterie comme une bonne nouvelle.

Ciment McInnis a besoin d'amour, de support stratégique. Les emplois vont être maintenus à Port-Daniel–Gascons, c'est un engagement de la compagnie; alors dans les circonstances, je pense qu'on peut se réjouir de cette transaction.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie

Les Québécois ont fait assez pour McInnis avec la contribution du gouvernement, ajoute le ministre.

Au fil des ans, la CDPQ et Investissement Québec ont déboursé quelque 800 millions de dollars pour la cimenterie McInnis sous la forme, entre autres, de capital-actions et de prêts garantis.

En septembre dernier, François Legault et Pierre Fitzgibbon avaient tous deux affirmé que Québec n'investirait pas davantage dans Ciment McInnis, quitte à laisser la compagnie passer à des mains étrangères.

Pascal Bérubé debout derrière un lutrin.

Pascal Bérubé maintient que la cimenterie McInnis était nécessaire au développement de la Gaspésie (archives).

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qui était membre du conseil des ministres du Parti québécois à l'époque où le gouvernement de Pauline Marois a donné le feu vert à la construction de la cimenterie gaspésienne, maintient que le projet était important pour la région.

Pour la Gaspésie, il fallait poser des gestes, a-t-il répondu jeudi, questionné sur l'argent perdu par Québec dans ce dossier.

On a essayé un projet, ça a fait travailler des gens, pas autant qu'on aurait souhaité, mais c'est un projet qui était attendu par la région. On aurait aimé que ça rapporte davantage, que ce soit moins polluant, mais posez la question aux gens de la Gaspésie à savoir s'ils en avaient besoin, la réponse est oui.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

[Autant] Bernard Landry à l'époque que Pauline Marois ont été présidents du plan de relance de la Gaspésie. M. Legault pourrait jouer le même rôle, il a choisi de ne pas le jouer. Et quels sont les gestes posés en Gaspésie? Je ne sais pas, a observé le député.

On annonce des projets énormes partout au Québec, mais quand c'est [en] Gaspésie, il faudrait qu'il y ait des exigences supplémentaires; mais toutes les régions ont droit au développement, a déploré M. Bérubé.

Quant au chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, il a refusé de commenter le dossier.

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