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Non, ce ne sont pas que 3 % des morts de la COVID-19 qui sont réellement décédés du virus

97 % des personnes décédées de la COVID-19 lors de la première vague au Québec avaient au moins une comorbidité, mais cela ne veut pas dire qu'elles seraient mortes sans avoir contracté le virus.

François Legault avec un gros sourire. Une bulle de pensée au-dessus de sa tête dit : « 8.5 millions de population, 210 morts et je mets le Québec en faillite! ». Le mot FAUX est transposé sur l'image.

Plusieurs publications trompeuses au sujet de la proportion de morts de la COVID-19 qui avaient une comorbidité au Québec ont cumulé ensemble plus de 5000 partages sur Facebook. Celle-ci en a plus de 1500.

Photo : Capture d'écran Facebook

De nombreuses publications virales ayant cumulé ensemble plus de 5000 partages sur Facebook affirment faussement que seulement 3 % des victimes de la COVID-19 au Québec sont véritablement décédées du virus parce que, selon une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec (Nouvelle fenêtre) (INSPQ), 97 % des morts de la première vague avaient une comorbidité. Or, avoir une comorbidité n’est pas un arrêt de mort, et la plupart de ces personnes ne seraient pas décédées de sitôt si elles n’avaient pas attrapé la COVID-19.

97% des personnes décédées seraient décédées d'une manière ou l'autre par leurs conditions médicales ou de vieillesse, peut-on lire dans une publication d’un internaute québécois datée du 4 décembre qui a été partagée plus de 1500 fois.

Publication Facebook accompagnée d'un long texte et d'une photo de François Legault avec un gros sourire. Une bulle de pensée au-dessus de sa tête dit : « 8.5 millions de population, 210 morts et je mets le Québec en faillite! ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette publication a été partagée plus de 1500 fois.

Photo : Capture d'écran Facebook

Faisons le même exercice avec la totalité des décès-Covid depuis mars au Québec : 97 % de 7185 = 6969. Si vous calculez comme moi, on parle donc de 216 personnes qui sont RÉELLEMENT mortes de la Covid, affirme une autre internaute québécoise dans une publication partagée à plus de 1000 reprises depuis le 3 décembre.

Une publication Facebook accompagnée d'un long texte et d'une capture d'écran d'un article du « Journal de Québec » intitulé « 97 % des victimes de la première vague avaient une comorbidité ». Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette publication a obtenu plus de 1000 partages.

Photo : Capture d'écran Facebook

Ces deux déclarations sont des interprétations trompeuses de ce qu’est la comorbidité, un concept médical qui désigne la présence de maladies ou de troubles chroniques préexistants au moment d’être atteint d’une maladie.

Sachant déjà que les comorbidités (et le cumul de comorbidités, nommé multimorbidité) ont un important impact sur les risques de décès et d’hospitalisation après avoir contracté la COVID-19, l’INSPQ tentait dans sa récente étude de mesurer l’ampleur de cet impact durant la première vague de la pandémie et de voir comment il varie selon l’âge et le milieu de vie des patients. Le but : identifier les populations à risque qui bénéficieraient le plus de mesures de prévention ou de contrôle de la COVID-19, dont un vaccin.

Au Québec, c’est environ 40 % de la population générale qui souffre d’au moins une maladie chronique. Ce taux grimpe à plus de 70 % pour les personnes âgées de 65 ans et plus. La prévalence de la multimorbidité est nettement supérieure chez les 65 ans et plus (45 %) que chez les moins de 65 ans (11 %).

Démystifier les comorbidités

L’un des coauteurs de l’étude de l’INSPQ, le biostatisticien Marc Simard, dit avoir sursauté en lisant l’une de ces publications virales.

Ça laisse supposer qu’une personne ne peut mourir que d’une seule cause, alors qu’on sait que les décès sont assez multifactoriels. Il peut y avoir plusieurs éléments qui, mis ensemble, ont causé le décès. Donc oui, les maladies chroniques ont un effet qui peut accélérer la probabilité de décéder (de la COVID-19), mais ce n’est pas parce que cette probabilité est augmentée que ça devient la seule cause de décès, résume-t-il.

Portrait de Marc Simard.

Le biostatisticien Marc Simard est l’un des coauteurs de l’étude de l’INSPQ.

Photo : Capture d'écran

Il est connu depuis des mois que certains problèmes médicaux préexistants, comme les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète et l’anémie, peuvent augmenter le risque de décès et d’hospitalisation pour les gens infectés par le virus. Mais à elles seules, ces maladies représentent rarement un danger de mort imminent.

On oublie souvent que les gens avec des maladies chroniques sont en très bonne santé. On peut avoir l’image de la personne qui cumule quatre, cinq ou six maladies chroniques qui a une vie hypothéquée, mais c’est une minorité d’individus. La majorité, oui, c’est chronique, elles l’auront toute leur vie, mais leur vie peut être très active tout de même, soutient Marc Simard.

Le biostatisticien cite en guise de preuve une étude de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre) qui comparait l'espérance de vie des Québécois selon la présence ou non de maladies chroniques. Celle-ci a entre autres déterminé que l’espérance de vie des personnes âgées de 65 ans et plus était d’environ 20 ans, et que certaines maladies chroniques – comme le diabète et l’hypertension – réduisent l’espérance de vie de quelques mois seulement.

Si c’était seulement la comorbidité qui causait le décès, on n’aurait pas dû observer plus de décès (COVID) chez les gens qui ont le diabète que chez les gens qui n’avaient aucune maladie. Or, ce n’est pas le cas : on a observé plus de décès chez ces gens-là. C’est sûr que la maladie a un impact, mais la COVID a certainement un rôle à jouer dans tout ça, affirme le biostatisticien.

Un facteur d’importance variable

Les liens entre l’âge, les comorbidités et les risques de complications après une infection à la COVID-19 étaient déjà largement connus avant la publication de l’étude de l’INSPQ : 92,1 % des 5543 morts de la première vague au Québec avaient plus de 70 ans. Sachant de surcroît que la prévalence de comorbidités et de multimorbidité est nettement supérieure chez les personnes âgées, ces statistiques sont peu surprenantes.

Le système immunitaire change à partir de l’âge de 60 ans. On constate par exemple que chez les hommes âgés, moins d’anticorps sont produits, explique Tatiana Scorza, immunologue et professeure au Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

Tatiana Scorza parle à sa webcam.

Tatiana Scorza est immunologue et professeure au Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

Photo : Capture d'écran

Si, en plus, une personne a déjà une faiblesse ou une infection chronique, ça va avoir un impact sur l’infection à la COVID-19 aussi. Ça peut être la goutte qui fait déborder le vase, analyse-t-elle.

L’une des nouvelles informations qu’apporte l’étude de l’INSPQ est que l’impact des maladies chroniques sur les risques après une infection à la COVID-19 est bien plus élevé pour les personnes moins âgées : chez un cas confirmé [...] âgé de moins de 60 ans, vivant à domicile et ayant une seule comorbidité, le risque de décès est 5 fois plus élevé que pour un cas sans comorbidité d’âge identique, peut-on lire dans l’étude.

Il n’en demeure pas moins que le cumul des comorbidités a un impact certain sur les risques de décès pour tous les groupes d’âge résidant à domicile.

Un diagramme à bandes montre l'impact du cumul des comorbidités sur le risque relatif ajusté de décès chez les cas confirmés de la COVID-19 résidant à domicile, selon le groupe d'âge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Diagramme tiré de l'étude de l'INSPQ.

Photo : INSPQ

L’impact est toutefois assez faible pour les personnes de 80 ans et plus qui vivent dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ou dans une résidence privée pour aînés (RPA).

Un diagramme à bandes montre l'impact du cumul des comorbidités sur le risque relatif ajusté de décès chez les cas confirmés de la COVID-19 résidant en CHSLD, selon le groupe d'âge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Diagramme tiré de l'étude de l'INSPQ.

Photo : INSPQ

Un diagramme à bandes montre l'impact du cumul des comorbidités sur le risque relatif ajusté de décès chez les cas confirmés de la COVID-19 résidant en RPA, selon le groupe d'âge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Diagramme tiré de l'étude de l'INSPQ

Photo : INSPQ

De fausses comparaisons avec la grippe

La mauvaise interprétation du rôle des problèmes médicaux préexistants dans les morts attribuées à la COVID-19 a également mené des internautes québécois à dresser des comparaisons douteuses entre le nouveau coronavirus et la grippe.

Je répète: DEPUIS MARS 2020, ON COMPTE 216 DÉCÈS UNIQUEMENT LIÉS À LA COVID. Connaissez-vous le nombre de décès annuels reliés à l'influenza au Québec? Environ 300 selon Le Devoir. Quand on dit que la Covid, c'est comme une grippe, v'là enfin la preuve, en chiffres, peut-on lire dans la publication virale du 3 décembre à ce sujet.

Sachant que les décès COVID-19 avec comorbidité sont bel et bien de « vrais » décès attribuables à la COVID-19, cette déclaration est fausse. En date du 9 décembre, il y a plutôt 7349 décès liés à la COVID-19 au Québec depuis mars.

L’auteure de cette même publication affirme que les cas de grippe saisonnière ont été travestis en cas COVID, cette année.

Et en parlant de grippe, avez-vous remarqué qu'elle a disparu cette année? Ainsi que les pneumonies... MAGIE!!! Et on se fait traiter d'égoïstes, de coucous et de covidiots?! C'est le monde à l'envers [sic], se désole-t-elle.

S’il est vrai que la prévalence de la grippe est faible cette année au Québec, cela est largement attribuable aux mesures sanitaires censées endiguer la propagation de la COVID-19. C’est du moins ce que répètent plusieurs experts au Canada et à l’international depuis des semaines, le phénomène étant plutôt généralisé.

Toutes les mesures préventives qu’on utilise pour la COVID ont une certaine efficacité pour la grippe parce qu’on parle de deux maladies qui se transmettent par des gouttelettes respiratoires. Si on prévient, une, on prévient l’autre, résume Julie Arsenault, professeure adjointe en épidémiologie à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Des passants dans la rue, café à la main et masque sur le visage.

S’il est vrai que la prévalence de la grippe est faible cette année, cela est largement attribuable aux mesures sanitaires censées endiguer la propagation de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Un autre message ayant suscité beaucoup d’interaction sur Facebook avance que les décès COVID sont comptabilisés de manière différente que ceux de la grippe, et que ces derniers ne tiennent pas compte des personnes ayant des comorbidités.

L'INSPQ affirme que seulement 3 % des décès lors de la première vague, sont causé SEULEMENT par le covid (pas de comorbidité) [...] Si on calculerai les décès de la même manière que la grippe saisonnière (c'est-à-dire sans les comorbidités) alors en ce moment, la grippe saisonnière est plus mortelle que le covid... On est en train de TOUT détruire pour ça... [sic], avance une internaute dans une publication du 4 décembre partagée plus de 675 fois.

Capture d'écran d'une publication Facebook. On n'y voit que du texte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette publication a été partagée plus de 670 fois.

Photo : Capture d'écran Facebook

Cela est complètement faux, assure la Dre Rodrica Gilca, spécialiste en santé publique et médecine préventive à l’INSPQ, et co-auteure de la récente étude sur les comorbidités.

On compte dans nos statistiques de grippe tous les décès, peu importe si la personne est en bonne santé ou si elle a des maladies chroniques, tranche-t-elle.

Et d’ailleurs, les maladies chroniques sont également un facteur de risque important pour l’influenza.

Le point sur le nombre de morts

Avec ses 1500 partages, la publication la plus populaire au sujet du rapport de l’INSPQ non seulement affirme qu’uniquement 210 décès sont liés à la COVID-19 au Québec depuis mars, mais elle en rajoute une couche en alléguant que ce chiffre est largement surestimé.

(Les personnes décédées) ont été reliées à la CO..VI..D par association épidémiologique par le Dr Arruda, la plupart des 194 pays n'agissent pas ainsi, à l'exception de la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie etc... une vingtaine de pays agissent comme le Québec, ils mettent tous les décès comme cause de contact à la CO..VI..D sans être testés et/ou certifiés nécessairement, peut-on y lire.

L’auteur semble mal interpréter le concept de cas confirmé par lien épidémiologique : une personne peut être déclarée positive à la COVID-19 sans passer de test si elle était un contact à risque élevé d’un cas confirmé par laboratoire et qu’elle a développé des symptômes de la maladie. Au Québec, la proportion de cas de COVID-19 par lien épidémiologique est d’environ 5,2 %, selon l’INSPQ (Nouvelle fenêtre). En d’autres mots, 94,5 % des cas positifs à la COVID-19 au Québec sont confirmés en laboratoire après un test de dépistage.

Il est toutefois vrai que le nombre « réel » de décès attribuables à la COVID-19 est quelque peu plus bas que laissent entendre les statistiques officielles, explique la Dre Rodrica Gilca.

Au Québec, on déclare très bien les décès liés à la COVID. [...] Le chiffre qu’on rapporte, c’est vraiment tous les décès (de patients infectés) où la COVID a pu jouer ou non un rôle. [...] Même si on révise tous les dossiers des 7000 patients décédés, il y aura toujours une certaine proportion où ce ne sera pas clair, explique-t-elle.

La Dre Gilca précise néanmoins que, pour la grande majorité des personnes atteintes de maladies chroniques dont le décès a été attribué à la COVID-19, on est certains que la COVID les a tuées.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.
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