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Ces mères ont « marché » à travers l’océan pour redéfinir la réussite artistique

Une photo d'une femme qui marche et une photo d'une femme qui regarde à travers un théodolite.

Les deux femmes ont donc décidé de marcher l’une vers l’autre, mais sans quitter leur environnement quotidien.

Photo : Gudrun Filipska et Carly Butler

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Carly Butler et Gudrun Filipska ont tracé la route d’Ucluelet au Royaume-Uni pour leur nouvelle œuvre numérique.

Un texte de Teghan Beaudette

Le monde de l’art comporte ce que certaines personnes appellent un impératif du voyage.

Vous êtes artiste à succès? On vous a peut-être demandé de prendre l’avion pour une résidence ou une exposition loin de chez vous, en supposant, bien entendu, que votre mode de vie s’y prête et que vous avez la capacité d’y aller.

Alors comment redéfinit-on le succès, tout en recréant le voyage pour les artistes en confinement? Cette question est au centre d’une œuvre multimédia récemment numérisée qui trace le parcours de marche de deux artistes et mères entre Ucluelet, en Colombie-Britannique, et The Fens, au Royaume-Uni.

Le titre de l’œuvre, Projet S, fait écho au premier signal transatlantique sans fil envoyé de Cornouailles à Terre-Neuve en 901 : la lettre s en morse.

Le travail de création a commencé avant la pandémie. Depuis, il a pris un nouveau sens. Il explore les thèmes de l’isolement, de la découverte et du potentiel radical de la marche.

Carly Butler a rencontré Gudrun Filipska en 2017 grâce à un programme gratuit en ligne pour les artistes qui étaient aussi des mères. Ce programme les invitait à considérer l’isolement imposé par la maternité comme un site de pratique créative. C’est exactement ce que Mmes Butler et Filipska ont fait.

À l’époque, Mme Butler vivait dans une autocaravane à Tofino. Elle n’était pas sûre de l’endroit où elle allait s’établir de manière permanente. 

Les deux femmes ont donc décidé de marcher l’une vers l’autre, mais sans quitter leur environnement quotidien.

Nous avons commencé à compter nos pas, chaque jour, et à les convertir en distances sur une carte, alors que nous progressions l’une vers l’autre, raconte Mme Butler.

Ce voyage a soutenu Mme Butler dans son travail monumental de mère de jeunes enfants.

Plutôt que d’avoir à réserver des plages de temps de studio contraignantes, nous sommes parvenues à intégrer notre pratique artistique à notre vie quotidienne, explique-t-elle. Une promenade jusqu’à l’épicerie, par exemple, peut déplacer mon avatar virtuel un peu plus loin dans le Canada.

Les deux femmes ont tracé plusieurs itinéraires et ont collaboré par voie numérique et par la poste.

L’idée de parcourir de longues distances à pied sans quitter la maison nous a aussi forcées à remettre en question d’autres perceptions et perspectives. Par exemple, la raison pour laquelle le voyage en lui-même en est venu à être considéré comme un aspect essentiel de la carrière de l’artiste, relate Mme Butler, en ajoutant que cela exclut beaucoup d’artistes qui sont parents, ont un handicap ou n’ont pas les moyens de voyager. Peut-être qu’une promenade jusqu’à l’épicerie peut être conceptualisée comme une action aussi importante qu’une expédition dans l’Arctique. Peut-être que nous ne devrions pas faire d’expéditions dans l’Arctique du tout.

Le voyage, à force de promenades réelles et virtuelles, a culminé avec une série d’expositions au cours des deux dernières années à Pékin, à Vancouver et à Londres. Les deux artistes ont présenté des cartes, des photographies, des gravures, des performances et des extraits de leurs échanges épistolaires.

Cependant, lorsque la pandémie a frappé, une exposition virtuelle s’est imposée.

Mme Butler a appris à utiliser ArcGIS, un logiciel spécialisé avec lequel elle a créé une carte narrative qui permet de suivre la progression des deux marcheuses. Celles-ci mettent continuellement cette carte à jour.

J’espère que les événements actuels sensibiliseront les gens aux privilèges inhérents que représentent les voyages internationaux et qu’ils leur feront réaliser que, pour beaucoup de personnes, l’obligation de rester à la maison ou de ne jamais trop s’en éloigner est une réalité quotidienne, même en temps normal, explique Mme Butler. J’ai bon espoir que cette nouvelle réalité permettra de réduire l’importance qu’on accorde au voyage comme indicateur d’une vie artistique accomplie.

Cet article présente l’une des œuvres sélectionnées dans la foulée de Connexion Création, une initiative conjointe du Conseil des arts du Canada et de la section Arts de Radio-Canada. Grâce à une bourse de 5000 $ attribuée aux artistes dont les propositions ont su séduire le jury, des œuvres numériques exclusives ont vu le jour durant la pandémie de COVID-19. Cliquez ici pour voir d’autres productions gagnantes.

La version originale de ce texte peut être consultée sur la plateforme de CBC Arts (Nouvelle fenêtre).

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