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Une preuve de plus que Néandertal inhumait ses morts

Reconstitution de l’enterrement de l’enfant par des Néandertaliens à La Ferrassie.

Reconstitution de l’enterrement de l’enfant par des Néandertaliens à La Ferrassie.

Photo : CNRS/Emmanuel Roudier

Agence France-Presse

Un enfant néandertalien, mort il y a 41 000 ans, a été inhumé par les siens sur le site préhistorique de La Ferrassie en Dordogne, révèle une étude qui apporte une nouvelle preuve robuste que l'enterrement n'était pas l'apanage de notre espèce, Homo sapiens.

Des dizaines de squelettes d'hommes et de femmes de Néandertal, nos anciens cousins disparus, ont déjà été découverts en Eurasie avec des indices laissant clairement penser qu'ils avaient été volontairement enfouis. Mais certains archéologues demeurent sceptiques quant à l'existence d'une telle pratique, considérée comme fondatrice du comportement humain et qui ne colle pas avec cette image de brute primitive que Néandertal a longtemps traînée.

Une étude parue dans la revue Scientific Reports (Nouvelle fenêtre) (en anglais), menée par une équipe internationale pluridisciplinaire, pourrait trancher définitivement le débat.

C'est une histoire de chercheurs d'or!, raconte à l'AFP le paléoanthropologue Antoine Balzeau du CNRS, qui a codirigé l'étude avec Asier Gomez-Olivencia, de l'Université du Pays basque en Espagne.

Dans les collections du Musée de l'Homme à Paris, où il travaille, il est tombé récemment sur une boîte contenant les ossements de cet enfant de deux ans, trouvés en 1973 dans l'abri sous roche de La Ferrassie, vaste gisement préhistorique dont on sait depuis le début du XXe siècle qu'il fut habité par Néandertal, et fouillé à plusieurs reprises.

Le squelette du bébé avait bien été identifié dans les années 1970, mais sans contextualisation géologique. La boîte contenait aussi une dent d'adulte, isolée, sans description, mais portant un numéro.

Muni de cet indice, le chercheur prend la direction du Musée national d'archéologie de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), où dormaient toutes les collections des fouilles anciennes.

Il y avait des dizaines de cahiers, de caisses, de rapports. J'ai ouvert le premier cahier et au bout d'une minute, j'ai trouvé la description de la dent et sa provenance précise.

Une citation de :Antoine Balzeau

Son équipe passe alors en revue tout le matériel récolté sur le même carré que celui de la dent – et donc de l'enfant – et révèle 47 nouveaux ossements humains, récoltés rapidement lors des fouilles, mais non identifiés.

Un homme cherche dans les caisses issues des fouilles des années 1970.

Recherche dans les caisses issues des fouilles des années 1970, au Musée d’archéologie nationale. Des milliers de restes osseux ont été triés et 47 nouveaux restes fossiles appartenant à l’enfant néandertalien ont été reconnus.

Photo : CNRS/Antoine Balzeau

Les scientifiques décident alors de retourner à La Ferrassie pour mieux comprendre leurs découvertes. Sur place, ils parviennent à dater la couche sédimentaire située au même niveau que l'enfant : 60 000 ans. Les restes du bébé en ont 41 000, ce qui prouve que le niveau a bien été creusé pour déposer le corps, et refermé ensuite, selon Antoine Balzeau.

L'existence de ces sépultures était supposée, puisque sept squelettes différents avaient déjà été trouvés à La Ferrassie, mais cela relevait de l'interprétation de données; il n'y avait aucune démonstration géologique de la présence d'une fosse, développe le scientifique.

Par un faisceau de techniques modernes, l'étude montre pour la première fois de manière aussi robuste qu'on a affaire à un enfouissement, ajoute-t-il.

Un minuscule ossement du squelette a pu être identifié comme humain grâce aux protéines conservées en son sein, révélées par la science protéomique, puis comme Néandertalien par son ADN mitochondrial, et enfin daté directement par la méthode du carbone 14.

La conservation des vestiges, meilleure que celle des os de bison et d'autres herbivores retrouvés dans la même strate, indique un enfouissement rapide après la mort, précise le CNRS dans un communiqué en marge de l'étude.

Beaucoup d'archéologues aujourd'hui sont opposés à l'idée que Néandertal enterrait ses morts, arguant qu'on n'avait pas la capacité de le démontrer. Mais aussi parce qu'ils font une différence de valeur avec Homo sapiens, dont on sait qu'il a cohabité avec Néandertal, analyse le chercheur.

C'est ancré dans notre mode de pensée que Sapiens était supérieur et c'est malheureusement souvent par ce biais qu'on étudie l'histoire, alors qu'il faut commencer par étudier les données archéologiques.

Une citation de :Antoine Balzeau

Depuis plusieurs années, on découvre combien Néandertal, qui vécut entre 400 000 ans et 40 000 ans avant notre ère, était une humanité complexe, aux pratiques modernes comme l'ornementation du corps et la fabrication d'outils sophistiqués.

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