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L'auteur de l'attaque au camion-bélier aurait aimé tuer 100 piétons, selon un psychologue

Le témoin expert de la Couronne ajoute néanmoins qu'Alek Minassian se dit satisfait de son bilan.

Un véhicule accidenté avec des policiers autour.

Des policiers sur la scène de l'attentat, qui a fait dix morts et 16 blessés à Toronto en 2018.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Jean-Philippe Nadeau

Un psychologue affirme au procès d'Alek Minassian que l'auteur de l'attaque au camion-bélier aurait aimé faire 100 victimes à Toronto en avril 2018. Le résidant de Richmond Hill a plaidé la non-responsabilité criminelle à l'ouverture de son procès.

Le psychologue Percy Wright affirme qu'Alek Minassian lui a avoué en détention, 18 mois après l'attentat, qu'il était satisfait du bilan de ses victimes, mais qu'il aurait aimé en tuer bien davantage, jusqu'à 100 piétons sur la rue Yonge.

Il assure que le prévenu ne plaisantait pas à ce sujet. Il m'a confié qu'il aurait aimé avoir un tel bilan pour établir un record mondial sur la liste des tueurs de masse, se souvient-il.

M. Wright confirme que l'accusé n'a montré aucune empathie pour ses victimes, avant, durant et après son crime.

Une illustration judiciaire du psychologue Percy Wright.

Percy Nelson Wright est un psychologue de renom à CAMH, le Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Percy Wright explique qu'Alek Minassian cherchait la notoriété, parce qu'il ne voulait plus être vu comme un homme bizarre par les autres ou encore comme un raté pour ses échecs.

Atteindre l'infamie valait mieux, selon lui, que de passer inaperçu dans l'obscurité, ajoute le psychologue.

Le prévenu lui a en outre révélé qu'il était très content de voir que son crime avait défrayé autant la chronique dans les médias.

M. Wright souligne que l'accusé a de sérieux problèmes de colère depuis l'adolescence qu'il est incapable de gérer, mais qu'il est en mesure de faire la différence entre le bien et le mal.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat Boris Bytensky a mené le contre-interrogatoire de M. Wright pour la défense.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il précise que l'individu a été coopératif durant les quatre entrevues qu'il lui a accordées à l'automne 2019. Il ne m'a pas semblé qu'il feignait quoi que ce soit ni fait preuve d'exagération dans ses réponses, dit-il.

Le psychologue souligne que le prévenu lui a confié qu'il se sentait seul au secondaire et que son isolement, sa gêne et sa timidité se sont accentués au collège.

Il affirme toutefois que son entrée au collège a permis de dissiper pendant quelque temps les fantasmes de tuerie qu'il avait expérimentés au secondaire.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian écoute le témoignage de M. Wright qui lui a fait passer des tests psychologiques.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

M. Wright ajoute que le degré d'autisme dont l'accusé est atteint n'est pas assez grave au point de l'empêcher de fonctionner normalement dans la société, même s'il éprouve des difficultés au chapitre de la socialisation.

Interrogatoire de la Couronne

Le psychologue avait déclaré plus tôt dans son témoignage qu'Alek Minassian était pourvu d'un raisonnement moral et qu'il comprenait que tuer est immoral.

Il avait en outre remis en perspective certains résultats de tests qui ont été administrés à l'accusé en détention.

Dessin de cour qui représente la procureure de la couronne Cynthia Valarezo.

La procureure de la Couronne Cynthia Valarezo interroge son témoin, le psychologue Percy Nelson Wright.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

M. Wright a par ailleurs soutenu que le procès mettait trop l'emphase sur le manque d'empathie d'Alek Minassian pour évaluer sa responsabilité criminelle.

Or, l'empathie n'est pas le seul critère, selon lui, et il en existe d'autres, comme l'inaptitude à vivre en société.

Il reste que la non-responsabilité criminelle demeure un concept juridique et non psychiatrique, ajoute-t-il.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy écoute attentivement les plaidoiries sur la plateforme Zoom.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychologue a ajouté que le comportement d'Alek Minassian n'avait rien de typique avec d'autres personnes atteintes d'autisme, qui ne sont pas du tout violentes règle générale.

On a beaucoup analysé son comportement par la lorgnette de l'autisme, alors qu'il faut aussi regarder d'autres avenues pour mieux le comprendre, souligne-t-il.

M. Wright a affirmé qu'il n'avait, par exemple, jamais rencontré d'autistes qui nourrissaient une obsession au sujet des massacres dans des écoles comme Alek Minassian.

Avec un peu de recul, on remarque qu'il ressemble davantage aux tueurs froids et impitoyables, poursuit-il.

Une illustration judiciaire d'un extrait vidéo.

M. Wright dit qu'il a visionné l'entrevue du Dr Westphal avec Alek Minassian, dont on voit ici un extrait vidéo au procès. Le psychiatre, la défense et la juge sont en exergue à droite.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychologue a précisé que l'état d'autiste d'Alek Minassian n'était par ailleurs pas la seule explication aux difficultés sociales que l'accusé éprouve depuis l'enfance.

On parle ici d'un individu qui envisageait de tuer du monde dès l'adolescence, lorsqu'il se sentait faible ou en colère, précise-t-il.

Dans les tests que M. Wright lui a fait passer, l'accusé a obtenu des résultats au-dessus de la moyenne pour son niveau de colère, bien qu'il soit capable de dissimuler son agressivité, selon le psychologue.

Une illustration judiciaire de la salle de débordement virtuelle.

Une salle de débordement a été aménagée à l'intention du public pour qu'il puisse assister au procès sur grand écran tout en respectant les consignes sanitaires de la Ville de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le prévenu a en revanche enregistré un niveau moyen ou légèrement supérieur à la moyenne générale dans de nombreux tests d'habileté cognitive et un niveau bien supérieur comparativement aux autres personnes autistes.

Il peut penser de manière originale, au sens figuré et non seulement au sens propre, et de façon plus concrète qu'on ne le croirait pour un individu autiste, affirme le psychologue.

Alek Minassian est en outre capable, selon lui, de comprendre les sentiments des autres, contrairement à ce que dit le témoin-clef de la défense, le Dr Westphal.

Une illustration judiciaire qui montre le Dr Westphal.

Le Dr Alexander Westphal est un psychiatre légiste américain qui enseigne à l'Université Yale.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

M. Wright a décrit Alek Minassian comme un homme introverti, anxieux, dur et exigeant envers lui-même.

Il a ajouté que le prévenu est bien hanté par la peur d'échouer dans la vie et qu'il est prompt à la procrastination.

Le psychologue a conclu qu'Alek Minassian montrait des signes de conduite d'évitement à cause de sa peur d'être rejeté. Il n'a pas eu beaucoup d'interactions émotionnelles positives dans sa vie, a-t-il rappelé.

Percy Wright est le premier des deux experts en matière d'irresponsabilité criminelle que la Couronne compte appeler à la barre des témoins.

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