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Eglinton Crosstown : Metrolinx veut éviter les erreurs du train léger d’Ottawa

Un symbole d'alerte devant une illustration du train léger d'Ottawa.

Après les problèmes qui ont suivi l'entrée en service du train léger d’Ottawa, l'autorité de transports en commun de la région du Grand Toronto affirme vouloir être le bénéficiaire des nombreuses leçons apprises.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Nicolas Haddad

Après l’entrée en service catastrophique du train léger à Ottawa, les regards sont à présent sur le prochain grand projet de train léger en Ontario : l’Eglinton Crosstown à Toronto.

Carte de la Ville de Toronto illustrant le trajet effectué par les véhicules Crosstown.

Les véhicules de transport léger sur rail (TLR) Crosstown longeront Eglinton Avenue entre Mount Dennis et la gare de Kennedy.

Photo : Metrolinx

Avec une entrée en service prévue pour la fin 2022, le projet de 5,3 milliards de dollars est financé par la province et par Metrolinx. Il sera intégré au réseau de la CTT, et fera le lien avec le réseau de transport en commun GO.

Mais les entreprises retenues pour construire et gérer le projet Eglinton Crosstown sont largement les mêmes qui ont bâti le réseau de train léger d’Ottawa : la firme espagnole ACS-Dragados, et les entreprises canadiennes EllisDon et SNC-Lavalin.

Un devant du train léger et des passagers qui attendent sur un quai.

À gauche, le train léger d'OC Transpo. À droite, des passagers qui attendent sur un quai.

Photo : Radio-Canada / EMILEE FLANSBERRY-LANOIX

Les problèmes du train léger d’Ottawa étaient nombreux, et d’ordres manufacturiers comme météorologiques. Pannes de signalisation liées aux chutes de neige, pannes de chauffage en plein hiver, et de l’équipement qui gelait ou croulait sous le poids de la neige — les problèmes liés à de la construction mal adaptée au climat ottavien se sont multipliés pendant des mois.

Doit-on donc s’attendre à une entrée en service aussi difficile à Toronto qu’à Ottawa ?

Selon l’expert en infrastructure de mobilité Pierre Barrieau, les problèmes du train léger d’Ottawa commençaient à l’hôtel de ville.

Jim Watson s'adresse aux médias dans la salle du conseil municipal.

Le maire d'Ottawa Jim Watson s'était fait le porte-parole de la frustration des usagers après l'entrée en service du train léger d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Il évoque le rôle du maire d’Ottawa Jim Watson, qui fustigeait dans les médias le groupe de transport Rideau (GTR), le consortium embauché pour mener à bout le projet de train léger d’OC Transpo.

Selon M. Barrieau, il créait ainsi une pression de livrer un projet qui n'était pas encore prêt à être mis en opération à Ottawa.

Il y avait une pression politique et le calendrier a été devancé. Le maire Watson se choquait systématiquement dans les médias pour dire que c’était inacceptable, pour dire que ça devait être livré, livré, livré, se rappelle-t-il.

Récapitulons l’expérience ottavienne

Avec l’entrée en service du train léger d'Ottawa, nous avons vu beaucoup de problèmes en particulier avec les véhicules, comme des portes qui s’ouvraient mal et des roues dégonflées, explique de son côté Alexander Glista, un planificateur urbain spécialisé en transport en commun.

Train léger d'Ottawa arrêté à une station en hiver.

La Ville d'Ottawa savait que les périodes de temps froid causaient plusieurs problèmes au train léger d'Ottawa, notamment aux freins et au système de chauffage, selon des documents obtenus par CBC.

Photo : Radio-Canada

OC Transpo avait acheté au fabricant français Alstom des véhicules légers sur rail nommés Citadis Spirit, spécialement conçus pour l'Amérique du Nord. Ottawa était la première à les utiliser sur la ligne Confédération de son réseau de train léger.

Selon Alstom, les Citadis Spiritdevaient être appropriées pour les conditions météorologiques canadiennes, bien plus rudes que celles de l’Europe. Mais le train léger d’OC Transpo, qui roule en grande partie à l’extérieur, a connu de nombreux problèmes liés au climat hivernal.

De nombreuses personnes à la station Bayview.

La station Bayview, où une panne de train avait encore une fois causé des retards sur la ligne Confédération du train léger d'Ottawa en automne 2019.

Photo : Radio-Canada / Kate Tenenhouse

Nous avons notamment vu des problèmes avec le caténaire qui fournit l'électricité [qui a entraîné des pannes généralisées, NDLR]. Les résidents d'Ottawa savent que de nombreux trains n'étaient pas disponibles aux heures de pointe, ce qui a entraîné beaucoup de retards et de longues files d'attente aux gares, rappelle-t-il.

En avril 2020, la Ville d’Ottawa a révélé que les tests effectués pour évaluer si le système de train léger pourrait résister à un hiver à Ottawa avaient été principalement effectués par le biais de simulations en laboratoire.

L’Eglinton Crosstown aura-t-il les mêmes problèmes ?

Le maire de Toronto parle aux journalistes.

Le maire de Toronto, John Tory.

Photo :  CBC / Angelina King

Interrogé par Radio-Canada, le maire de Toronto John Tory a déclaré que la Ville parlait aux fabricants et aux entreprises de construction [de l'Eglinton Crosstown], et on essaye de tirer des leçons chaque jour afin que nous puissions avoir un meilleur départ avec le Crosstown que ce n'était le cas à Ottawa.

Nous ferons de notre mieux pour que l'entrée en service se fasse le plus facilement possible, a-t-il ajouté.

Photo du prototype de la nouvelle ligne de train léger d'Eglinton qui quitte l'usine de Bombardier à Thunder Bay.

Le prototype du véhicule qui sera utilisé sur la nouvelle ligne de train léger d'Eglinton, à l'usine de Bombardier à Thunder Bay.

Photo : Courtoisie de Bryan Martyniuk

Même son de cloche chez Metrolinx. Selon sa porte-parole, Anne Marie Aikins, l'agence provinciale de transport va profiter de toutes les leçons tirées des projets de transport en commun utilisant des véhicules pour rail légers similaires près de chez nous.

Nous suivons de très près les projets similaires aux nôtres et nos hauts dirigeants ont visité les autres projets fréquemment afin d'en apprendre et d'adapter nos projets.

Une citation de :Anne Marie Aikins, porte-parole de Metrolinx

Depuis environ un an, les véhicules sont testés chaque jour sur une piste d'essai entre le parc d'entretien et de remisage de Metrolinx et la station Caledonia, indique-t-elle, en soulignant qu’au moment où la ligne entrera en service fin 2022, les véhicules et les pistes auront été testés dans tous les climats possibles.

Un tunnel souterrain en construction.

Le tunnel souterrain de la future station Keelesdale pour le train léger de la ligne Eglinton Crosstown.

Photo :  CBC / Paul Smith

Une grande partie des 19 kilomètres de la ligne Eglinton Crosstown roulera sous terre, mais la majorité de la partie est de la ligne, vers le secteur de Scarborough, roulera à l’extérieur.

L’Eglinton Crosstown utilisera un véhicule canadien

On pourrait dire qu'à Ottawa, le véhicule lui-même était à l’origine de beaucoup de problèmes. La bonne nouvelle est que l’Eglinton Crosstown utilisera un véhicule différent, estime Alexander Glista.

Un graphique comparant les véhicules pour train léger sur rail utilisés par OC Transpo, à Ottawa, et ceux utilisés par Metrolinx sur la ligne Eglinton Crosstown. à Toronto.

Comparatif des véhicules pour train léger sur rail utilisés par OC Transpo, à Ottawa, et par Metrolinx sur la ligne Eglinton Crosstown, à Toronto.

Photo : Radio-Canada

L’Eglinton Crosstown utilisera le véhicule Flexity Freedom fabriqué par Bombardier à Kingston et Thunder Bay. Il s’agit d’un modèle similaire aux tramways employés par la CTT à Toronto, mais un peu plus large.

Un homme debout les bras croisés devant un véhicule de train léger.

Le planificateur urbain Alexander Glista devant un véhicule de train léger Flexity Freedom, à Waterloo, en Ontario.

Photo : Avec l'autorisation d'Alexander Glista

Je pense vraiment que le Crosstown a une longueur d'avance sur le train léger d'Ottawa simplement parce que ses véhicules sont connus et bien éprouvés.

Une citation de :Alexander Glista, planificateur urbain spécialisé en transport en commun

Ce véhicule est utilisé dans la région de Kitchener-Waterloo pour le système de train léger ION depuis 2019, et selon M. Glista, il n'y a pas eu de problèmes majeurs dans la région de Waterloo.

La renaissance d’une expertise locale en transport ?

Pour l’expert en transport en commun Pierre Barrieau, le faux départ du train léger d’Ottawa relevait aussi de l'absence d'expertise locale chez les compagnies qui ont réalisé la construction du réseau ferroviaire.

Le Canada, dans le G20, est le pays avec le plus grand retard dans le développement des infrastructures, indique-t-il.

Capture d'écran d'un appel vidéo avec Pierre Barrieau.

Pierre Barrieau est spécialiste en mobilité durable. Il travaille dans le milieu de l'enseignement supérieur, et il est le président du cabinet d'expert-conseil Gris Orange Consultant Inc.

Photo : Radio-Canada

Il explique que depuis quelques années, des acteurs comme le fonds de pension de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (RREO) ou encore la Banque de l'infrastructure du Canada (BIC) se jettent dans ce mode de réalisation d'infrastructures pour accéder à des capitaux à travers des partenariats public-privé (PPP), et qu’à partir de là, il y a actuellement une course effrénée, très folle, même hors contrôle, pour doter le Canada d'infrastructures.

Dans le cas d’Ottawa, eux, c'était une première fois, et en plus ils inauguraient un nouveau véhicule conçu par des firmes d’outre-Atlantique qui n'avaient jamais réellement travaillé sur des projets de cette envergure-là non plus, souligne M. Barrieau.

Selon ce dernier, le manque d’expertise locale en industrie lourde est un problème criant au Canada.

Ils vont faire des partenariats [public-privé] avec des compagnies européennes… On ne le voit pas juste en transport collectif — on le voit en autoroute, et on le voit aussi dans la construction des hôpitaux.

Mais depuis que les projets de train léger se succèdent dans la région du Grand Toronto — le projet de train léger Finch West et la ligne Hurontario sont attendus en 2023 et 2024, respectivement — il voit à l’horizon la renaissance d’une expertise locale en matière d’infrastructure lourde.

Le Canada est né sur le mythe du chemin de fer qui unit le pays d'un bord à l'autre. Et pourtant, on a perdu cette expertise-là dans les constructions d'infrastructures lourdes, et là, on est en train de se la réapproprier.

Une citation de :Pierre Barrieau, expert en mobilité durable et chargé de cours en urbanisme à l'Université de Montréal

Les lignes se succèdent, alors vous avez la capacité de conserver une expertise locale pour les chantiers. Et ça, c'est significatif, souligne le spécialiste de transport en commun.

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