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La pandémie n'y changera rien, la Terre va toujours vers 3 °C de réchauffement

En avant-plan, un glacier qui fond. En arriere-plan, un cours d'eau avec de gros morceaux de glace.

La baisse des émissions de gaz à effet de serre due à la pandémie aura un effet insignifiant, le monde va vers 3 °C de réchauffement, dit l'ONU.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Agence France-Presse

La baisse des émissions de gaz à effet de serre due à la pandémie de COVID-19 aura un effet « insignifiant » et le monde file toujours vers 3 °C de réchauffement, loin des objectifs de l'Accord de Paris, qui aura cinq ans samedi, avertit mercredi l'ONU.

À trois jours d'un sommet ambition climat qui vise à donner un nouvel élan aux engagements internationaux pour maintenir le réchauffement climatique sous 2 °C, et si possible 1,5 °C, par rapport à l'ère préindustrielle, le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE) sonne à nouveau l'alarme.

Il prévient dans son rapport annuel, qui compare les émissions réelles de gaz à effet de serre et celles compatibles avec les objectifs de Paris, que la relance post-COVID devra sérieusement envisager des mesures plus écologiques si le monde veut éviter le pire.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an chaque année, de 2020 jusqu'à 2030, selon l'ONU. Ces émissions augmentaient en moyenne de 1,5 % par an sur la dernière décennie, pour atteindre un record en 2019 (59,1 gigatonnes, ou milliards de tonnes, soit 2,6 % de plus qu'en 2018).

Mais la pandémie de COVID-19, en mettant à l'arrêt pendant de longs mois une bonne partie de l'économie mondiale et des activités humaines, a entraîné une chute brutale des émissions, qui devraient baisser d'environ 7 % en 2020 pour le CO2, principal gaz à effet de serre [un peu moins pour les autres].

Ce retournement est conjoncturel et n'aura qu'un effet négligeable à long terme, avec environ 0,01 °C de réchauffement évité d'ici 2050, préviennent les experts onusiens.

Et d'ici la fin du siècle, la trajectoire de réchauffement est estimée à 3,2 °C de plus, même si tous les engagements actuels de Paris étaient tenus, ce qui est souvent loin d'être le cas.

Or, avec une augmentation de 1 degré Celsius enregistrée depuis l'ère préindustrielle, les effets du réchauffement sont déjà sensibles. Les cinq années depuis la signature de l'Accord de Paris ont été les plus chaudes jamais enregistrées et les feux, tempêtes et sécheresses poursuivent leurs ravages alors que les glaces fondent à un rythme sans précédent, souligne la patronne du PNUE, Inger Andersen.

Tirer une leçon de la pandémie

Derrière ce sombre tableau, l'ONU veut voir une bonne nouvelle : la pandémie peut servir de leçon et le monde, mettre en oeuvre une véritable relance verte par un soutien direct et massif aux infrastructures et technologies sans carbone, une réduction des subventions aux énergies fossiles, la fin des centrales à charbon et le développement de solutions basées sur la nature, la reforestation d'envergure par exemple. Cela permettrait de réduire jusqu'à 25 % les émissions attendues pour 2030 sur la base des politiques pré-COVID-19 et donnerait 66 % de chances de contenir le réchauffement sous les 2 °C.

Mais pour l'heure, malgré les centaines de milliards consacrés par les États au sauvetage de leurs économies, la fenêtre pour utiliser les mesures de relance afin d'accélérer une transition basse en carbone a globalement été manquée, préviennent les auteurs. Sans un retournement de situation, les objectifs de l'Accord de Paris s'éloigneront un peu plus.

Le PNUE encourage donc les États qui ont annoncé des calendriers vers la neutralité carbone à mettre en oeuvre sans attendre des stratégies pour les atteindre. Car la diplomatie climatique a elle aussi été perturbée par la pandémie, et la COP26, qui devait recueillir les nouveaux engagements rehaussés, a dû être repoussée d'un an, à novembre 2021. Les États doivent quand même soumettre leurs nouveaux engagements d'ici la fin de l'année.

L'ONU prévient aussi que l'équité dans les efforts sera centrale pour la réussite, puisque les émissions du 1 % de la population mondiale la plus riche représentent le double de celles de la moitié la plus pauvre.

La pandémie est l'avertissement que nous devons d'urgence quitter notre chemin de développement destructeur, moteur des trois crises planétaires que sont les changements climatiques, la perte de biodiversité et la pollution. Mais elle constitue aussi clairement une opportunité [...] pour protéger notre climat et la nature pour les décennies à venir, conclut la cheffe du PNUE.

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