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Vague de démissions dans les services à la petite enfance au Québec

Des centaines d’éducatrices ont quitté leur poste ces derniers mois, épuisées par la pandémie et la charge de travail dans les services de garde.

Des enfants dans une garderie.

Les services de garde sont inquiets; il est de plus en plus difficile de recruter du personnel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Fazyl Boucenna est un directeur de garderie occupé. Très occupé. Ces dernières semaines, ce responsable d’un service de garde sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal, a dû jongler avec les départs impromptus de plusieurs éducatrices. Sans pouvoir nécessairement les remplacer.

J’ai perdu neuf éducatrices depuis le début de la pandémie, lance-t-il, après avoir passé la journée à s’occuper d’un groupe d’enfants, par manque de personnel.

Pendant deux semaines, je dois être éducateur, en plus de gérer les tâches administratives, décrit-il.

Je n’ai jamais vu ça de ma vie. On est dans une situation difficile, le ministère la sous-estime. Il n’y a aucune main-d'œuvre.

Fazyl Boucenna, directeur du Royaume de Rachel, à Montréal

Cette situation est généralisée dans l’ensemble du réseau des services du garde du Québec.

C’est épouvantable, lance, la voix grave, Marie-Claude Collin, de la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec.

Il y a des fermetures de groupe, des parents frustrés et des directrices à bout.

Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec

Au cours des derniers mois, le réseau québécois aurait perdu quelques centaines de personnes, confie Geneviève Bélisle, la directrice de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE).

C’est un gros casse-tête, assure-t-elle. On a de vrais enjeux pour remplacer le personnel.

Des départs à la retraite non remplacés

Comment expliquer cette situation? Les raisons sont multiples. On évoque à la fois la retraite de nombreuses éducatrices en CPE, notamment de manière préventive, en raison des risques liés à leur santé face à cette pandémie.

Des personnes vulnérables ne peuvent pas œuvrer avec la COVID, souligne Geneviève Bélisle.

Un changement de carrière, un retour aux études ou un transfert dans un autre réseau, avec un salaire plus avantageux, sont également des éléments mentionnés.

Avec la pandémie et les frontières fermées, il y a aussi beaucoup de travailleurs qui ne peuvent pas venir. Sans compter celles qui sont rentrées dans leur pays ou qui quittent pour des emplois mieux payés, regrette Fazyl Boucenna, qui fait régulièrement appel à des éducatrices formées en France, qui viennent s’installer au Québec.

Pour la première fois, à la fin d'octobre, une installation a même été contrainte de fermer ses portes. Face à un manque de personnel, un CPE de Val-d’Or a demandé aux parents de garder leurs enfants à la maison durant deux semaines.

Ce n’était jamais arrivé. Ça crée une pression sur l’ensemble du réseau, regrette Geneviève Bélisle, en évoquant d'autres situations similaires.

Il y a une menace réelle. C’est sûr qu’on est inquiets.

Geneviève Bélisle, directrice de l’AQCPE

De « grandes » conséquences pour les enfants, juge la CSN

À l'interne, les éducatrices ne cachent pas leur épuisement et leur agacement. Les demandes de congé seraient régulièrement refusées et les travailleuses doivent souvent sacrifier une journée de repos pour remplacer au pied levé une absence.

Au moins une personne ou deux, par CPE, ont quitté, soupire Stéphanie Vachon, qui représente les travailleuses des CPE pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

La moitié des arrêts de travail, ajoute-t-elle, est due à des causes psychologiques, l’épuisement professionnel, la fatigue.

Les travailleuses sont à bout de souffle. La COVID est venue les mettre sur les genoux, enfoncer le dernier clou.

Stéphanie Vachon, représentante de la CSN

Les enfants, déplore-t-elle, en subissent les conséquences, qui sont assez grandes.

L’enfant a besoin de stabilité avec son éducatrice, du lien d’attachement, le roulement du personnel nuit à ce lien d’attachement, juge-t-elle. Ça prend quelqu'un de formé pour suivre le processus éducatif. On n’est pas des gardiennes. On ne fait pas de l’occupationnel.

Négociations pour une révision des salaires

À l’heure actuelle, le salaire d’une éducatrice qualifiée oscille entre 18 et 25 $ l’heure, au maximum, pour une travailleuse avec dix années d’expérience.

Cette convention collective, signée avec le ministère de la Famille, est cependant échue depuis le 31 mars. On est prêt à négocier, assure Stéphanie Vachon, de la CSN.

Cette dernière réclame une hausse significative du salaire des éducatrices actuellement à bout de souffle. Il y a une absence de valorisation, reprend-elle.

Il y a de moins en moins d’inscriptions dans les cégeps pour ce métier. C’est un travail difficile et les élèves se rendent compte que le salaire n’est pas là. Ça a commencé par une rareté de main-d'œuvre et maintenant, c'est une pénurie. C'est difficile de trouver des gens formés, souligne Stéphanie Vachon.

Cette difficulté dans le recrutement pourrait mettre en péril le réseau des services de garde, ajoute Geneviève Bélisle. Si on ne fait rien, si on n’est pas innovant ou ambitieux dans les stratégies à mettre en place, des familles vivront des bris de service au quotidien et on ne veut pas en arriver là.

Ça fait des années qu’on lève le flag, mentionne Marie-Claude Collin.

On a dit qu’on cognera un mur, mais on ne nous prenait pas au sérieux. Maintenant, on a frappé ce mur.

Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition des garderies non subventionnées

Contacté par Radio-Canada, le cabinet du ministre Mathieu Lacombe n’a pas voulu faire de commentaires, en soulignant que des négociations sont en cours.

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