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Approvisionnement, stockage, méfiance : les défis de la vaccination au Québec

Une femme masquée reçoit un vaccin d'une infirmière.

La campagne de vaccination devrait débuter la semaine prochaine, lorsque Santé Canada aura approuvé le vaccin de Pfizer/BioNTech.

Photo : Courtoisie / Medicago

Tandis que la Grande-Bretagne emboîte le pas à la Russie et à la Chine en lançant sa campagne de vaccination mardi, celle du Québec devrait débuter la semaine prochaine. Les défis qui l’accompagnent sont nombreux et vont continuer à exiger du personnel de santé une certaine pédagogie.

Au Québec, cette campagne devrait débuter la semaine prochaine et concernera en priorité les résidents des CHSLD. L’ordre des personnes prioritaires pour la vaccination a essentiellement été établi en fonction de l’âge.

Ordre des personnes prioritaires pour la vaccination au Québec

  • résidents en CHSLD;
  • travailleurs de la santé et des services sociaux;
  • personnes vivant en RPA;
  • résidents des communautés éloignées;
  • personnes âgées de 80 ans et plus;
  • personnes âgées de 70 à 79 ans;
  • personnes âgées de 60 à 69 ans;
  • personnes adultes âgées de moins de 60 ans avec facteurs de risque.

Dans les CHSLD, les résidents sont très âgés, ils ont une santé fragile. Ils sont nombreux et vivent tous dans le même milieu, ce qui fait que lorsque l’infection entre dans un CHSLD, c’est dévastateur, explique l’épidémiologiste Gaston De Serres, en entrevue à ICI RDI.

Au micro de Midi info, il a toutefois indiqué que cette campagne sera plus un projet pilote qu’une vaccination à grande échelle.

Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l'INSPQ.

Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l'INSPQ, explique que la liste des personnes prioritaires a été élaborée essentiellement en fonction de l'âge.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Shanie Roy, conseillère en vaccination, précise que les catégories prioritaires visées sont les mêmes que celles des campagnes de vaccination de la grippe.

Le défi de la chaîne du froid

Dans une entrevue accordée à Midi info, le major général Dany Fortin, vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada, explique que l’un des gros défis sera l’approvisionnement.

Il faut rappeler que le vaccin de Pfizer doit être stocké à -80 degrés Celsius, ce qui influence la manière dont il sera distribué.

Une dame âgée reçoit un vaccin.

Margaret Keenan, 90 ans, est la première patiente du Royaume-Uni à recevoir le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer/BioNTech, à Coventry.

Photo : Reuters

Nathalie Grandvaux, chercheuse au centre de recherche du CHUM sur les interactions hôtes-virus, abonde dans ce sens. Les besoins de conservation du vaccin, notamment celui de Pfizer, posent une problématique supérieure aux autres vaccins. Ces doses arrivent par boîte de 900 et ne peuvent être séparées, explique-t-elle.

Concrètement, cela veut dire qu’il ne sera pas possible d’ouvrir un lot et d'en extraire 500 doses pour les envoyer à un endroit, et 400 autres ailleurs.

D’un point de vue de la distribution, cela nécessite que les patients soient proches des doses, ajoute-t-elle.

C’est la raison pour laquelle les communautés autochtones ont fait le choix d’attendre le vaccin développé par Moderna.

Un homme masqué, près des cartables contenant les protocoles pour le vaccin de Moderna.

Un employé de Moderna travaille près des fichiers de protocole de Moderna, dans un centre de recherche situé à Hollywood, en Floride.

Photo : Getty Images / AFP/CHANDAN KHANNA

La gestion des deux doses représente un autre défi, car la deuxième dose doit être administrée dans un laps de temps de 21 jours.

Il faut donc absolument savoir quand les autres doses vont venir. Si j’administre une première dose, il faut absolument que je sois certain d’avoir les autres vaccins dans les 21 jours, détaille Mme Grandvaux.

Selon Shanie Roy, le suivi de cette campagne sera également important, puisque le vaccin sera administré en deux doses. Il faudra donc un suivi rigoureux pour administrer le même vaccin à une personne. Ainsi, quelqu’un qui aura reçu une première dose de la version de Pfizer ne pourra pas recevoir une deuxième dose de la version de Moderna. Si tant est que ces deux vaccins soient validés par Santé Canada, évidemment.

Récemment, le Québec a mis en place un registre de vaccination électronique pour tous les citoyens. Une évolution qui tombe bien, selon Nathalie Grandvaux, car elle permettra justement d’assurer ce suivi.

Méfiance de la population

L’autre enjeu sera de convaincre les citoyens de se faire vacciner. Shanie Roy rappelle que, pour qu’une campagne de vaccination soit efficace, il faut qu’au moins 85 % de la population soit vaccinée.

Et la défiance vis-à-vis des vaccins gagne le Québec. Le taux d’acceptation varie de 60 à 70 %, selon Mme Roy. Loin de vouloir stigmatiser les 30 % restants, la conseillère en vaccination rappelle qu’ils ne sont pas tous des complotistes. Elle préfère parler de gens à convaincre et à rassurer.

Un manifestant brandissant une affiche anti-vaccin.

Plusieurs manifestations se sont tenues pour dénoncer une éventuelle vaccination obligatoire.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Elle ne prône d’ailleurs pas la vaccination obligatoire.

Beaucoup d’études démontrent qu’une obligation entraîne un réflexe oppositionnel.

Une citation de :Shanie Roy, conseillère en vaccination

Elle rappelle également que les normes mondiales sont très restrictives lorsqu’il est question de la mise en marché d’un vaccin. Surtout, le Québec est la seule province à avoir instauré le Programme d’indemnisation des victimes d’une vaccination. Il vise à indemniser les personnes qui auraient vécu des effets indésirables après avoir été vaccinées.

Le Québec n’a donc pas intérêt à ce qu’il y ait plein d’effets secondaires négatifs du vaccin, puisqu’il devra indemniser ces victimes.

Une citation de :Shanie Roy, conseillère en vaccination

Pour Mme Grandvaux, le scepticisme du quart des Canadiens s’explique par le fait que tout est allé très rapidement.

Jusqu’à aujourd’hui, les données scientifiques concernant le vaccin n’étaient pas disponibles. Je peux comprendre que la population, à qui on n'arrête pas de dire de se baser sur la science et les données, se méfie lorsqu’on lui demande de faire confiance, sans leur communiquer les données.

Une citation de :Nathalie Grandvaux, chercheuse au centre de recherche du CHUM sur les interactions hôtes-virus

La chercheuse compte sur la vaccination progressive qui va peu à peu rassurer les gens. Toutefois, elle entrevoit déjà les levées de boucliers lorsque les premiers vaccinés signaleront des effets secondaires.

Une fièvre, une douleur au point d’injection, ce sont des effets normaux qui ne sont pas dommageables, dit-elle.

Deux techniciennes de laboratoire en train de travailler.

Certaines personnes se méfient du vaccin, car il a été développé en un temps record.

Photo : Radio-Canada / Paul Préfontaine

Mme Grandvaux craint en effet que la description de ces effets secondaires tout à fait normaux n'ait l’effet inverse et ne rende la population encore plus méfiante.

Il faut garder en tête qu’une vaccination est faite pour déclencher une réponse immunitaire et que cette réponse est visible, ajoute-t-elle.

Mises en situation

Depuis lundi, l’Agence de la santé publique du Canada met en pratique à vide l’opération qui visera à acheminer les doses de vaccin dans tout le pays.

L’idée est d’identifier toutes sortes d’imprévus pour être parfaitement opérationnel la semaine prochaine. En effet, 14 centres de vaccination contre la COVID-19 seront exploitables dès le 14 décembre dans toutes les provinces et tous les territoires canadiens.

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