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Retour au bureau des fonctionnaires : des syndicats craignent « des abus »

Personnages illustrés portant un masque devant une image des Terrasses-de-la-Chaudière à Gatineau.

Chaque ministère décidera du moment où les fonctionnaires fédéraux regagneront leurs bureaux après la pandémie.

Photo : Radio-Canada

Le retour au bureau des fonctionnaires fédéraux s’annonce comme un véritable casse-tête pour le gouvernement, qui veut rendre ses bâtiments plus sécuritaires en raison de la COVID-19. Les principaux syndicats craignent que l’absence de directives claires mette en péril la santé des travailleurs.

Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) compte analyser chacun des bâtiments sous sa responsabilité avant la réintégration des bureaux par les fonctionnaires, dont la majorité sont en télétravail depuis la mi-mars.

Certains bâtiments, comme les Terrasses de la Chaudière, pourraient être métamorphosés pour minimiser les risques de propagation de la COVID-19 ou de toute maladie potentiellement nocive.

Les portes, les toilettes, les robinets et les distributeurs de savon font partie des dispositifs qui pourraient être automatisés. La compagnie responsable de la gestion de l’immeuble, BGIS, est à la recherche d’un consultant pouvant déterminer d’ici la fin mars quelles sont les mises à niveau nécessaires avant la réoccupation des lieux. L’objectif est que les fonctionnaires puissent naviguer dans le bâtiment sans aucun contact physique [et] d’éliminer toute contamination croisée, peut-on lire dans un appel d’offres.

Des gens marchent devant les Terrasses de la Chaudière à Gatineau.

Le consultant sélectionné devra aussi analyser la meilleure façon de stériliser les mains courantes des escaliers roulants pour éliminer les risques de contamination croisée.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

L’expert-conseil retenu devra produire un calendrier détaillé des travaux nécessaires pour mettre ces changements en œuvre rapidement. Un recensement interne donne déjà une idée de l’ampleur des travaux nécessaires. Par exemple, si ce projet va de l’avant, les 366 toilettes du bâtiment devront être automatisées ou remplacées. Les 38 ascenseurs et les 67 panneaux de contrôle d’éclairage devront aussi être adaptés.

Le consultant devra également émettre des recommandations sur l'installation d’appareils de surveillance de la densité pour contrôler la distanciation physique entre les fonctionnaires.

Les deux plus importants syndicats de fonctionnaires saluent cette initiative, d’autant plus qu’elle touchera les Terrasses de la Chaudière, un bâtiment qui a connu de nombreux problèmes de salubrité dans les dernières années.

On est passés des chauves-souris à des touchless device, il y a du progrès et on est encouragés par les plans de modernisation.

Une citation de :Alex Silas, vice-président exécutif régional pour la Région de la capitale nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC)

Toutefois, ces syndicats doutent que tous les bâtiments gouvernementaux reçoivent le même traitement avant le retour des fonctionnaires. L'ensemble des installations, des équipements et du fonctionnement du travail devraient être examinés à la loupe pour vraiment voir qu'est-ce qui devrait être adapté à la nouvelle réalité, dit Stéphane Aubry, vice-président national de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC).

Des cobayes pour tester les espaces de travail collaboratifs

Le gouvernement lancera aussi un projet pilote d’un an pendant lequel il mettra à l’épreuve ses espaces de travail collaboratifs nouvellement rénovés dans la région de la capitale nationale, comme ceux de L’esplanade Laurier, de la Place d’Orléans et de Portage II et III.

Des volontaires seront sélectionnés parmi les employés de SPAC pour y travailler et faire l’évaluation des différentes choses qu’on devra mettre en place pour un retour plus total de la fonction publique, explique le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Steven MacKinnon.

Le député de Gatineau indique que tout sera repensé de l'entrée à la sortie. Les ascenseurs, les équipements, les espaces de travail, les équipements qui doivent être sans contact, la réservation des espaces, la distanciation entre les fonctionnaires travaillant dans un même bureau, explique-t-il. Ces espaces de travail collaboratifs ouvriront seulement après la mise en œuvre des changements jugés essentiels.

Les deux plus gros syndicats de fonctionnaires s’expliquent mal pourquoi le gouvernement maintient l'adoption de ses nouveaux espaces de cotravail malgré la pandémie. Bien avant, ce modèle de travail suscitait déjà des craintes, notamment à cause du bruit, de la distraction et même de la productivité. [Maintenant,] ça soulève un tout un autre élément de proximité, d'hygiène, de mouvements de personnes [qui] exposent encore plus les travailleurs à des risques, affirme Stéphane Aubry de l’IPFPC.

Ça me paraît comme si on mettait des cobayes dans les milieux de travail. Qu’on leur dit : ''Organisez-vous''. Puis on va voir comment ça fonctionne ou s’il y a des incidents.

Une citation de :Stéphane Aubry, vice-président national, IPFPC

L’IPFPC déplore le fait que le gouvernement ne consulte pas les syndicats afin d'établir les balises à respecter pour assurer la sécurité des volontaires qui prendront part à ce projet. On est un peu frileux et inquiets, lance M. Aubry.

Il souhaite d’ailleurs que les fonctionnaires qui voudront continuer à faire du télétravail après la pandémie puissent le faire. La fonction publique l'a prouvé depuis le début de la pandémie, elle est capable de travailler à distance, en télétravail, et de rester productive.

L'esplanade Laurier à Ottawa.

D'autres espaces de travail collaboratifs pourraient s'ajouter au projet pilote, dont le coût total est actuellement estimé à six millions de dollars.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Le secrétaire parlementaire du président du Conseil du Trésor, Greg Fergus, ne s’attend pas à ce que tous les fonctionnaires regagnent leurs bureaux après la pandémie. 2021 va être très différent de 2019, résume-t-il.

Peu de ministères se sont avancés sur une date de retour au travail, puisque celle-ci dépend de plusieurs facteurs, dont l’adaptation des lieux de travail.

Plus tôt cet automne, l'Agence du revenu du Canada avait indiqué que ses employés non essentiels ne retourneraient pas au bureau avant juin 2021.

Des politiques qui ouvrent la porte à des abus

L'absence de politique universelle pour encadrer le retour au travail dans les bureaux gouvernementaux fait craindre des dérapages aux principaux syndicats.

Chaque ministère est responsable de ses employés. Avec cette grande latitude d’action, des gestionnaires prennent parfois des décisions qui ne respectent pas les directives de santé et de sécurité, selon Alex Silas de l’Alliance de la fonction publique du Canada.

Ça ouvre la porte à des abus.

Une citation de :Alex Silas, vice-président exécutif régional pour la Région de la capitale nationale de l’AFPC

Depuis le début de la pandémie, plusieurs membres de l’AFPC auraient déposé un grief ou se seraient prévalus de leur droit de refuser de faire un travail dangereux en vertu du Code canadien du travail. Sans vouloir parler de cas précis, M. Silas affirme que des travailleurs se sont faits forcer et intimider de rentrer au travail quand ils ne se sentaient pas en sécurité.

Il dénonce ce qu’il qualifie de manque d’uniformité et de conformité. Il souhaite que le gouvernement suspende tous ses projets de retour au travail, jusqu’à ce que les autorités de santé donnent le feu vert.

Message d'avertissement à l'entrée d'un édifice gouvernemental.

Services publics et Approvisionnement Canada a installé des affiches à l'entrée de chacun des bâtiments sous sa responsabilité pour informer les gens des mesures prises pour freiner la transmission de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Pourtant, les gestionnaires du fédéral doivent faire preuve de flexibilité pendant la pandémie, assure Greg Fergus. Ça n’a pas de bon sens de forcer quelqu’un de retourner au travail juste parce qu’un [gestionnaire veut voir ses employés]. Les gestionnaires seront d’ailleurs dorénavant évalués sur leur capacité de souplesse et gestion à distance, précise le secrétaire parlementaire du président du Conseil du Trésor.

Des ministères plus récalcitrants?

Les syndicats estiment également que la pandémie a exacerbé les disparités entre les différents ministères et la façon dont ils appliquent les règles du Conseil du trésor ou de la santé publique.

Le vice-président national de l’IPFPC, Stéphane Aubry, appréhende un retour précipité des fonctionnaires dans leurs bureaux. Il affirme avoir des craintes particulièrement envers certains gros ministères qui ont une forte mentalité, une culture interne. [ Ces ministères] vont vouloir aller de l’avant, pousser pour un retour à un environnement qui est normal, où c’est plus facile pour la gestion de contrôler, explique-t-il.

Ça nous inquiète, parce qu’on n’a pas de contrôle central.

Une citation de :Stéphane Aubry, vice-président national, IPFPC

Le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, affirme que les environnements de travail du gouvernement sont trop différents les uns des autres pour qu’une politique unique soit appliquée à tous. Certains fonctionnaires peuvent, par exemple, effectuer leurs tâches au moyen d’un ordinateur connecté à Internet. Or ce n’est pas le cas pour les scientifiques qui travaillent en laboratoire.

Selon lui, le gouvernement n’a pas le choix d’avoir une politique de retour au travail souple et de conférer cette liberté à chaque ministère.

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