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D’où vient le porc vendu en épicerie?

Vue rapprochée d'un porc.

Le porc du Québec est une marque reconnue dans le monde. La province exporte 70 % de sa production, essentiellement en Chine.

Photo : Getty Images / Christi LaLiberte

Le Québec est un gros producteur de porc, mais la côtelette ou le morceau de filet qui se trouve dans votre assiette a peut-être été importé, a constaté L'épicerie.

Le porc du Québec est même une marque reconnue dans le monde. La province exporte 70 % de sa production, essentiellement en Chine. Un porc de qualité, nous disent les éleveurs.

Les Québécois sont friands de porc, sous toutes sortes de coupes : jambon, bacon, saucisse, longe, côtelettes ou côtes levées. Mais en épicerie, il n’est pas si simple de savoir si le porc vendu dans les rayons est d’origine québécoise.

Une industrie exportatrice

Car c’est là le paradoxe : en exportant 70 % de sa production, le Québec ne suffit pas à sa propre demande. Il est donc possible que le porc frais vienne des États-Unis et que celui contenu dans votre tourtière vienne du Danemark, d'Irlande, du Royaume-Uni ou d’Allemagne… Mais ça, impossible pour le consommateur de le savoir, sauf si l’emballage l’indique.

Le cochon se divise en plusieurs parties, explique le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval. Il y a des parties qui sont vraiment pour des marchés spécifiques que nous ne consommons pratiquement pas. Pensez tête, pieds ou encore gras de dos qui sont très prisés sur les marchés asiatiques.

Le Québec produit plus de 755 millions de kilos de viande porcine chaque année, avec des retombées de plus de 3 milliards de dollars.

Le marché du porc est libre et mondialisé. Peu ou pas de barrières tarifaires. Par conséquent, depuis quelques décennies, le Québec s’est tourné vers les marchés internationaux pour vendre ses surplus de viandes.

L'exportation, un marché qui rapporte

Chez Aliments ASTA, un abattoir du Bas-Saint-Laurent et gros joueur de l’industrie, on ne cache pas que l’exportation est un filon lucratif. On priorise toujours le marché local, explique la directrice générale Stéphanie Poitras. Puis avec ce qu'il reste, ce sont les produits qu'on envoie au congélateur pour l'exportation. Si on regarde toute la production et la transformation qu'on fait au Québec, ça serait impossible que le marché québécois ou canadien assume toute cette viande. C’est pour ça que les entreprises se sont tournées vers l'exportation.

On exporte pour près de 4 milliards de dollars de porc, puis on en importe pour quelques centaines de millions, précise le professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval, Maurice Doyon. Donc, ça met les choses en perspective. On exporte beaucoup plus que ce qu'on importe.

Le jeu de l’offre et de la demande

Dans ce marché libre, les épiciers cherchent les meilleurs prix pour attirer le consommateur.

Il y a des chaînes d'épicerie qui vont décider, pour un cent la livre, d'acheter aux États-Unis plutôt qu’au Québec.

David Duval, président, Les Éleveurs de porcs du Québec

L’épicerie a pu parler à trois courtiers en viande, qui n’ont pas souhaité s’exprimer à la caméra. Ils confirment que certaines coupes de porc sont très recherchées au Québec et qu’il faut aller les acheter en Europe. C’est le cas des côtes levées, par exemple, très consommées l’été sur le barbecue. Des conteneurs entiers de toutes sortes de coupes entrent au pays chaque semaine pour satisfaire la demande.

Et pour assurer des prix bas, des transformateurs comme St-Hubert ou Plaisirs gastronomiques doivent aussi se fournir à l’étranger quand le marché local ne répond pas à la demande.

Le reportage de Johane Despins et Dany Croussette sera présenté à L'épicerie le mercredi à 19 h 30 à ICI Télé et en rediffusion le dimanche à 13 h 30. À ICI RDI, ce sera le samedi à 17 h 30 et en rediffusion le dimanche à 16 h 30.

Ça m'a déçu quand je vois que St-Hubert achète du Danemark, réagit l’éleveur David Duval. Le Danemark n’est pas capable de transformer ses côtes levées, il les vend à prix de dumping, parce qu'il n’est pas capable de l'écouler sur le marché européen. En Europe, ils ne mangent pas de côtes levées.

Invité à réagir, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation André Lamontagne rappelle que ce qu'on cherche à faire, c'est d’encourager le plus possible nos transformateurs à adhérer à la marque Aliments du Québec. Il y a tout un côté promotionnel qu'on peut faire pour encourager les gens à chercher les produits au logo Aliments du Québec. Les éleveurs de porcs mettent en place plusieurs volets promotionnels. Ils ont même leur étiquette Le porc du Québec.

Il m'est arrivé personnellement de voir des longes de porc qui étaient vraiment trop grosses pour être des longes de porc du Québec, constate Maurice Doyon. C’était certainement des truies américaines à un prix dérisoire, mais ce n’était absolument pas indiqué.

Le ministre confirme qu’aucune réglementation n’oblige à indiquer la provenance d’un produit de porc à l’épicerie.

Un logo difficile à trouver

Un rayon de viande de porc dans une épicerie.

Seule la chaîne IGA a conclu une entente avec les éleveurs pour ne vendre que du porc québécois au rayon frais.

Photo : Radio-Canada / Dany Pilote

La chaîne IGA a pris l’engagement de ne vendre que du porc du Québec au rayon des viandes fraîches. Mais il n’en va pas de même des autres chaînes qui n’apposent pas toujours le logo des Éleveurs de porcs du Québec sur les produits.

Au rayon des charcuteries, Olymel, qui détient les marques Aliments triomphe, charcuterie La Tour Eiffel, charcuterie de Bretagne, charcuterie La belle Bretagne et Chef Georges, affirme que le porc contenu dans ces produits vient du Québec ou du reste du Canada. Mais rien ne l’indique sur les emballages.

Chez Maple Leaf, on répond que le porc de ses produits peut venir du Canada ou des États-Unis.

Si la marque Québec est si populaire en Asie, pourquoi ne pas la promouvoir plus ici?

Au Japon, on voit des logos de compagnies québécoises sur les produits, parce qu’ils sont fiers que leur viande vienne du Québec ou du Canada, explique David Duval.

Nous, ce qu'on veut faire, c’est augmenter la promotion, la conscientisation des Québécois envers les produits locaux, ajoute le ministre Lamontagne. On peut certainement encore faire mieux.

Je le redis à chaque fois, lance David Duval, que ce soit Walmart, Costco, si demain le citoyen arrive et dit : "Je n'achète plus chez vous parce que ça ne vient pas du Québec", vous allez voir que demain, ils vont se remettre à mettre de la viande porcine du Québec.

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