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Attaque au camion-bélier : la Couronne fera aussi entendre ses témoins experts

Le portrait d'un homme.

Le Dr Westphal a rencontré quatre fois Alek Minassian en détention pour l'interroger et lui faire passer des tests psychiatriques.

Photo : LinkedIn

Jean-Philippe Nadeau

Le témoin clé de la défense a mis fin mardi à son témoignage au procès d'Alek Minassian avant que la Couronne ne fasse entendre ses propres experts sur la responsabilité criminelle ou non de l'accusé. L'homme de 28 ans a plaidé la non-responsabilité criminelle au sujet de l'attaque au camion-bélier de Toronto qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

C'est la première fois au Canada que l'autisme est évoqué comme défense dans un procès pour irresponsabilité criminelle. Les avocats d'Alek Minassian avancent qu'il ne sait pas discerner le bien du mal d'un point de vue moral.

Leur témoin clé est le psychiatre américain Alexander Westphal, qui affirme que l'état d'autiste de l'accusé ne lui permet pas de comprendre la réalité qui l'entoure à la façon des personnes en état de psychose.

Il laisse entendre qu'Alek Minassian ne devrait pas être tenu criminellement responsable de son acte et qu'il existe dans la jurisprudence à l'étranger des cas d'autisme qui sont liés à l'aliénation mentale.

Une illustration judiciaire qui montre le Dr Westphal.

Le Dr Alexander Westphal est un psychiatre légiste américain qui enseigne à l'Université Yale.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Westphal soutient néanmoins que son expertise est celle d'un psychiatre et non celle d'un juriste.

Il précise qu'Alek Minassian n'est toutefois ni un psychopathe ni un sociopathe. Le prévenu n'avait en outre aucun antécédent de violence avant l'attentat.

Il souligne par ailleurs que les cas de violence meurtrière sont extrêmement rares dans le groupe des individus qui sont atteints de l'un des spectres de l'autisme.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Westphal affirme qu'Alek Minassian vit néanmoins dans deux mondes différents, dont l'un est une réalité secondaire. Le monde d'Alek Minassian est, selon lui, plus proche de celui des jeux vidéo violents.

Le psychiatre ajoute que le prévenu ne comprend pas la mort, ni le chagrin, ni le deuil qui y sont associés à cause de son manque d'empathie, qui constitue l'un des rares traits communs aux personnes autistes et psychotiques.

Le Dr Westphal se dit en outre convaincu que l'état autistique d'Alek Minassian l'a rendu vulnérable et qu'il a été fortement influencé par ses lectures et ses découvertes sur Internet.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian a assisté au témoignage du Dr Westphal durant 7 jours de la prison de Toronto, où il est détenu de façon préventive depuis son arrestation.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

L'accusé est, selon lui, doué pour l'informatique et il a une bonne mémoire de travail. Il retient facilement ce qu'il lit sur Internet, par exemple.

Le psychiatre décrit le prévenu comme un homme naïf, superficiel, introverti, asocial, anxieux et obsessif, dépressif, mais pas suicidaire, froid et incapable de ressentir des émotions. Il cherche constamment à réaliser quelque chose et à plaire.

Le Dr Westphal ajoute néanmoins que le mobile de l'accusé n'est pas clair, parce qu'il a fait croire aux policiers qu'il s'était inspiré du fondateur des Incels, Elliot Rodger, pour perpétrer un crime semblable au sien, commis sur le campus de Santa Barbara en 2014.

Or, selon le psychiatre, le prévenu n'était pas un membre dévoué des Incels, puisqu'il ne croyait pas farouchement à leur cause.

Une illustration judiciaire qui montre 4 personnes, la juge, la défense, le psychiatre et l'accusé.

Dans le sens d'une aiguille d'une montre, la juge Molloy, le Dr Westphal, l'avocat Boris Bytensky et Alek Minassian.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Westphal explique plutôt que le prévenu s'est inspiré d'Elliot Rodger, parce que le manifeste et la vidéo de l'Américain étaient toujours en ligne au moment où il faisait des recherches sur Internet.

Alek Minassian a expliqué en entrevue au Dr Wesphal qu'il avait menti aux policiers, parce qu'il pensait qu'il aurait plus de notoriété publique que s'il leur avait révélé la véritable raison de son geste.

Selon le psychiatre, Alek Minassian avait une peur irrationnelle d'entrer sur le marché du travail à sa sortie du collège.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy écoute attentivement le témoignage du Dr Westphal sur la plateforme Zoom.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Westphal soutient que personne n'a toutefois forcé Alek Minassian et doute que son crime soit un acte de représailles, comme le laisse entendre la Couronne sur la foi des révélations de l'accusé au poste de police.

Le psychiatre affirme que l'accusé n'avait par ailleurs pas le jugement moral pour revenir sur sa décision quelques minutes derrière le volant de la fourgonnette avant de perpétrer son crime sur la rue Yonge.

Il assure qu'il n'a pas fait preuve d'un éclair de conscience soudain et que son questionnement à ce moment-là ne signifie pas qu'il soit pourvu d'un sens moral, contrairement à ce que sous-entend la Couronne.

Dessin du procureur de la Couronne.

Le procureur de la Couronne, Joseph Callaghan

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La Couronne accuse le psychiatre de n'avoir écrit dans son rapport que ce qui faisait son affaire pour appuyer la thèse selon laquelle il existe un lien entre autisme et non-responsabilité criminelle dans de rares circonstances.

Selon les procureurs, le Dr Westphal a délibérément omis d'ajouter dans son évaluation psychiatrique des informations que la Couronne juge capitales sur la santé mentale du prévenu. Le psychiatre a rejeté de telles allégations.

La Couronne lui a rappelé qu'Alek Minassian avait navigué à travers le système d'éducation du secondaire au collège sans trop de difficultés, qu'il a obtenu un diplôme en informatique, qu'il a réussi à trouver des emplois et même à être recruté dans les Forces armées canadiennes.

Elle pense en outre que le témoignage du Dr Westphal est contradictoire et qu'il lit souvent ses notes à la barre du procès. Elle lui reproche enfin de ne pas connaître la loi canadienne sur la non-responsabilité criminelle.

Une illustration judiciaire de la salle de débordement virtuelle.

Une salle de débordement a été aménagée à l'intention du public pour qu'il puisse assister au procès sur grand écran tout en respectant les consignes sanitaires de la Ville de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le Dr Westphal a témoigné dans des circonstances exceptionnelles. Il avait menacé de ne pas témoigner pour la défense lorsqu'il a su que son entrevue avec l'accusé serait accessible aux médias après sa diffusion au procès.

Il avait en outre demandé à témoigner à huis clos. La juge Molly a répondu à son ultimatum en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, malgré les objections de la presse.

La vidéo en question a été mise sous scellés. Seule une poignée de journalistes a entendu le témoignage du Dr Westphal et vu les extraits de l'enregistrement sur la plateforme Zoom.

Le webinaire des audiences qui était jusque-là accessible au public a été fermé au cours de la diffusion des extraits vidéo et audio durant le témoignage du psychiatre américain.

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