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Arruda s'inquiétait des asymptomatiques deux mois avant Legault

Le directeur national de santé publique se préoccupait des porteurs de la COVID-19 sans symptôme dès janvier, révèlent des documents internes. Mais le gouvernement affirme, lui, n'avoir été informé du risque qu'à la fin mars.

Horacio Arruda se met un masque.

Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, le 12 mai, porte pour la première fois un masque lors de la conférence de presse quotidienne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, sera interrogé en fin de journée par les députés de l’Assemblée nationale, des documents internes révèlent qu’il avait conscience des risques de transmission de la COVID-19 par des porteurs asymptomatiques dès janvier, deux mois avant que le gouvernement en soit informé.

Le 1er février, au lendemain de la tenue du Comité consultatif spécial sur la COVID-19, créé quelques jours plus tôt par le Réseau pancanadien de santé publique, Horacio Arruda écrit un courriel au sous-ministre à la Santé de l'époque, Yvan Gendron.

Il rapporte les discussions qui ont eu lieu au comité au sujet des Canadiens rapatriés de Chine par avion nolisé, des voyageurs de retour en général et de la gestion des contacts de cas confirmés. Le Dr Arruda mentionne que ses homologues canadiens recommandent de prévoir un isolement volontaire de 14 jours uniquement pour les passagers de l’avion nolisé. Et il n’est pas d’accord.

Parlant de lui à la troisième personne, il écrit : Le 1er février, en matinée, le directeur national de santé publique du Québec (DNSP) a contacté ses homologues fédéraux pour souligner son grand inconfort que des mesures différentes soient appliquées pour des risques similaires chez des voyageurs ne bénéficiant pas de ce vol nolisé ou s’ils sont des contacts étroits de cas.

« Le DNSP a dit qu’il recommanderait à ses autorités politiques une procédure plus prudente dans le contexte des nouvelles informations qui soulèvent une hypothèse de transmission pré-symptômes, même si ce mode de transmission est moins significatif. »

— Une citation de  Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec, dans un courriel daté du 1er février

Horacio Arruda ajoute par ailleurs que d’autres pays ont des mesures encore plus coercitives. Il explique aussi que suite à ces discussions, l’autorité de santé publique fédérale va proposer la position du Québec à l’Ontario, la Colombie-Britannique et l’Alberta, et par la suite aux autres provinces.

« Compte tenu du risque politique, nous devons user de prudence. »

— Une citation de  Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec, dans un courriel daté du 1er février

Malgré ces appels à la prudence, le gouvernement Québec a toujours affirmé avoir pris connaissance du risque à la fin mars.

« On s'est aperçu, à la fin mars, début avril, que les personnes asymptomatiques pouvaient propager le virus, ce qui a été une donne qui a changé vraiment le cours des choses. »

— Une citation de  Danielle McCann, ex-ministre de la Santé du Québec, le 22 mai, à l'Assemblée nationale

Ce n’est donc qu'en avril que le ministère de la Santé a envisagé de tester l’ensemble du personnel des CHSLD, où le virus faisait des ravages, et tenté, en vain, d’interdire les mouvements de personnel.

Des études scientifiques dès le mois de janvier

Il porte une branche de ses lunettes à sa bouche.

Dès le 31 janvier, le directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses, Anthony Fauci, reconnaissait que la transmission du virus par les porteurs asymptomatiques ne faisait « aucun doute ».

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Le 22 janvier, alors que le nouveau virus est encore très peu connu, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) transmet une note interne au ministère de la Santé.

On peut y lire : Les informations connues pour les autres coronavirus indiquent que la transmission avant le début des symptômes ou par des personnes asymptomatiques est possible, quoique son importance reste difficile à évaluer pour le virus 2019-nCoV.

« Dans le contexte actuel, il semble donc plus prudent de considérer la possibilité de transmission avant symptômes comme faible, mais non nulle. »

— Une citation de  Avis de l’INSPQ envoyé au ministère de la Santé, le 22 janvier

Dès le 29 janvier, Radio-Canada rapporte sur son site web un deuxième cas de COVID en Ontario en provenance de la ville chinoise de Wuhan qui est présenté comme « asymptomatique ».

Le 30 janvier, le New England Journal of Medicine publie une étude allemande qui montre que le virus peut être véhiculé par des porteurs sans symptôme. Ça ne fait aucun doute, déclare le lendemain le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses, dans un article de CNN.

Dès février, le CISSS de Chaudière-Appalaches reconnaît la transmission avant symptômes

Quelques jours plus tard, le CISSS de Chaudière-Appalaches cite cette étude dans son bulletin d’information (Nouvelle fenêtre) de santé publique du mois de février : « La transmission du COVID-19 est possible avant l’apparition des symptômes, quoique son importance reste difficile à évaluer. »

Plusieurs autres études sont publiées au mois de février :

  • Le 13 février, dans l'International Journal of Infectious Diseases, des chercheurs mesurent 31 % de porteurs asymptomatiques parmi des rapatriés japonais.
  • Le 19 février, dans le New England Journal of Medicine, il est démontré que la charge virale détectée chez des patients asymptomatiques est similaire à celle retrouvée chez des patients symptomatiques.
  • Le 25 février, dans le Journal of Microbiology, Immunology and Infection, des chercheurs évaluent jusqu’à 20 % de patients infectés par le coronavirus qui restent complètement asymptomatiques.

Ce n’était pas confirmé avant fin mars maintient le ministère de la Santé

Il y a une très grande différence dans l’approche scientifique entre considérer qu’une chose est probable et en avoir la confirmation, explique la porte-parole du ministère de la Santé, Marie-Claude Lacasse.

Il y a eu plusieurs évolutions dans les connaissances pour la COVID-19, ajoute-t-elle.

« C’est effectivement à la fin mars que la santé publique a été avisée que la transmission par des personnes asymptomatiques était considérée confirmée. »

— Une citation de  Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS

Le ministère de la Santé explique que l’approche scientifique et de santé publique est une démarche délicate qui nécessite à la fois de n’écarter aucune possibilité, mais également de se préparer de façon adéquate selon le risque évalué.

Le Dr Arruda, l’équilibriste face aux questions des députés

Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, assis durant une conférence de presse.

Horacio Arruda doit être interrogé durant trois heures par les parlementaires.

Photo : Ivanoh Demers

Le mois dernier, lors d’un webinaire avec des médecins spécialistes, Horacio Arruda s’est qualifié d’« équilibriste sur un fil de fer avec des précipices de chaque bord ».

Le directeur national de santé publique s’est effectivement retrouvé à plusieurs reprises sur la corde raide ces derniers mois, et plusieurs sujets pourraient ressortir lors de son audition par les parlementaires.

  • Le retour de la semaine de relâche

À partir du 12 mars, le gouvernement et la santé publique demandent aux Québécois revenant de voyage de se placer en isolement volontaire pour 14 jours. Les employés de l’État, de l’éducation et de la santé ont même l’obligation de le faire. Mais la mesure n’est pas rétroactive, bien que la semaine de la relâche scolaire [du 2 au 6 mars] se soit achevée quelques jours plus tôt.

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, avait pourtant réclamé la rétroactivité, car du personnel de santé commençait à développer des symptômes. Si ça avait été rétroactif, le Dr Arruda aurait dû s'isoler 14 jours, car il était revenu du Maroc le 8 mars.

Durant ce voyage, lors d'une conférence, il avait minimisé la menace en disant que le coronavirus, c’est un enjeu important, mais qui prend beaucoup de place dans les médias. Mais il y a plusieurs enjeux de santé publique, à mon avis, qui ne sont pas mis à la place, avait révélé le Journal de Montréal dans une vidéo.

  • L’obligation du port du masque

Les masques, c’est pour le système de soins, disait le 18 mars le Dr Arruda, affirmant qu’ils peuvent créer plus de mal que de bien et qu’il pourrait y avoir une pénurie si la population les utilisait à des fins de prévention. Dans les semaines et les mois qui vont suivre, le gouvernement va subir des pressions pour rendre le couvre-visage obligatoire, sans céder. Ce n’est que le 13 juillet que Québec va finalement consentir à rendre le masque obligatoire dans les lieux publics fermés.

  • Pas de trace écrite des avis

La communication entre le directeur national de santé publique et le bureau du premier ministre a été l’objet de vives critiques de la part de l’opposition à Québec, alors que le Dr Arruda a confirmé rendre plusieurs avis à l’oral uniquement. Plusieurs députés demandaient de pouvoir consulter la justification écrite de la décision de fermer les restaurants et les gyms ou encore les bibliothèques, alors qu’ils n’étaient pas des lieux d'éclosion.

  • Les aérosols

Le Dr Arruda juge la transmission par microgouttelettes dans l’air pas significative, en se référant aux avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Or, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu la transmission par aérosols en juillet, les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis le 5 octobre et la santé publique fédérale au début novembre. Le gouvernement a demandé à un comité d’experts de se pencher sur la question. Un rapport est attendu la semaine prochaine.

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