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IVAC : les proches de Québécois assassinés à l’étranger auront du soutien

Simon Jolin-Barrette parle debout à l'Assemblée nationale et tient des feuilles dans ses mains.

Le ministre québécois de la Justice, Simon Jolin-Barrette

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Malgré tous les ajustements et les tentatives de réformes du régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC), des familles qui ont perdu un proche tragiquement tombent encore entre les mailles du système.

Un système trop rigide, selon le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette, qui veut le revoir en profondeur dans un projet de loi déposé cette semaine.

En décembre 2018, le monde d'Annie St-Onge s'est écroulé. Elle a appris que sa sœur, Christine, avait été assassinée par son conjoint durant leur voyage au Mexique. Le meurtrier s'est enlevé la vie à son retour. Une collecte de fonds avait été mise sur pied pour soutenir ses neveux, deux garçons alors âgés de 7 et 11 ans.

Depuis deux ans, Annie St-Onge se bat pour que le régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC) reconnaisse les proches de victimes tuées à l'étranger.

L'histoire de Marlène Dufresne est bien différente, mais son combat ressemble à celui d'Annie St-Onge, parce qu'elle non plus n'arrive pas à se faire aider par l'IVAC. En 2014, après le meurtre de sa fille Gabrielle, âgée de 17 ans, tuée par son copain, elle a dû assister à deux procès éprouvants.

Marlène Dufresne n'est pas reconnue par le régime, même si sa fille était mineure et vivait sous son toit, car seul le parent d'enfants assassinés par l'autre parent est admissible à l'indemnisation.

« C'est tout à fait déplorable le fait que l'IVAC ne les couvre pas présentement. Il faut corriger cette situation-là. Les Québécois qui se font assassiner à l'étranger, ce n'est pas normal que leurs proches n'aient pas de soutien à la suite d'un homicide hors Québec. Ça ne l'est pas non plus pour les parents d'enfants mineurs qui se font assassiner et qui n'ont pas de soutien. Le régime, en raison de sa rigidité, a fait en sorte qu'il y a certaines victimes qui n'ont pas été indemnisées et qui auraient dû l'être avec un système plus humain », affirme le ministre Jolin-Barrette.

C'est un drame de violence conjugale qui s'est passé au Mexique, alors que ça aurait très bien pu arriver ici au Québec. C'est deux personnes québécoises. Quand on veut bénéficier de l'IVAC, la réponse, c'est non, parce que l'événement s'est passé à l'extérieur. Il n'y a aucune forme d'aide. C'est totalement injuste.

Une citation de :Annie St-Onge

Une réforme en profondeur

Interpellé par les lacunes du programme, le ministre promet à son tour une réforme de l'IVAC, un programme gouvernemental créé en 1972. Ce dernier a été modifié par les gouvernements au fil des années, mais jamais en profondeur, prétend Simon Jolin-Barrette.

Le nouveau régime couvrira les meurtres commis à l'extérieur du Québec, ce qui permettrait à Annie St-Onge d'être indemnisée. De plus, les parents d'enfants assassinés par une autre personne que le père ou la mère obtiendront plus d'aide, comme le réclame Marlène Dufresne.

L'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) a milité pour ces cas particuliers. Dans les dernières années, l'organisme a carrément dû quémander des budgets discrétionnaires à des ministres pour toutes les familles dont les dossiers tombaient entre les mailles du système.

C'est plus facile de se faire reconnaître si on se fait voler notre sac à main dans la rue que si notre enfant est assassiné, déplore la directrice générale, Nancy Roy. Selon elle, le gouvernement a tout intérêt à fournir du soutien psychologique et de l'aide financière à ces personnes. C'est des gens qui seront de toute façon dans le système de santé et qui seront plus hypothéqués que si on les avait aidés immédiatement, dit-elle.

Je ne fais plus les mêmes tâches qu'avant au travail, parce que je n'y arrive plus maintenant. Je ne suis plus concentrée comme je l'étais avant. On a des séquelles à vie. Je vais prendre des médicaments à vie. On a besoin de dignité et de compréhension pour ce qu'on a vécu, confie Marlène Dufresne.

De l'aide pour les victimes d'exploitation sexuelle

Plusieurs victimes d'exploitation sexuelle ont aussi essuyé des refus de l'IVAC dans les dernières années. Une autre aberration, selon le ministre Jolin-Barrette, qui compte s'attaquer à cette autre faille du programme.

Pour les jeunes victimes d'exploitation sexuelle, le fait qu'elles ne soient pas reconnues, c'est comme une double victimisation, explique Stéphanie Gareau, la directrice générale de la Fondation Marie-Vincent.

Même si la thérapie n'est pas couverte présentement pour les victimes d'exploitation sexuelle, nous, on l'offre gratuitement quand même à la Fondation Marie-Vincent. On absorbe les coûts, ajoute-t-elle.

Il faut revoir au complet le régime de l'indemnisation des victimes d'actes criminels. Au cours des dernières années, les quelques ajustements faits par le biais de directives ne permettent pas de répondre aux différentes critiques, précise le ministre Jolin-Barrette.

Son projet de loi sera déposé à l'Assemblée nationale d'ici la fin de la semaine.

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