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La vie après la violence conjugale

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Plus de deux ans après les évènements, Vickie Langlois vit toujours avec des séquelles.

Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Félix Morrissette-Beaulieu

Deux ans après avoir été sauvagement battue par son ex-conjoint condamné à 15 ans de prison, Vickie Langlois se reconstruit, mais confie vivre encore dans la peur.

Même si le sort de son agresseur est scellé, les traumatismes de Vickie Langlois ne sont pas disparus pour autant.

Une sentence, ça ne guérit rien. Ça ne guérira ni mes blessures ni mes blessures psychologiques.

Vickie Langlois

Le 3 décembre 2018, Olivier Cloutier-Gaumond s'introduisait dans la résidence de Vickie Langlois en pleine nuit à Buckland, dans la région de Bellechasse.

Frustré de la séparation, au terme d'une escalade de gestes dangereux, il a attaqué avec une massue artisanale sa victime qui dormait paisiblement, avant de la laisser pour morte.

Un mois avant l'attaque, Cloutier-Gaumond avait saboté le système de freinage du véhicule de la femme, qui avait dû foncer dans un arbre pour immobiliser son automobile. Elle avait ensuite installé des caméras de chasse autour de sa résidence, ce qui a permis de filmer l'entrée par effraction de son agresseur.

Plus de deux ans après les événements, Vickie Langlois vit toujours avec des séquelles.

J'ai un syndrome de stress post-traumatique, mais qui n'est pas relié à l'agression. Il est relié à la peur que j'ai vécue avant. Pendant un mois avant l'agression, j'étais dans une peur complète. Il y a eu multiplications d'actes. Monsieur venait la nuit à mon domicile, raconte-t-elle.

Il découle de ça une hypervigilance. C'est encore présent, a-t-elle confié.

C'est le cas particulièrement vers la fin de l'année, explique-t-elle. Mon mois de novembre 2018 a été une horreur complète et totale, jusqu'à finir par une agression qui a failli me coûter la vie.

À ce moment-ci de l'année, c'est sûr que c'est exacerbé parce que le corps a une mémoire; quand l'hiver arrive, ça me rappelle ça.

Vickie Langlois

Son visage a considérablement changé à la suite de l'agression, puisqu'elle a subi 25 fractures. Elle a perdu l'usage de son œil droit et doit porter un casque pour protéger son crâne et son cerveau.

En entrevue au Téléjournal Québec, Vickie Langlois martèle que personne n'est à l'abri d'être victime de violence conjugale.

Je disais ça à ma famille pour les rassurer : "Il ne s'en prendra pas à moi". J'ai dit ça jusqu'au dernier moment. Je le croyais capable de faire beaucoup de mal, mais je ne pensais pas qu'il serait capable de se rendre jusque-là.

Absence de filet de sécurité

La semaine dernière, le gouvernement du Québec a annoncé 14 nouvelles mesures pour lutter contre la violence conjugale.

Parmi celles-ci, on compte la consolidation et l'implantation de nouvelles cellules d'intervention rapide servant à assurer un suivi des personnes ayant des comportements violents à risque d'homicide. Composées de travailleurs sociaux, notamment, ces cellules visent à créer un filet de sécurité pour la victime, pour ses proches, mais aussi pour l’agresseur.

Mme Langlois dénonce d'ailleurs l'absence de filet de sécurité pour les victimes de violence conjugale. Elle aurait aimé avoir l'aide soutenue d'un intervenant en novembre 2018. Il faut qu'il y ait des ressources. Il aurait fallu qu'un intervenant fasse un suivi avec moi. Juste pour me sentir épaulée.

Ça aurait limité mon stress post-traumatique, d'avoir eu quelqu'un qui m'ait accompagné dans ce mois-là. J'ai été laissée à moi-même un peu pour gérer.

Vickie Langlois

Malgré tout, Vickie Langlois dit avoir eu plus de ressources que la majorité des victimes de violence conjugale.

J'ai une famille très présente qui a été là pour moi. Ce n'est pas le cas pour tout le monde. J'ai des moyens pour m'acheter une caméra détecteur de mouvement. C'est d'ailleurs cette caméra-là qui a permis de l'arrêter, parce que j'ai pu le filmer. On ne peut pas demander à toutes les victimes de faire ça.

Empathie collective

Vickie Langlois souhaite maintenant que son histoire trouve écho chez les personnes victimes de violence conjugale, mais aussi auprès de la population entière.

Collectivement, ce qui aiderait, il faut développer notre empathie collective. Ça pourrait changer le regard qu'on porte sur les femmes qui sont victimes, qui se retrouvent prises dans ce cercle-là. Il y a encore beaucoup de jugements là-dessus, conclut la survivante.

Propriétaire d'un commerce dans Bellechasse, elle invite même ses clients à lui poser des questions. Ça m'aide à voir du sens aussi dans tout ça.

Avec les informations de Bruno Savard

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