•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Janette Bertrand : l'égalité entre hommes et femmes, « c’est mon testament »

Assise, un sourire aux lèvres, Janette Bertrand regarde sur sa gauche.

Janette Bertrand s'est confiée à l'occasion d'une entrevue à Anne-Marie Dussault, pour 24/60.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quand Anne-Marie Dussault, animatrice de 24/60 à ICI RDI, lui demande si elle était en avance sur son temps, Janette Bertrand hausse les épaules : « Ça a l’air! » Au fil de sa carrière, cette communicatrice d'exception s'est donné pour mission de briser les tabous en levant le voile sur des aspects de la sexualité dont on ne parlait qu'à demi-mot. Aujourd’hui âgée de 95 ans, elle dit n’avoir ni regrets ni remords. Entretien.

Si Janette Bertrand a décidé de s’attaquer à des sujets qui étaient d’ordinaire circonscrits à la chambre à coucher, c’est ironiquement parce qu’elle s'y connaissait très peu.

J’étais d’une ignorance crasse! lance-t-elle. J’étais ignorante, pas pour rire.

De nature curieuse, Janette Bertrand a entretenu pendant 17 ans une rubrique de courriers du cœur dans Le petit journal, ce qui lui a d'ailleurs valu une chanson de nul autre que Robert Charlebois.

Ladite Madame Bertrand s’est ainsi éveillée aux craintes, aux doutes et aux maux de ses lecteurs et lectrices, tantôt indisposés par leur virginité, tantôt malheureux de devoir cacher leur homosexualité.

J’ai été l’une des premières à parler de sexualité, en 1966, assure-t-elle en entrevue avec Anne-Marie Dussault, animatrice de 24/60. Non seulement souhaitait-elle que ses filles soient moins niaiseuses qu’elle, dit-elle, mais elle espérait surtout libérer la parole, la rendre décomplexée.

À cette époque, les gens n’avaient pas les mots pour parler de la sexualité. […] Ce n’était que les mots cochons qui y étaient reliés, explique-t-elle. Moi, je trouvais ça beau et bon, la sexualité, alors je voulais que, pour les gens aussi, ce ne soit pas que sale!

Celle qui a décidé d’aborder, notamment, la virginité des femmes en exposant les secrets de l’hymen – premier tabou d’une longue liste, souligne Mme Bertrand – revenait invariablement à un thème central : celui des relations entre les hommes et les femmes; et plus encore, des inégalités entre les deux sexes.

C’est le tabou ultime, insiste Janette Bertrand. C’est mon testament de vie.

L’inégalité entre les hommes et les femmes, ça, c’est mon cheval de bataille. Et je n’ai pas fini! assure-t-elle. Un livre de sa plume, à paraître d’ici un an, s’y consacrera. Après ça, ce sera peut-être fini, j’achalerai pu le monde.

Debout, les mains posées sur le dossier d'un fauteuil, Janette Bertrand regarde au loin, sur sa gauche.

Malgré la pandémie qui a forcé le monde à tourner au ralenti, Janette Betrand dit avoir plein de projets en vue.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une lutte nécessaire contre la violence

Les années ont passé, la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes s’est faite sur plusieurs fronts. Des avancées, il y en a certes eu, mais la violence et la culpabilité sont encore dans le décor, souligne Mme Bertrand.

Il faut parler de ces mères qui se sentent coupables de travailler, surtout si elles en tirent du plaisir, donne-t-elle en exemple.

Mais avant toute chose, il faut dénoncer les violences que subissent les femmes; le viol, la violence conjugale, évoque-t-elle. C'est contre ces agressions qu'elle s'indigne, haut et fort : C’est pas les femmes qui tuent les hommes. [...] Il faut que ça arrête.

Nous autres, on a changé. […] Mais les hommes il faut qu’ils changent, qu’ils mettent le patriarcat de côté.

Janette Bertrand

Selon Mme Bertrand, il est grand temps que les hommes réalisent le plaisir qui réside dans le fait d'aimer une [personne qu'on perçoit comme] égale.

Et une égale, on ne lui fait pas ce qu'on ne veut pas qu'elle nous fasse, ajoute-t-elle.

Si, autrefois, des déclarations du genre – que l'Église a tenté d'étouffer, affirme-t-elle – lui auraient valu d'être vertement critiquée par la gent masculine, Mme Bertrand estime qu'elle est en paix avec le sexe opposé.

Il était un temps où les hommes ne m’aimaient pas, parce qu’ils avaient peur que je convertisse leur femme à la liberté d’expression. […] Mais aujourd’hui, je pense que la majorité des hommes m’aiment, dit-elle, un petit sourire en coin.

Se décrivant comme une femme à la fois forte et fragile, Janette Bertrand se sait privilégiée, chanceuse d’être bien entourée. « Mais j’ose. Je suis quelqu’un qui fonce », dit-elle. Quelqu’un qui ne se « comporte jamais en victime », d’ajouter Mme Bertrand.

Donner son avis lui a d’ailleurs valu les foudres de certains, comme ce fut le cas lors de l’épisode de la Charte des valeurs québécoises du gouvernement de Pauline Marois, qu’elle a appuyée. À la tête du mouvement baptisé « les Janettes », l’auteure et vedette de la télévision s’est déclarée en faveur d’une charte de la laïcité, au nom de l’égalité entre hommes et femmes.

Le combat qu'elle menait alors, se défend-elle, n'était non pas contre les femmes voilées, mais plutôt contre la religion et ses dogmes. Je voulais simplement dire : attention, soyons prudentes, les femmes! [...] Des religions veulent nous remettre à notre place, c’est-à-dire en dessous des hommes.

Cette prise de position lui a valu, du jour au lendemain, de se faire accoler l'étiquette de raciste, se souvient-elle.

Tous ces gens qui m’acclamaient la veille ne m’acclamaient plus du tout.

Janette Bertrand

La leçon qu’elle en tire? Ne jamais me mêler de politique. C’est une langue que je ne connais pas.

Bien qu’elle ne souhaite pas répéter l’expérience, Janette Bertrand n'en est pas moins critique de ce qui se passe autour d'elle, de ce qui fait débat au Québec. Dernièrement, elle dit en avoir contre la rectitude politique, qui veut qu’on ne puisse plus dire certains mots, explique-t-elle, évoquant le mot en n.

On se fait tasser dans notre liberté par la rectitude politique, s'inquiète-t-elle. [...] Ça m’intimide, mais du moment qu’ils ne s’en prennent pas à la sexualité, je suis correcte.

Assise, de profil, Janette Bertrand parle, la main droite levée à la hauteur de son visage.

Janette Bertrand s'inquiète des dérives qui peuvent survenir lorsqu'on décide de ne plus utiliser certains mots, de peur de « blesser quelques personnes ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vieillir, c'est être occupé

Autre problème sur lequel elle ne peut fermer les yeux : la solitude des aînés, qui s'est retrouvée amplifiée par la pandémie.

Si on enlève la COVID-19 du portrait, l'isolement des aînés demeure un problème, juge-t-elle. Il faut qu’on arrête de les mettre à part, dit Mme Bertrand, catégorique, se désolant de voir ces personnes, à qui on ne rend plus visite, vieillir loin de leurs proches.

Dans une société de consommation, le toaster, tu ne le fais pas réparer, tu le jettes. On a fait la même chose avec nos vieux. On les jette, on ne s’en occupe pas, on les oublie.

Janette Bertrand

Mme Bertrand regarde toutefois vers l'avenir avec espoir. La pandémie, dit-elle, aura au moins permis aux gens de se rendre compte à quel point ils sont importants, les grands-parents.

On va se rendre compte que ce n'est pas correct de ne pas aller les voir, de ne pas s'en occuper. La pandémie nous aura donné peut-être ça.

Pour Janette Bertrand, la pandémie aura surtout apporté un flot de projets, tous plus intéressants les uns que les autres, à l'en croire. Le dernier en date : la parution de son plus récent roman, Un viol ordinaire, en octobre dernier.

C'est que vieillir, contrairement à l'idée que l'on s'en fait, c'est être occupé, selon Janette Bertrand. Ce n'est pas de prendre sa retraite, puis de s'asseoir et se bercer!

Celle qui se dit passionnée de la vie affirme que c'est là que réside le secret de la vieillesse : Il faut embellir le cerveau, le remplir.

Sinon, dans ta tête, tu deviens vieux, résume-t-elle.

Lorsqu'elle regarde le chemin parcouru, Janette Bertrand affirme ne rien regretter. À vrai dire, si le temps pouvait se figer maintenant, son plus grand souhait serait alors réalisé. [J'aimerais] rester comme ça, comme je suis là, confie-t-elle de but en blanc.

Mais c'est pas possible, s'empresse-t-elle d'ajouter, comme étonnée par sa propre réponse.

Après quelques secondes de réflexion, elle se reprend. Comme bien des Québécois, Janette Bertrand espère une chose toute simple.

Mon souhait, c'est qu'on ait un Noël dans l'amour.

Janette Bertrand en 5 œuvres

Quelle famille!, série diffusée à Radio-Canada, de 1969 à 1974

Moi Tarzan, toi Jane, pièce de théâtre présentée en 1981

L’Amour avec un grand A, série diffusée à Radio-Québec, de 1986 à 1995

Ma vie en trois actes, Éditions Libre Expression, 2004

La vieillesse par une vraie vieille, Éditions Libre Expression, 2016

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !