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Plaidoyer pour remettre le Québec « sur pause » pendant les Fêtes

Un passant portant son masque marche dans les rues du Vieux-Québec désertes

La pandémie continue de gagner de l'ampleur au Québec.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Face à la hausse constante des cas de COVID-19, le gouvernement Legault doit remettre le Québec sur pause et décréter la fermeture de tous les services non essentiels pendant la période des Fêtes, plaident plus de 75 experts en santé, en économie et en sciences sociales.

Selon eux, il est préférable que les Québécois se barricadent du 20 décembre au 3 janvier, pendant que l’économie tourne déjà au ralenti et que beaucoup de gens, dont les étudiants, sont en congé, plutôt que d’être confrontés à cette même perspective plus tard pendant l’hiver.

Le congé des Fêtes nous offre la possibilité de réduire la contamination, de donner une chance à notre système de soins, à nos travailleurs de la santé et à notre population vulnérable, tout en minimisant l’impact sur l’économie , expliquent-ils dans une lettre ouverte publiée dans La Presse.

Notre système de soins est en forte tension. Les nombreuses absences dues aux isolements préventifs ou aux contaminations entraînent une surcharge de travail et un épuisement généralisé des ressources humaines en santé, ajoutent-ils.

Sur le plan de l’économie, le risque d’une perte de contrôle pourrait empêcher la reprise de l’économie du Québec pendant encore des mois, sans parler des effets néfastes sur les enfants s’ils devaient être confinés à la maison pendant la période scolaire.

« Nous avons là une occasion inédite à saisir pour réduire le taux de propagation de la COVID-19. Un arrêt complet, qui ne garderait ouverts que les services essentiels pendant deux semaines, permettrait d’essouffler la propagation du virus. »

— Une citation de  Extrait de la lettre signée par plus de 75 experts

En entrevue à Tout un matin, l’une des responsables de cette initiative, Roxane Borgès Da Silva, professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, n’a pas voulu donner une liste exhaustive de ce qui devrait être fermé, pour se concentrer sur l’idée de base.

Dans la lettre, on a écrit de [se] restreindre aux services essentiels, mais pour ce qui est de "l’opérationnalisation", on va laisser le gouvernement travailler là-dessus, dit-elle, sans cacher que la pause devrait ressembler à celle qui a été mise en œuvre le printemps dernier.

Selon elle, la fenêtre des Fêtes est tout simplement celle qui offre le coût d’opportunité économique le plus intéressant dans les circonstances.

Si la tendance continue et qu’on doit confiner au mois de janvier ou au mois de février, ça va avoir un plus gros impact non seulement sur l’économie, mais par la suite sur la santé mentale, la pauvreté, la vulnérabilité de la population, souligne-t-elle.

Donc, dans ce contexte, il vaut mieux prendre les devants, et arrêter l’économie à un moment où elle est déjà au ralenti, pendant les Fêtes.

Un écriteau indiquant que cette boutique est fermée.

Mme Borgès Da Silva précise qu’il serait préférable, si Québec adoptait cette proposition, que les écoles continuent d’enseigner à distance, pour toute la durée de cette éventuelle pause, qui pourrait aussi durer plus de deux semaines.

« C’est important pour le besoin de socialisation des enfants, pour l’éducation, qui est à la base de toute société, que les écoles ne ferment pas. C’est pour ça qu’on a proposé deux semaines pendant les Fêtes. »

— Une citation de  Roxane Borgès Da Silva, professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Elle concède aussi qu’il y a un risque pour la santé mentale de nombreux Québécois, déjà épuisés par des mois de pandémie.

En entrevue à l'émission Première heure, le professeur émérite Pierre Fortin du département des sciences économiques à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, a enfoncé le clou, en faisant valoir qu'une détérioration de situation sanitaire janvier n'est pas qu'une probabilité, mais une quasi-certitude.

« Quitte à avoir une catastrophe en janvier, aussi bien de prendre un peu d’avance et de mettre le Québec sur pause […] de façon à éviter quelque chose d’encore pire. En d’autres mots, on n’a pas le choix, d’après nous, entre le bien ou le mal, mais entre le mal ou le pire. »

— Une citation de  Pierre Fortin, professeur d'économie

On est parfaitement conscient qu’on propose quelque chose qui n’est pas bon pour la majorité des gens en termes économiques, mais [...] on a le choix entre faire ça et fermer pendant un mois ou un mois et demi par la suite, résume-t-il.

Pas de confinement en vue pour le moment

Questionné en point de presse lundi après-midi sur la possibilité d'imposer un confinement généralisé aux Québécois pendant les Fêtes, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a écarté cette possibilité pour le moment.

C'est déjà très sévère ce qu'on a demandé aux Québécois il y a plusieurs mois, a -t-il fait remarquer en expliquant le difficile équilibre qu'il doit maintenir entre les restrictions sanitaires et la santé mentale de la population.

On en a discuté pas mal durant le week-end avec la santé publique, mais aussi avec deux autres partenaires : la Sécurité publique et le ministère du Travail, a expliqué le ministre. Il y a beaucoup de personnes qui nous font réaliser qu'il faudrait d'abord s'assurer que les règles qui sont en place soient suivies.

Plutôt que de confiner la province, le ministre Dubé a préféré opter dans l'immédiat pour demander aux autorités de la Santé, de la Sécurité publique et du Travail de fournir un deuxième effort sur le terrain pour s'assurer du respect des règles déjà en place.

Deux semaines, c’est bien; quatre, ce serait mieux

Dans une entrevue accordée au préalable à Tout un matin, un autre professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Benoît Mâsse, faisait valoir qu’il vaudrait encore mieux, du moins en théorie, faire une pause de quatre semaines. Il dit avoir refusé de signer la lettre pour cette raison.

Sur le fond, ils ont raison. On s’en va sur une montée qui va être très difficile à stopper, a-t-il cependant concédé. Je trouvais par contre qu’un deux semaines, ce n’est pas vraiment suffisant pour avoir un impact important.

M. Mâsse ajoute cependant du même souffle qu’il craint qu’un tel confinement ne crée beaucoup d’anxiété parmi les Québécois et aussi beaucoup d’incompréhension.

Selon lui, l’option qui donnerait vraiment beaucoup plus d’impact, en réduisant les contacts, c’est le prolongement de l’école à distance. Il dit toutefois comprendre la nature très délicate d’une telle approche.

On sait que la dernière fois qu’on a parlé de ça au Québec, ça a été tout un tollé. Et on voit que le gouvernement ne veut vraiment pas toucher à ça, indique-t-il.

S’ils ne veulent pas toucher à ça, malheureusement, il reste seulement un confinement, comme mes collègues souhaiteraient qu’on ait pendant les fêtes, admet-il.

« Quand on regarde sur nos modèles, l’impact de la fermeture des écoles pendant le congé des Fêtes va définitivement ralentir la vague. Mais dès qu’on ouvre en janvier, ça repart. […] C’est très très difficile de s’imaginer que seulement deux semaines d’efforts vont être suffisantes pour vraiment reprendre le contrôle de cette vague-là. »

— Une citation de  Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Le professeur Mâsse souligne en outre que le gouvernement Legault a déjà avancé à plusieurs reprises que des mesures seraient en place pour deux ou quatre semaines, avant de les prolonger.

Alors là on va dire un défi 14 jours, et là, on va voir les chiffres. Et si les chiffres ne descendent pas ou ne se maintiennent pas, on va se dire on est pris pour un autre 14 [jours], un autre 14 et ainsi de suite, anticipe-t-il.

Relancée à ce sujet, la professeure Borgès Silva a convenu qu'une pause de quatre semaines serait préférable. En France, commente-t-elle, une baisse significative du nombre de cas de COVID-19 s'est concrétisée après trois semaines de confinement.

Deux semaines, ce serait un début qui permettrait de réduire les éclosions dans les milieux de travail, si on ferme tous les milieux de travail. Mais [...] mon collègue a tout à fait raison : ça prendrait quatre semaines, affirme-t-elle.

« Je pense qu’on doit certainement faire quelque chose de plus qu’on ne le fait présentement, parce que vous avez vu en fin de semaine, les chiffres sont alarmants et on n’a pas vu la fin de ça, la répercussion que ça va avoir sur les hospitalisations et les décès dans les semaines qui suivent.  »

— Une citation de  Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM

En entrevue à ICI RDI, la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM a aussi soutenu qu'il serait préférable qu'un confinement soit décrété pour 28 jours, plutôt que 14.

Ce serait plus logique d’avoir deux cycles à mon avis. Ça nous assurerait qu’on brise vraiment une première partie de la chaîne de transmission, a-t-elle dit.

C’est sûr qu’il va en rester bien entendu, parce que ce n’est jamais absolu, mais on briserait nécessairement le gros de la transmission, et ça nous permettrait d’arriver mieux armés quand les vaccins seront plus présents et d’avoir un impact plus rapide de l’effet de la vaccination si on a une transmission communautaire moins élevée.

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