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Rapport final de la VG : soins virtuels inefficaces et 9,5 M$ en publicités partisanes

Le gouvernement Ford gère les affaires autochtones de manière inefficace, conclut aussi Bonnie Lysyk dans son rapport final.

Elle est en conférence de presse au studio des médias de Queen's Park.

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Après avoir vivement critiqué Doug Ford pour sa gestion de la pandémie, la vérificatrice générale de l'Ontario (VG) dénonce le programme scolaire en partie désuet de la province, des publicités jugées partisanes et une gestion inefficace des affaires autochtones, dans un rapport annuel final.

Bonnie Lysyk s'est attiré les foudres du premier ministre de l'Ontario après la publication de deux rapports préliminaires cinglants sur l'environnement et la COVID-19. Doug Ford l'accuse d'avoir outrepassé son mandat en opinant sur des politiques de santé publique qui ne relèvent pas de son champ d'expertise et en publiant des informations inexactes, ce qu'elle réfute vigoureusement.

Dans un rapport final rendu public lundi, Bonnie Lysyk en rajoute en publiant 13 audits sur différents ministères et agences, dont l'Éducation et la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario, en plus d'accuser les progressistes-conservateurs d'avoir diffusé des publicités partisanes aux frais des contribuables.

Près de 10 millions en publicités partisanes

Même si elle n'a plus le mandat de le faire, la vérificatrice générale soulève des préoccupations au sujet de 20 % des publicités diffusées par le gouvernement Ford dans la dernière année à un coût de 9,47 millions de dollars, notamment au sujet de son plan environnemental et de la dette.

L'an dernier, le gouvernement Ford a en effet retiré à son bureau le pouvoir discrétionnaire de déterminer ce qui constitue de la publicité partisane, mais Bonnie Lysyk a tout de même choisi de le faire « car ces annonces auraient échoué à notre examen sous le régime de l’ancienne version de la loi ».

Un autocollant apposé sur une pompe à essence dont le coin supérieur droit se décolle.

L'un des autocollants du gouvernement Ford contre la taxe carbone fédérale

Photo : CBC/Patrick Morrell

En septembre, les autocollants du gouvernement Ford imposés aux stations-service ontariennes sur la taxe carbone ont d'ailleurs été déclarés anticonstitutionnels par la Cour supérieure de l'Ontario.

Affaires autochtones

La VG conclut que le ministère des Affaires autochtones ne dirige et ne coordonne pas les programmes autochtones offerts par les autres ministères et ne « connaissait pas tous les programmes provinciaux conçus pour appuyer les Autochtones au moment de l’audit ».

Bonnie Lysyk déplore que le ministère n’affiche que 11 des 140 programmes provinciaux destinés aux peuples autochtones sur sa page web et ne pouvait nous fournir qu’une liste de 30 programmes sur demande.

Aucun suivi n'est fait, dit-elle, pour s'assurer que ces services soient culturellement adaptés. Au ministère de la Santé, par exemple, « les Autochtones n’ont pas accès à des soins de santé qui intègrent la guérison traditionnelle et les traducteurs ».

La province n’a pas respecté son engagement à rendre compte publiquement des progrès des initiatives autochtones dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’éducation et de la justice en réponse au rapport de 2015 de la Commission de vérité et réconciliation.

Une citation de :Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l'Ontario

Selon la VG, le ministère ne gère ni efficacement ni de manière responsable le processus de règlement des revendications territoriales. « Le ministère n’établit pas d’échéancier, de jalons ou de coûts prévus, et ne fait pas de suivi des retards ni ne cerne les obstacles qui pourraient lui permettre d’accroître son efficacité ».

Le ministre des Affaires autochtones, Greg Rickford, n'était pas disponible lundi, mais le ministre des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires, Todd Smith, a réagi lundi en disant qu'il examinerait de près les recommandations de la VG.

TRL de Hamilton : libéraux écorchés

Bonnie Lysyk s'est aussi penchée, à la demande de la cheffe de l'opposition officielle, Andrea Horwath, sur l'abandon du train léger à Hamilton en décembre 2019 en raison de dépassements de coûts.

Le gouvernement de Doug Ford n'a jamais voulu rendre public le rapport des fonctionnaires sur lequel il s’est basé pour annuler le financement d’un milliard de dollars, mais la ministre des Transports, Caroline Mulroney, avait déclaré au moment de l'annonce qu’il en aurait coûté 5,5 milliards de dollars.

Pourtant, le ministère des Transports est au courant depuis 2016, selon la VG, que l’estimation du coût total du projet dépasserait le milliard de dollars en coûts d’immobilisations que le gouvernement provincial s’était engagé publiquement à financer en 2015, mais il n’a pas rendu cette information publique.

Un dessin du train léger dans une rue de Hamilton.

La province a annulé son financement, citant une augmentation substantielle des coûts du projet.

Photo : Metrolinx/Ville de Hamilton

Elle écorche ainsi au passage le gouvernement libéral précédant, au pouvoir jusqu'en 2018. « Le montant d’un milliard de dollars suffisait seulement à couvrir l’estimation initiale des coûts de construction de ce projet », écrit Bonnie Lysyk. Le Conseil du Trésor a ensuite approuvé des budgets révisés pour le projet en 2016 (2,9 milliards de dollars) et 2018 (3,6 milliards) dont les estimations étaient nettement sous‑évaluées.

L'estimation subséquente de 5,5 milliards était raisonnable, conclut la VG.

L'ex-ministre des Transports et actuel chef du Parti libéral de l'Ontario, Steven Del Duca, n'était pas disponible lundi pour réagir en personne.

Par courriel, il indique que le rapport examine le projet de manière isolée, alors qu'en fait, le processus d'évaluation pour ce projet a été le même pour tous les autres projets de transport en commun de la grande région de Toronto et Hamilton, comme le train GO, et les TLR Hurontario et Finch. Doug Ford a choisi de poursuivre ces autres projets, mais a tout de même annulé celui de Hamilton.

À mon avis, c’est un très bon rapport, a déclaré le premier ministre Doug Ford en conférence de presse. Après avoir lu environ la moitié du document, il estimait que son contenu lui fournissait les données nécessaires pour discuter avec les fonctionnaires et les ministres des problèmes soulevés par la vérificatrice.

M. Ford en a profité pour accuser le chef libéral et ex-ministre des Transports d’avoir menti au sujet du véritable coût du projet de train léger à Hamilton. Il a trompé tous les Ontariens disant que ce n'était pas 3,6 milliards de dollars, mais plutôt 1 milliard, a-t-il lancé, ajoutant que son gouvernement s'était montré plus transparent.

Soins virtuels

L'expansion des soins virtuels est trop lente en Ontario parce que le gouvernement Ford tarde à se fixer des objectifs pour la bonification des soins prodigués à distance, croit Bonnie Lysyk, qui revendique également une meilleure surveillance du Réseau de télémédecine de l'Ontario et Télésanté Ontario, afin d'éviter une surfacturation des soins virtuels de la part des médecins.

Par exemple, un médecin travaillant dans un cabinet de soins primaires a facturé 1,7 million de dollars en soins virtuels en 2019‑2020 et a vu jusqu’à 321 patients au cours de la même journée.

Une citation de :Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l'Ontario

Il n'est pas censé y avoir un coût quand on fait affaire avec un hôpital ou un médecin en Ontario, mais le secteur privé a trouvé une manière de contourner ça, lance la porte-parole de l'opposition officielle en matière de Santé, France Gélinas.

La VG dit que c'est un problème qu'elle signale constamment, mais auquel le gouvernement ne s'attaque pas. Les médecins voient une occasion de faire des millions de dollars en temps de pandémie. Le gouvernement a une responsabilité de s'assurer que les deniers publics sont dépensés de façon responsable!

Incohérences au ministère de l'Éducation

Les programmes-cadres enseignés aux élèves ontariens et les manuels scolaires sont en partie désuets, selon la VG, et incluent parfois de la « terminologie qui n’est plus considérée comme pertinente lorsqu’il est question des peuples autochtones ».

15 % des matières enseignées dans la province ont été élaborées et mises en pratique il y a au moins 15 ans et plus de la moitié l’ont été il y a 10 à 14 ans.

Une citation de :Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l'Ontario

Bonnie Lysyk estime que les tests des évaluations provinciales des élèves devraient porter sur plus que deux matières (langues, mathématiques). Elle conclut aussi que depuis le début de la pandémie, la qualité de l’apprentissage en ligne varie énormément d'une région à l'autre, notamment parce que le ministère n'a pas établi d’attentes quant à la fréquence ou à la durée de l’enseignement virtuel en temps réel.

Autres audits

La vérificatrice critique aussi l'agence de transport provinciale Metrolinx pour sa gestion du service Presto ainsi que la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (CAJO) pour sa gestion du cannabis, notamment.

  • Son analyse révèle que l'agence a retenu 2,2 millions de dollars en remboursements aux clients de Presto, qui devraient être versés lorsque les trains accusent des retards de 15 minutes ou plus. Ainsi, 77 % des clients qui auraient dû être remboursés ne l'ont pas été dans la dernière année, bien que « Metrolinx possède la technologie et les données nécessaires » pour le faire. Seuls les clients qui ont présenté une demande ont été remboursés.
  • Selon Bonnie Lysyk, la CAJO « n’a donné suite qu’aux deux tiers des plaintes concernant les magasins de cannabis ces deux dernières années ». La CAJO n’a pas non plus « combl[er] les lacunes dans les processus requis pour contrer le risque de blanchiment d’argent dans les casinos. L’audit a dit craindre que la CAJO ne produise pas d’états financiers audités, ce que tous les organismes gouvernementaux doivent faire pour démontrer leur transparence et leur responsabilisation ».
  • Bonnie Lysyk dénonce aussi un manque de transparence au Musée des beaux-arts de l’Ontario, au Musée royal de l’Ontario et à la Collection d’art canadien McMichael quant à la gestion de l'inventaire des oeuvres d'art et aux exemptions fiscales importantes aux donateurs.
  • La VG rapporte aussi que le ministère de la Santé et la Société canadienne du sang (SCS) ne recueillent pas d’information importante au sujet de l’approvisionnement et de la demande de composants et produits sanguins utilisés par les hôpitaux.
  • Sur l'industrie des condominiums : de nombreux acheteurs ne comprennent peut-être pas, selon elle, toutes les répercussions financières, comme les frais d’entretien et le fonds de réserve requis pour les réparations, qui accompagnent l’achat de ce type de résidence.
  • Sur l'Office de réglementation des maisons de retraite (ORMR) : selon la VG, « un nombre croissant de personnes qui vivent dans des maisons de retraite ont besoin de plus de soins qui s’apparentent aux soins dispensés par les foyers de soins de longue durée. Toutefois, l’ORMR ne recueille pas les données nécessaires pour évaluer les répercussions du niveau de soins accrus dont les résidents ont besoin ».

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