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Les grandes marées de décembre 2010, l'inspiration de David Didier

L'établissement est coupé de la route, complètement entouré d'eau.

Le Riôtel Matane s'est retrouvé comme une île le 6 décembre 2010.

Photo : Brigitte Dubé

L’événement extrême qu’on a appelé les grandes marées du 6 décembre 2010 a été l’élément déclencheur de toute une carrière pour le professeur de géographie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) David Didier. Depuis, ce scientifique originaire d’Amqui n’a jamais cessé d’étudier ces phénomènes pour aider la population à mieux s’en protéger.

Les grandes marées de 2010 ont été à l'origine de sa thèse de maîtrise, puis de celle de son doctorat, consacrée au développement et à l’analyse d’une méthode de cartographie de la submersion côtière dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

Tout récemment, son parcours lui a valu l'obtention de la médaille d’or du programme de la Médaille académique du Gouverneur général, qui souligne la qualité du dossier universitaire de ses récipiendaires.

Je suis ravi de recevoir ça, dit-il, mais pour moi ça vient souligner un travail collectif. Il y a toute une équipe qui nous aide sur le terrain. Je suis surtout fier de voir que ce travail-là a porté fruit et que les connaissances qu’on a acquises servent aux communautés. Recevoir une médaille dans le cadre de travaux qui ont porté sur cet événement particulier c'est d'autant plus important pour moi.

David Didier.

David Didier a consacré ses thèses de maîtrise et de doctorat à la submersion côtière dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

Photo : collaboration UQAR

Selon lui, cette reconnaissance montre l’importance de la recherche dans l’Est-du-Québec pour la gestion du territoire littoral.

Je n'ai jamais eu d’autres motivations que de vouloir comprendre, affirme le professeur qui raconte avoir eu la piqûre pour les sciences alors qu’il fréquentait la polyvalente Armand-St-Onge d’Amqui. Mes professeurs m’encourageaient à participer aux Expo-Sciences. C’est là que tout a commencé.

Les connaissances ont beaucoup évolué en 10 ans

En 2010, on connaissait encore très peu les processus qui engendraient les hauts niveaux d'eau sur les côtes et qui provoquaient de la submersion côtière, rappelle le jeune professeur.

Les grandes marées du 6 décembre, c’était une combinaison presque parfaite de phénomènes extrêmes, souligne-t-il. Selon lui, c'était notamment dû à une hauteur de marée qui ne se produit qu’aux 100 ans, combinée à une très basse pression et au fait qu’il n'y avait pas de glace pour protéger le littoral.

Très haute vague.

Les vagues étaient d'une hauteur exceptionnelle le 6 décembre 2010.

Photo : Brigitte Dubé

La cartographie qu’il a élaborée pour l'aménagement du territoire grâce à cet événement est prise en compte lors de règlements de zonage le long de la côte.

Les connaissances sont transférées en applications concrètes pour les communautés et on est en train d’actualiser les approches avec le ministère de la Sécurité publique, ajoute le géographe.

Pour avoir un portrait plus complet, des caméras vidéo filment les côtes de l’ouest vers l’est du du Saint-Laurent jusque dans le golfe. On en a qui sont installées sous l'eau, dit-il. On a tout un réseau d’observation, même au large, pour mesurer les vagues, tout ça pour regarder tout ce qui bouge. C’est un gros laboratoire.

La côte sablonneuse très érodée par la mer.

Cette falaise meuble en érosion est située à l'est de la riviere Saint-Jean sur la Côte-Nord. Après l'installation de cette tour munie d'une caméra, une érosion de plusieurs mètres s'est faite en une seule tempête et la tour à dû être déplacée quelques jours seulement après l'installation.

Photo : collaboration Denys Dubuc

Pas de solutions globales

Ses longues années d’étude l’ont aussi convaincu qu’il n’existe pas de solutions globales, mais des solutions régionales, voire locales, tellement le littoral comporte diverses particularités.

David Didier insiste sur l’importance de consulter la population. Il n’y a pas de solutions miracles, juste des solutions. Il faut bien connaître ce qui se passe sur le terrain, discuter avec la communauté et tenir compte de la perception des gens qui ont vécu ce genre d’événement pour répondre aux besoins.

Une vague frappe le rivage lors des grandes marées de 2010 à Maria en Gaspésie.

Une vague frappe le rivage lors des grandes marées de 2010 à Maria en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada

David Didier s’est intéressé à d'autres événements ailleurs dans l’Est-du-Québec, notamment à Mingan et à Pointe-Lebel sur la Côte-Nord. En Gaspésie, il est allé étudier les ravages des grandes marées à Maria et dans la zone critique de Cap-des-Rosiers où on a démantelé un enrochement.

Des connaissances qui se perdent

Dans tout ce flot d’informations colligées, David Didier a pu constater que des connaissances sur les risques côtiers se sont perdues au fil des générations.

Il y avait un transfert qui se faisait et qui s'est rompu, déplore-t-il. Dans la Baie-des-Chaleurs, par exemple, ou aux Îles-de-la-Madeleine, il y avait des chalets qui étaient construits de sorte qu’on pouvait les déplacer selon les saisons. Dans certains cas, certains d’entre eux sont devenus des résidences principales avec sous-sol. Les gens avaient cette conscience-là auparavant et il y a eu des changements dans les habitudes au fil des années.

Le chercheur se réjouit toutefois de voir que la conscience des risques fait maintenant partie de la réalité des riverains et qu’ils cherchent des solutions durables.

Une personne prend des mesures au GPS sur une plage de Pointe-des-Monts pour étudier les sédiments qui bougent.

Des mesures au GPS prises sur une plage de Pointe-des-Monts pour étudier les sédiments en mouvement

Photo : collaboration David Didier

Recherches dans l’Arctique

Actuellement, David Didier mène des projets de recherche dans l’Arctique. La situation n’est pas la même, mais je me sers des connaissances acquises dans mes études sur notre littoral, explique-t-il.

Toutefois, les réalités sont bien différentes et les solutions qui en découleront le seront sans doute elles aussi. Ce n’est pas la même réalité, mais ce sont les mêmes phénomènes et les mêmes approches. Là-bas aussi, il y a moins de glaces de mer pour protéger le littoral.

Il mentionne qu'il existe peu d'études sur l'érosion dans le Nord.

On doit s'intéresser à ce qui se passe dans l’Arctique, insiste-t-il. La prévention et la gestion des risques naturels dans les environnements froids et nordiques sont très peu étudiées actuellement. Sur le littoral de l’archipel arctique et à l’ouest de l'océan Arctique, des communautés sont en situation presque d'urgence. Il ne faut pas qu'elles soient oubliées.

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