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Chronique

Les vaccins arrivent, les règles du jeu vont changer

On voit le logo de Pfizer en arrière-plan.

Une femme trempe une seringue dans une petite bouteille identifiant un vaccin contre la COVID-19.

Photo : Reuters / DADO RUVIC

Combien de temps faudra-t-il avant que les grands championnats nord-américains mettent la main sur les vaccins contre la COVID? Les paris sont ouverts.

La distribution du vaccin développé par Pfizer-BioNtech a commencé la semaine dernière en Angleterre. Et il en sera de même aux États-Unis à compter de vendredi prochain. Le vaccin produit par Moderna, quant à lui, fera son entrée sur le marché américain une semaine plus tard. Plusieurs autres vaccins suivront au cours des prochains mois.

Au Canada, ce n’est qu’au début de 2021 que les citoyens pourront se faire immuniser contre le coronavirus.

Dans chaque pays, la distribution des vaccins nécessitera le déploiement de vastes et complexes opérations logistiques. Et si l’on se fie aux listes publiées par les gouvernements canadien et américain, la distribution se fera dans un ordre logique, en visant d’abord des groupes prioritaires comme les travailleurs de la santé, les résidents des CHSLD et les personnes de 70 ans et plus, considérant leur plus grande vulnérabilité.

Si cette logique était scrupuleusement respectée tout au long du processus, les athlètes professionnels, qui sont jeunes, forts et en parfaite condition physique, figureraient parmi les derniers citoyens vaccinés.

Il serait toutefois naïf de croire que les choses se passeront ainsi.


D’abord, il est bon de rappeler que le système de santé américain est loin d’être égalitaire et que ce sont les plus nantis qui y sont le mieux soignés, et le plus rapidement.

Par ailleurs, bien que le gouvernement américain ait commandé des centaines de millions de doses et qu’il veillera à leur distribution, il ne faut pas oublier que les grandes sociétés pharmaceutiques sont des entreprises privées parfaitement libres de conclure des contrats avec les clients de leur choix.

La semaine dernière, le responsable de la santé publique australienne, John Skerritt, s’est fait demander s’il serait possible pour certains groupes de couper la file et de se procurer le vaccin sans respecter les priorités établies par le gouvernement.

Nous vivons dans une économie de libre marché. Dès que les pharmaceutiques auront reçu l’autorisation de rendre leur vaccin disponible, rien ne les empêchera de le vendre sur le marché australien , a-t-il répondu.


Considérant les immenses ressources financières dont la NFL, la NBA, la MLB et la LNH disposent, il n’est pas difficile d’imaginer que leurs dirigeants sont déjà en train de remuer ciel et terre pour mettre la main sur les quelques milliers de doses qui leur permettront de recommencer à mener leurs opérations presque normalement.

Si les athlètes et le personnel de soutien d’une organisation sont vaccinés, il n’est plus nécessaire de tester tout le monde quotidiennement. Pour une équipe de la LNH, c’est une dépense hebdomadaire variant de 40 000 à 50 000 $ qui disparaît, sans compter les coûts des mesures sanitaires supplémentaires auxquelles les ligues et les équipes doivent s’astreindre.

Un agent de sécurité ouvre une grande porte pour un autobus réservé aux joueurs d'une équipe de la LNH.

Une douzaine d'équipes de la Ligue nationale de hockey ont joui de la bulle créée à Toronto pour la tenue des premiers tours des séries éliminatoires.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

La vaccination fait aussi disparaître toutes les incertitudes liées aux possibles éclosions, ainsi qu’aux problèmes d’organisation et aux coûts reliés aux annulations de matchs.

Par ailleurs, pourvu que les personnes vaccinées aient un certificat pour le prouver, la vaccination des employés des équipes professionnelles leur permettra de recommencer à franchir la frontière normalement.

La quarantaine obligatoire a forcé les Blue Jays de Toronto à s’expatrier à Buffalo l’été dernier. Et les équipes canadiennes de la MLS, dont l’Impact, ont été contraintes de vivre comme des nomades, ce qui leur a valu une saison épouvantable.

À l’aube de sa nouvelle saison, la LNH envisage de réorganiser son calendrier et de former une division regroupant uniquement les sept équipes canadiennes. Grâce à la vaccination, cette idée ne pourrait faire qu’un temps et les divisions normales seraient remises de l’avant en cours de route.


J’ai discuté de cette question avec plusieurs intervenants du monde du sport au cours de la dernière semaine. Et leur plus grande réserve par rapport à ce scénario concernait la réaction du public.

Les gens n’accepteront jamais que des millionnaires du sport aient accès aux vaccins avant les autres. Ce serait injuste, arguait-on.

Lors de la première vague, les citoyens des deux côtés de la frontière n’avaient pas tous accès à des tests de dépistage alors qu’au même moment, les ligues professionnelles payaient pour faire tester leurs athlètes quotidiennement.

Il n’y a pas eu de protestations.

Et au début de novembre, quand Thomas Bach a évoqué la possibilité que le CIO exige que tous les athlètes participant aux Jeux de Tokyo soient vaccinés avant leur arrivée au Japon, personne ne s’en est étonné.

Peu de gens en parlent sur la place publique, mais le train semble bien en marche. Dans un volumineux guide qui vient d’être remis à l’Association des joueurs, la NBA prévoit déjà des discussions quant à la vaccination des joueurs. On évoque même les conditions d’encadrement plus sévères auxquelles seraient soumis les joueurs qui refuseraient de se faire vacciner.


Au bout du compte, il ne serait pas étonnant que la vaccination des athlètes de haut niveau finisse par être utilisée pour rassurer le public quant au caractère sécuritaire des vaccins.

Un récent sondage révélait que 71 % des Canadiens sont réticents à se faire vacciner, en raison de la rapidité avec laquelle les vaccins ont été développés. Le même phénomène a été noté aux États-Unis.

Cette préoccupation est suffisamment grande pour que trois anciens présidents américains, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama, se disent prêts à se faire vacciner devant des caméras pour rassurer leurs compatriotes et pour aider à contrer le surréaliste discours des complotistes.

Pour toutes ces raisons, il serait extrêmement étonnant que les joueurs de la LNH et de la NBA, pour qui la saison 2020-2021 se mettra en branle sous peu, ne se fassent pas vacciner dès le début de la nouvelle année.

À l’exception des gradins qui mettront beaucoup plus de temps à se remplir, le monde du sport retrouvera rapidement un sentiment de normalité en 2021.

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