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Des cérémonies virtuelles pour commémorer la tuerie de Polytechnique

Une rose déposée près d'un monument.

Une rose blanche a été déposée près du monument en hommage à Maryse Laganière, une des victimes de la tuerie de Polytechnique, à la place du 6-décembre-1989.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La Presse canadienne

La commémoration de la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes à l'École polytechnique est devenue au fil du temps une journée de réflexion et d'appel à l'action pour mettre fin à la violence basée sur le genre. Cette année, les gens vivront ce triste anniversaire seuls plutôt qu'en groupe.

La plupart des événements qui ont lieu chaque année, dont le dépôt de couronnes de fleurs, des discours et une cérémonie pour projeter des faisceaux de lumière dans le ciel depuis le belvédère du mont Royal, se dérouleront virtuellement ou sans foule en cette année qui sera difficile, de l'aveu d'une des survivantes de l'attentat.

Il y a beaucoup de chaleur humaine dans ma vie autour du 6 décembre, beaucoup d'émotions reliées à ces rassemblements, et cette année, c'est beaucoup plus froid, a relaté Nathalie Provost, qui a été blessée de quatre balles lorsqu'un tireur a fait irruption à l'École polytechnique en 1989.

Quatorze femmes, dont beaucoup étaient des étudiantes en génie, ont été tuées et plus d'une douzaine de personnes ont été blessées dans une attaque motivée par la haine du tireur envers les femmes.

Mme Provost, qui est porte-parole du groupe militant pour le contrôle des armes à feu PolySeSouvient, affirme que les efforts pour commémorer le drame se sont poursuivis, même si les réglementations sanitaires empêchent les gens de se rassembler.

Plus tôt cette semaine, une bourse de 30 000 $ portant le nom de l'Ordre de la rose blanche a été remise à la Crie Brielle Chanae Thorsen, une étudiante en génie que Mme Provost décrit comme une jeune femme extraordinaire.

Dimanche midi, Nathalie Provost se joindra à un panel de conférenciers dans un parc nommé en l'honneur des victimes pour un événement qui sera diffusé en ligne. Elle craint toutefois que la participation soit plus faible cette année, soulignant que les gens sont fatigués de regarder des écrans.

C'est pourtant important, le rassemblement dans le deuil et la commémoration. Et là, on essaie de le faire virtuellement, et l'impression que j'ai, c'est que c'est beaucoup plus difficile d'atteindre [les gens].

Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique

Des problèmes amplifiés par la pandémie

Cette diminution de la participation survient à un moment où la question de la violence basée sur le genre est plus pertinente que jamais, selon certains groupes de défense.

Élisabeth Fluet-Asselin, porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, a indiqué que la pandémie avait entraîné une demande accrue dans les refuges pour femmes, des difficultés d'accès aux services et des problèmes de santé mentale provoqués par l'isolement.

Elle précise que certains groupes sont particulièrement touchés, notamment les femmes autochtones, les membres de la communauté LGBTQ, les femmes handicapées et les détenues.

En plus d'une cérémonie dominicale dans un parc de Montréal, la fédération a organisé plusieurs événements virtuels dans le cadre de ses 12 jours d'action, dont des baladodiffusions, des vidéos, des tables rondes et des événements d'art et de poésie – tous conçus pour souligner et dénoncer la nature systémique de la violence basée sur le genre.

Les violences faites aux femmes, ce n'est pas seulement physique, ce n'est pas seulement de la violence conjugale ou sexuelle. Il y a plein d'autres formes de violence et il ne faut pas l'oublier, surtout dans le contexte présent, a-t-elle soutenu en entrevue.

Pour sa part, Nathalie Provost s'inquiète de l'augmentation de la violence sur les réseaux sociaux, qui, selon elle, peut entraîner des conséquences réelles.

Des changements attendus

Mme Provost dit que ses propres émotions entourant la tuerie de Polytechnique ont évolué au fil du temps. Cette année, elle se sent fatiguée et frustrée de la lenteur des changements législatifs sur le contrôle des armes à feu.

Elle affirme avoir été encouragée par le plan du gouvernement fédéral, qui prévoit interdire quelque 1500 armes à feu de style militaire.

Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, selon elle, notamment pour interdire les armes de poing, gérer les armes en circulation et doter la police de meilleurs outils pour intervenir dans des situations problématiques.

Éventuellement, elle espère qu'elle pourra tourner la page sur la fusillade et que la commémoration deviendra une journée paisible.

Toutefois, dit-elle, le contraire semble se produire alors que les victimes de fusillades à Toronto, à Québec et en Nouvelle-Écosse ajoutent leurs voix à celles qui appellent au changement.

Nous n'avons pas besoin d'autres commémorations, a-t-elle plaidé. Nous ne voulons pas en créer de nouvelles. Nous voulons que ça arrête.

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