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COVID-19 : adapter la stratégie en fonction des communautés culturelles

Il est nécessaire de privilégier l’approche communautaire, selon des professionnels de la santé

Une cliente et un ouvrier se croisent dans les escaliers roulants d'un centre commercial.

Les populations aux faibles revenus sont les plus touchées par la pandémie. (Photo d'archives)

Photo : CBC/Evan Mitsui

Des groupes de travail se mettent sur pied pour développer des stratégies adaptées aux communautés issues de la diversité et tenter d’endiguer la propagation du virus.

Au début de la pandémie, tout le monde a fonctionné à pleine vitesse. Maintenant ça va faire un an, on a le pouvoir du recul : qu’est-ce qu’on peut améliorer?

Une citation de :Dr Tajinder Kaura, urgentologue à l’hôpital William Osler Health Services

Le Dr Tajinder Kaura est urgentologue à l’hôpital William Osler Health Services à Brampton, l'une des villes les plus touchées par la pandémie au Canada.

Selon lui, comprendre les spécificités culturelles est primordial pour envoyer les messages appropriés aux différentes communautés issues de la diversité. Dans la région de Peel où il travaille, la communauté sud-asiatique représente un tiers de la population, mais compte aussi près de la moitié de tous les nouveaux cas positifs de COVID-19.

Un homme aux cheveux courts et noirs, yeux marrons foncésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Tajinder Kaura est urgentologue à l’hôpital William Osler Health Services à Brampton

Photo : Photo remise par Tajinder Kaura

Avec d'autres professionnels de la santé, M. Kaura fait parti d'un nouveau détachement spécial pour sensibiliser la population hindiphone.

Nous sommes une cinquantaine de membres, de jeunes professionnels de la santé qui ont des liens dans la communauté sud-asiatique à Vancouver, Brampton, Toronto. Nous collaborons avec le ministère de la Santé publique pour mieux servir la communauté, précise l'urgentologue.

Le groupe de travail se concentre sur deux choses : reprendre les messages de la santé publique et les traduire dans les langues parlées par les communautés, mais aussi simplifier ces messages pour les faire comprendre.

Le groupe de travail canadien sud-asiatique sur la COVID-19 comprend la South Asian Covid-19 Task Force, la Sikh COVID-19 Task Force et la Muslim COVID-19 Task Force. L’Asie du Sud comprend l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka.

Une travailleuse de la santé portant masque et visière pose des questions à des clients à un centre de dépistage.

Des personnes font la file à un centre de dépistage de la COVID-19 à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Des études pour comprendre les différences

Fin octobre, Statistique Canada a publié une étude se penchant sur le taux de mortalité (Nouvelle fenêtre) attribuable à la COVID-19 dans les quartiers ethnoculturels du Canada. Les chercheurs ont noté que pour diverses raisons, les groupes de populations désignés comme minorités visibles courent un risque accru d’infection et de mortalité attribuable à la COVID-19. 

Parmi les facteurs : des taux de pauvreté plus élevés, la surpopulation des logements et le fait de travailler dans des professions liées à un risque accru d’exposition au virus. Cette étude a été menée pendant la première vague, entre mars et juillet.

Au Québec et en Ontario, le taux de mortalité normalisé selon l’âge dans les quartiers affichant les proportions les plus élevées de groupes de population désignés comme minorités visibles était plus du triple de celui des quartiers affichant les proportions les moins élevées de groupes de population désignés comme minorités visibles.

Une citation de :Étude de Statistique Canada
Des gens font la file devant un commerce.

Le nombre de cas de COVID-19 fait un bond fort préoccupant, au Québec, samedi.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’étude révèle également que certains groupes représentaient une plus grande proportion des décès : à Montréal, la population noire était davantage touchée et à Toronto, celle sud-asiatique.

Ce constat est aussi celui d'une équipe de chercheuses de l’Institut universitaire SHERPA, affilié à l'Université McGill. Leur rapport publié en août indiquait que certains groupes au sein des communautés culturelles de Montréal se sont montrés plus vulnérables au coronavirus.

En règle générale, un peu partout à travers le monde occidental, les cas sont plus élevés chez les groupes racisés et particulièrement les immigrés. Mais, surtout, chez les groupes qui ont des revenus plus bas.

Une citation de :Janet Cleveland, chercheuse sur les droits et la santé des migrants à SHERPA
Une femme aux cheveux bouclés bruns et aux yeux verts souritAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Janet Cleveland, chercheuse sur les droits et la santé des migrants à l'Institut SHERPA

Photo : Photo remise par Janet Cleveland

Janet Cleveland, chercheuse sur les droits et la santé des migrants à l'Institut SHERPA, pointe le fait que ce n’est pas lié à des pratiques culturelles particulières ou une résistance de la part de ces communautés à adopter les mesures sanitaires.

Il y a une énorme anxiété, une crainte de transmettre le virus, mais il peut y avoir dans certains cas des problèmes de communication. Par exemple, le fait que l'information de la santé publique au Québec était initialement disponible uniquement en français et en anglais, dit-elle.

Dans la plupart des cas, les infections sont liées au travail. Ce sont davantage des personnes qui travaillent dans des métiers exposés, mais aussi avec une moins bonne couverture de santé et, parfois, pas de syndicats pour les protéger, précise la chercheuse.

Quand on regarde la région de Peel, c’est aussi une question d’équité. La population à Brampton est multiculturelle oui, mais c’est aussi une population qui travaille dans des services essentiels : camionneurs, soins de santé, livreurs…, précise pour sa part le Dr Tajinder Kaura.

Les processus de confinement ne fonctionnent pas dans ces communautés, car ces personnes doivent aller travailler. Sinon vous ne recevrez pas vos colis Amazon ou les épiceries seront fermées, rappelle l'urgentologue.

Les villes s'adaptent

Les maires de certaines municipalités le reconnaissent. Depuis le printemps, Toronto développe son propre système pour collecter des données sur le virus, y compris des données sur l’ethnicité des gens qui l’ont contracté.

Le maire John Tory a annoncé avant le deuxième confinement que la Ville soutiendrait davantage les habitants des quartiers plus touchés par la pandémie, notamment avec des autobus offrant des tests mobiles et une prévention ciblée en partenariat avec des organisations communautaires.

Le maire de Brampton, Patrick Brown, reconnaît lui aussi l'importance de traduire les directives de la santé publique dans les langues parlées des communautés présentes dans la région.

John Tory portant un masque.

Le maire de Toronto, John Tory

Photo : CBC

Que faire en fonction des particularités?

L’objectif de mener des études détaillées est notamment de fournir des recommandations aux gouvernements, comme l’accès aux soins de santé pour tous, quel que soit le statut migratoire, ou encore assurer les congés de maladie payés, selon Mme Cleveland.

Il s'agit surtout de mieux adapter la prévention et l'éducation auprès des communautés culturelles.

La Muslim COVID-19 Task Force, par exemple, a tout de suite été lancée en mars. Elle est composée de professionnels de la santé, de leaders communautaires et spirituels.

La Dre. Asma Amjad, médecin de famille à Ottawa et vice-présidente de l’Association médicale musulmane du Canada, explique que dès le 13 mars, ils ont appelé la communauté à ne plus organiser de grands rassemblements.

Une femme voilée portant des lunettes noiresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Dre. Asma Amjad, médecin de famille à Ottawa et vice-présidente de l’Association médicale musulmane du Canada.

Photo : Photo remise par Dre. Asma Amjad

La spiritualité est une part importante de notre vie à prendre en considération. Nous prions cinq fois par jour, et lors de ces prières nous nous tenons côte à côte, épaule contre épaule. Il a donc fallu s’adapter, garder les distances et les masques et cesser les grands rassemblements.

Une citation de :Dre. Asma Amjad, médecin de famille à Ottawa, membre de la Muslim CODI-19 Task Force

De nombreux musulmans font aussi partie des groupes racialisés identifiés comme étant plus à risque pour des problèmes de santé chronique et proviennent souvent de milieux socioéconomiques inférieurs, ajoute-t-elle.

Le groupe de travail s'est donc efforcé de partager les informations de la santé publique en la traduisant dans différentes langues et la partageant sur les médias sociaux.

Deux hommes portent un masque de protection dans un sanctuaire religieux.

Des fidèles musulmans portent un masque lors de la prière du vendredi à la Grande Mosquée de Winnipeg durant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Éviter la stigmatisation

Il y a parfois de la stigmatisation, des craintes dans ces communautés et nous les comprenons, donc nous pouvons adapter la réponse à ça, indique le Dr Kaura.

Les fausses croyances liées à cette maladie sont pourtant présentes partout, rappelle Mme Cleveland, pas seulement dans certaines communautés issues de la diversité. La seule différence, peut-être, c’est l’accès aux informations dans la bonne langue pour démystifier certains mythes, selon elle.

Avec l'arrivée imminente du vaccin, la Dre Amjad explique quant à elle que la prochaine étape pour son groupe de travail est de répondre aux questions de la communauté. On en reçoit beaucoup déjà, et c'est positif, car cela montre que nous arrivons à engager la communauté et nous pouvons ainsi identifier quelles sont leurs préoccupations et y répondre avant qu'il ne soit trop tard, conclut-elle.

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