•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le public québécois séduit par la culture en ligne

« Rien ne remplacera l’art vivant, mais le numérique est une voie complémentaire que l’on va continuer à explorer après la pandémie », met en avant Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du TNM.

Un groupe de musique joue devant des écrans.

Le groupe Kaïn en concert virtuel sur Yoop.

Photo : Facebook/Yoop

Fanny Bourel

La pandémie de COVID-19 a obligé les théâtres, les festivals ou encore les orchestres à opter pour la webdiffusion. Et bonne nouvelle : le public est globalement, et parfois massivement, au rendez-vous, selon les établissements et événements culturels interrogés par Radio-Canada. Si la rentabilité est encore loin d’être atteinte, ce nouveau mode de diffusion permet de toucher un public plus large en région, et parfois même à l’étranger.

Une dizaine de jours après la clôture du festival Cinemania, qui s’est déroulé en ligne pour la première fois de son histoire, son directeur général, Guilhem Caillard, est content. Alors que, d’habitude, environ 300 passeports permettant de voir l’ensemble des films programmés sont vendus, plus de 1000 personnes ont acheté un passeport cette année. Et 45 000 visionnements ont été comptabilisés.

Le public a été présent au-delà de nos attentes. Il y a eu autant de spectateurs, sinon plus que l’an dernier, se réjouit celui dont le festival a attiré 27 000 fans de cinéma francophone en 2019.

Autre motif de satisfaction : des gens ont effectué des dons à ce festival montréalais proposant une offre différente de celle des plateformes comme Netflix.

Les Montréalais sont très attachés à leurs événements culturels, ils ont voulu montrer leur solidarité.

Une citation de :Guilhem Caillard, directeur général de Cinemania

Il n’a pas souhaité communiquer de chiffres sur les dons reçus par Cinemania. 

Un bon achalandage virtuel

Rendez-vous phare de l’automne culturel, le Salon du livre de Montréal affiche également un bilan positif pour sa première tenue virtuelle. Le site web a enregistré plus de 93 000 visiteurs et visiteuses uniques. Normalement, ce salon accueille chaque année environ 100 000 amateurs et amatrices de littérature par an. 

Habituellement, 30 à 150 personnes maximum assistent à chacune des tables rondes, conférences et autres animations organisées. Cette année, entre 50 et 650 personnes y ont participé en ligne, se félicite Olivier Gougeon, directeur général du Salon du livre de Montréal. 

De son côté, le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) s’était fixé des objectifs modestes en début de saison. Ils ont été largement dépassés pour la pièce Prélude à La nuit des rois, explique Frédérique Brault, directeur des communications, du marketing et des ventes au TNM. 

Les spectacles Le petit prince et Pierre et le Loup ont suscité un engouement, puisqu’ils ont séduit respectivement 6000 et 5000 personnes. Les forfaits pour cinq spectacles sont partis très rapidement, ajoute Lorraine Pintal, la directrice générale et artistique de théâtre montréalais.

Yannick Nézet-Séguin est filmé.

Le maestro Yannick Nézet-Séguin a dirigé le spectacle de théâtre musical «Le petit prince», créé par le Théâtre du Nouveau Monde et l'Orchestre métropolitain.

Photo : ©photo bruno petrozza / Bruno Petrozza

Quant à la foire d’art contemporain Papier, qui s’est déroulée pendant trois semaines sur Internet en juin dernier, elle a dénombré 18 000 visiteurs et visiteuses uniques alors que, ces dernières années, environ 11 000 personnes sont venues à cet événement étalé sur trois jours. 

On se disait qu’on serait contents si les ventes atteignaient 500 000 dollars, contre 1,5 million normalement, raconte Julie Lacroix, directrice générale de l'Association des galeries d'art contemporain (AGAC), qui organise la foire Papier. Finalement, elles se sont élevées à 710 000 dollars.

Faire rayonner plus largement la culture 

Au-delà des chiffres de fréquentation, ces établissements et événements culturels constatent que leurs initiatives numériques ont permis de diversifier leur public et de rejoindre des amateurs et amatrices de culture en dehors de leur périmètre géographique habituel. 

Ainsi, près du quart des cinéphiles ayant participé à Cinemania en novembre se trouvaient à l’extérieur de Montréal. 

Nous observons que le public est de tous les âges et provient de Montréal et des environs évidemment, mais aussi de l’Abitibi, de Rivière-du-Loup, de Yamaska, de Gatineau..., note pour sa part Marie-Claude Lépine, gestionnaire des communications de la Place des Arts.

Diffuser du théâtre en ligne permet d’attirer des populations éloignées, mais aussi vieillissantes, ainsi que des francophones en dehors du Québec.

Une citation de :Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du TNM.

En plus de 30 ans, le festival Nuits d’Afrique s’est taillé une réputation internationale. En raison de la pandémie, les concerts estivaux en plein air ont été remplacés par la diffusion gratuite en octobre sur Facebook, puis sur YouTube, de 10 concerts enregistrés spécialement pour l’occasion. 

On n’avait jamais fait ça, mais on a été très agréablement surpris de nos chiffres, dit Suzanne Rousseau, directrice générale du festival, qui a pris conscience du potentiel que représente la webdiffusion.

Nuits d’Afrique, mais aussi le club Balattou, un incontournable montréalais de la musique africaine avec lequel le festival collabore, sont connus jusqu’en Afrique et dans les Caraïbes. 

On va développer le côté numérique tout au long de l’année pour le rendre accessible à l’international. Le contenu pourrait même être payant pour certaines régions.

Un groupe de musiciens est sur scène,

Le groupe Gypsykumbia lors du festival en ligne Nuits d'Afrique.

Photo : Elaine Graham

Idem pour le Festival Haïti en folie, qui s’est déroulé en ligne au mois de juillet en partenariat avec la ville de New York. Plus d’un million de fans de culture haïtienne ont suivi cet événement sur Internet depuis le Canada, les Caraïbes ou encore les États-Unis. On va maintenir un volet numérique pour toutes les futures éditions, cela va solidifier la marque à l’international, assure Fabienne Colas, la directrice du festival. 

Des webdiffusions rentables?

Si le public se montre donc plutôt friand de culture en ligne, ce mode de diffusion est-il économiquement viable? Certes, un festival de cinéma en ligne ne nécessite pas de louer des salles, mais un film va souvent être vu par plusieurs personnes à la maison alors qu’en salle, chaque spectateur ou spectatrice achète son billet. 

Les cinémas étant fermés depuis début octobre en zone rouge, les cinémas Beaubien, du Parc et du Musée, tous situés à Montréal, proposent des séances en ligne. Ce n’est qu’un service en attendant, car ça ne remplace pas le nombre de personnes qu’on aurait rejoint avec une présentation sur grand écran, souligne Mario Fortin, PDG des trois cinémas. 

Il cite l’exemple d’un film qui a suscité l’achat d’environ 300 billets lors de sa fin de semaine de sortie sur la plateforme virtuelle alors qu’entre 1500 et 2000 personnes seraient venues le voir en salle en temps normal.

Joséphine Bacon

Le film «Je m'appelle humain», de Kim O'Bomsawin, a été primé au dernier festival Cinemania.

Photo : Terre innue

Pour attirer le public, bon nombre d’organisations culturelles ont misé sur des prix bas. C’est le cas du TNM, de Cinemania – dont le passeport était facturé 65 dollars – ou encore de l’Orchestre métropolitain (OM) – qui offre ses concerts en webdiffusion à 17 dollars contre une soixantaine de dollars habituellement. En ce moment, on n’atteint pas le seuil de rentabilité, déclare Martin Hudon, directeur du marketing et des communications de l’OM. 

Lancée en juillet dernier, la salle virtuelle Yoop présente des spectacles en ligne. Celui organisé pour les 85 ans d‘Yvon Deschamps en octobre dernier a réuni près de 50 000 spectateurs et spectatrices. Louis Morissette, qui gère l’espace Yoop à Montréal en plus de ses activités de producteur, dresse un bilan très positif des premiers mois de vie de Yoop. 

Par contre, la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous. Présentement, il n’y a pas d’argent à faire pour un producteur. Dans l’immédiat, c’est très difficile de dégager un profit.

À moyen terme, je pense que le modèle d’affaires sera viable, cela va arriver graduellement, ajoute Louis Morissette.

Toutefois, comme le dit Lorraine Pintal, au-delà de la rentabilité, l’objectif est aussi de rester présent dans la tête des gens

La culture en ligne n'est pas près de disparaître

Offrir des spectacles et autres contenus culturels en ligne reste nouveau, les organisations culturelles en sont encore au stade de l’expérimentation. Cependant, elles savent déjà que la diffusion culturelle numérique est appelée à perdurer au-delà de la crise de la COVID. 

Ainsi, les organisations culturelles continueront à toucher un public éloigné ou pouvant moins facilement se déplacer dans des lieux culturels, comme les parents de jeunes enfants. 

Rien ne remplacera l’art vivant, mais le numérique est une voie complémentaire que l’on va continuer à explorer après la pandémie, explique Lorraine Pintal. 

Le Festival du nouveau cinéma (FNC) envisage des événements hybrides, mêlant projections en salle et en ligne, tout au long de l’année. On est avant tout un festival, donc pour garder un côté festif, on privilégiera les avant-premières de films en salle, avance Nicolas Girard Deltruc, le directeur du festival. 

On ne va pas laisser tomber le présentiel, mais les festivals vont devoir revoir leur présence à l’année et travailler main dans la main avec les plateformes, affirme Guilhem Caillard, dont le festival a déjà conclu des partenariats avec iTunes et Crave. 

Est-ce que les spectacles en ligne pourraient à l’avenir concurrencer le spectacle vivant? Non, selon Louis Morissette, qui imagine la diffusion en ligne comme un moyen de continuer à faire vivre un spectacle après une tournée, par exemple. Il n’y a pas si longtemps, on vendait 15 000 ou 25 000 DVD d’un show parti en tournée. Ce créneau ne pourrait-il pas être occupé par Yoop?

Avec les informations d’Evelyne Charuest

À écouter aussi :

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !