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Comment rembourser notre dette fédérale alourdie par la pandémie?

La dette fédérale accumulée passera à 1107 milliards de dollars en 2021.

Chrystia Freeland marche avec un parapluie dans une rue d'Ottawa.

Chrystia Freeland s'est rendue sous la pluie à la Chambre des communes pour y présenter sa mise à jour économique.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

ANALYSE | Le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé des milliards de dollars en dépenses dans sa mise à jour économique cette semaine. La question se pose : comment paierons-nous la note lorsque la crise sera derrière nous?

Le déficit monstre prévu cette année fera gonfler la dette fédérale à 1107,4 milliards de dollars, ce qui représente plus de la moitié de ce que rapporte l’économie canadienne. Ce ratio dette/PIB passera donc à 51 %, contre 31 % l’an dernier, la plus forte hausse de notre histoire.

Moi, je suis inquiet, lance l’économiste Alexandre Laurin de l’Institut C.D. Howe. Ça peut devenir un problème s’il y a un choc important sur l'économie ou si les taux d’intérêt augmentent.

Plus le déficit est élevé, plus la marge de manœuvre des gouvernements est réduite. Et c'est là qu'il y a un danger.

Alexandre Laurin, économiste et directeur de la recherche à l’Institut C.D. Howe

Le fardeau de la dette deviendrait insoutenable dans un tel scénario, selon lui.

Dans cette crise sans précédent, de nombreux pays sont littéralement en train d’imprimer de l’argent : chez nous, c’est la Banque du Canada qui crée de l’argent pour acheter une bonne partie des obligations du gouvernement fédéral et des provinces.

L'édifice de la Banque du Canada à Ottawa.

Le coût d'emprunt étant très bas, certains experts estiment qu'il vaut mieux dépenser pour stimuler l'économie alors que la dette fédérale est gérable pour le moment.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Choix difficiles et souvent impopulaires

Le réflexe des gouvernements qui font face à une flambée de leur ratio dette/PIB est souvent de sabrer les dépenses, d’augmenter les impôts – ou les deux.

C’était le cas dans les années 80 et 90, après de nombreux déficits récurrents, souligne M. Laurin.

Ce ne sont pas des choix faciles, surtout pour un gouvernement minoritaire qui veut aller chercher le soutien de la population.

Geneviève Tellier, politologue

La politologue de l’Université d’Ottawa souligne toutefois que les Canadiens sont généralement plus ouverts aux hausses d’impôts lors de grandes crises, comme une guerre ou une pandémie mondiale.

C'est vraiment une question d'équité intergénérationnelle, lance Mme Tellier. Ceux qui vont payer plus tard vont-ils profiter des dépenses aujourd'hui?

La réponse est probablement oui, parce que si on n'avait rien fait, il y aurait eu sans doute des dommages encore plus importants, dit-elle.

Une femme prend des notes en consultant le document budgétaire.

La politologue Geneviève Tellier lors du huis clos du budget de l'Ontario 2019.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

L’autre option, souligne Mme Tellier, c’est de trouver de nouvelles sources de recettes. Les libéraux proposent notamment de taxer les plateformes numériques telles que Netflix et Airbnb dès le prochain budget, une mesure qui rapporterait plus de 3 milliards de dollars sur cinq ans.

Ottawa compte aussi taxer les sociétés de services numériques comme Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft dès 2022, ce qui permettrait d’encaisser 3,4 milliards de dollars sur cinq ans.

Compressions à venir? Pas nécessairement.

Royce Mendes, économiste à la Banque CIBC, affirme que les compressions et les hausses d’impôts ne sont pas un remède miracle pour assainir les finances publiques, surtout dans un contexte où le coût d'emprunt est si bas.

En effet, le gouvernement fédéral peut financer sa réponse à la COVID-19 en empruntant à un taux de 0,74 % pour 10 ans.

Si le gouvernement était dans une situation où le taux était de plus de 10 %, comme dans les années 1980, il y aurait eu un coût énorme à la situation actuelle, explique l’analyste.

Il souligne que les dépenses publiques ont un effet multiplicateur lorsque l’économie fonctionne au ralenti et que les taux d’intérêt sont au plancher.

Chaque dollar injecté génère plus d’un dollar en activité économique et chaque dollar coupé réduit le PIB de plus d’un dollar.

Royce Mendes, économiste, Banque CIBC

Adopter une politique d’austérité à ce stade-ci pourrait nuire à la relance de l’économie, dit-il.

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