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« C’est inhumain » : une Québécoise dénonce la rigidité des règles au Nouveau-Brunswick

Annie Lemieux a suivi les funérailles de son père sur un écran en raison des mesures sanitaires dans son Nouveau-Brunswick d’adoption. Elle s’accroche maintenant à l’espoir d’obtenir une autorisation pour que sa mère puisse venir passer Noël avec elle plutôt que de demeurer seule au Québec.

Photo prise lors du mariage d'Annie

Annie Lemieux avec son père Michel Lemieux et sa mère Francine Emond

Photo : Gracieuseté de la famille.

Geneviève Normand

N'entre pas qui veut en Atlantique depuis le début de la pandémie. Les quatre provinces de l’Est sont fermées aux voyageurs depuis la fin mars. Huit mois de contrôles frontaliers, d’enregistrement des voyageurs et de quarantaine obligatoire pour quiconque veut mettre les pieds ici.

Si le bilan de la COVID-19 est enviable dans la région, il ne dit rien des sacrifices et du désespoir des familles qui ont des proches ailleurs au pays.

Annie Lemieux est exaspérée par la situation.

Un cauchemar inhumain

Février 2020. La Québécoise originaire de Chaudière-Appalaches vit depuis plusieurs mois à Woodstock, au Nouveau-Brunswick, avec son mari et ses deux jeunes garçons.

Le confinement du printemps n’avait pas encore débuté que, déjà, au Québec, son père avait des problèmes de santé. Il a fait plus tôt cette année un infarctus, puis subi une opération à cœur ouvert.

Annie Lemieux voit son état de santé se détériorer à 400 kilomètres de distance. Les semaines passent, puis la COVID-19 frappe. Le monde se confine. Le Nouveau-Brunswick ferme ses portes.

Du jour au lendemain, la Québécoise ne peut plus aller voir ses parents le week-end et traverser la frontière librement. Si elle veut le faire, elle devra montrer ses papiers, s’enregistrer auprès des autorités et présenter un plan d’isolement de 14 jours au retour.

La situation de son père va ensuite de mal en pis. Des complications mènent à l’amputation de sa jambe droite.

Moi, je vis tout ça d'ici en me disant tout le temps : "À un moment donné, on va pouvoir y aller. On va pouvoir y aller". Mais non, jamais.

Annie Lemieux

Annie, enfant unique, tente du mieux qu’elle peut de soutenir sa mère à distance. Après des mois à vivre le désarroi par téléphone, la Québécoise n’en dort plus la nuit. La déprime s’installe.

Dire au revoir à son père sur écran

La consternation survient le 28 octobre. Son père est transporté à l’hôpital d’urgence. Puis le téléphone sonne en pleine nuit. C’est sa mère. Elle l’appelle pour lui annoncer le pire : son père est mort.

Annie souhaite rentrer au Québec pour vivre ce deuil avec sa mère, maintenant veuve. Mais l’isolement de 14 jours imposé par la province au retour lui fait décider du contraire.

Je ne peux pas me permettre de perdre trois semaines. T'as pas de salaire. T'as rien qui rentre. Les enfants ne peuvent pas aller à l'école. Mon conjoint ne peut pas aller travailler. Je ne peux pas aller travailler, dit-elle en entrevue, découragée. Ce n'est pas pour aller faire le party que je veux aller au Québec. C'est pour être là pour appuyer ma mère.

Après y avoir sérieusement réfléchi, Annie Lemieux s’est résignée à ne pas se déplacer. Elle a assisté aux funérailles de son père à distance, par vidéo.

Que c’est impersonnel, je me sens comme si je regardais un film, assise sur mon divan, mais c’est mon père qu’on enterre… Ça me crève le cœur de laisser ma mère seule avec tout cela. Je devrais être à ses côtés, je devrais être là, c’est tellement inhumain.

Annie Lemieux

« Une autre tuile » sur la tête

À l’approche du congé de Noël, Annie Lemieux a planifié d'accueillir sa mère à la maison, au Nouveau-Brunswick, pour éviter qu’elle passe le temps des Fêtes seule au Québec. Elle ne l’a pas vue depuis le 8 mars.

Annie dénonce le manque de clarté du gouvernement pour obtenir cette autorisation de voyage. Elle et son mari déplorent avoir reçu des messages contradictoires de la part des autorités provinciales quant à savoir si cette visite est permise.

L’année 2020, ça ne sera pas l'année COVID. Ça va être l'année du décès de mon père, aux funérailles duquel je n’ai pas pu assister.

Annie Lemieux

La mère de famille dit avoir essuyé un refus initial cette semaine, ce qui l’a convaincue d’écrire au premier ministre Blaine Higgs et à la médecin hygiéniste en chef Jennifer Russell mardi. Dans sa lettre, Annie dit se sentir vidée et impuissante.

Pour une énième fois, écrit-elle, tout espoir est perdu. Permettez-moi de vous exprimer ma grande colère. Après avoir vécu tous ces drames, les inquiétudes incessantes, le décès de mon père et les funérailles de celui-ci par vidéo, nous nous retrouvons devant rien.

J’ai toujours cru que le Nouveau-Brunswick était accueillant, laissez-moi vous dire que ces temps-ci, je n’y crois plus vraiment. Je me sens emprisonnée dans ma nouvelle province et laissée à l’abandon.

Extrait de la lettre d'Annie Lemieux

Interpellée afin d'éclaircir les règles sanitaires à l’approche des Fêtes, la santé publique du Nouveau-Brunswick a déconseillé jeudi en conférence de presse les déplacements entre provinces.

La médecin-hygiéniste en chef a néanmoins précisé que les membres d’une famille immédiate peuvent toujours entrer au Nouveau-Brunswick s’ils obtiennent une autorisation préalable.

L’exigence d’isolement pour 14 jours continue de s’appliquer, quelle que soit la phase d’alerte de la région à visiter.

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