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Le cinéma ByTowne ferme ses portes

Une femme en tain d'installer les lettres du mot « ferme » sur l'affiche d'un cinéma.

Le cinéma ByTowne annonce sa fermeture.

Photo : Facebook / ByTowne Cinema

Marika Bellavance

Après avoir projeté des films pendant plus de 70 ans à Ottawa, le cinéma ByTowne fermera définitivement ses portes le 31 décembre prochain, selon un communiqué publié vendredi.

Depuis la réouverture du cinéma, cet été, il y a moins de clients et moins de films à présenter, explique le propriétaire, Bruce White, dans ce même communiqué.

Le cinéma perd de l’argent chaque jour depuis la pandémie.

Bruce White, propriétaire du cinéma ByTowne, par communiqué

Après une première fermeture au printemps, tous les cinémas ont été contraints de fermer à nouveau pendant 28 jours en octobre dernier. Le ByTowne avait rouvert le 7 novembre, après le retour d’Ottawa en zone orange.

Le ByTowne a des clients fantastiques, mais de nombreux ByTowners ne viennent tout simplement pas ces jours-ci. Et je ne les blâme pas, souligne le propriétaire, Bruce White, dans ce même communiqué. Notre personnel a fait un travail incroyable [pour respecter les mesures sanitaires], mais l'évaluation des risques est propre à chacun, dit-il.

Le cinéma ByTowne attirait par ailleurs une clientèle plus âgée et plus à risque, selon une cliente assidue, Lucie Hotte. Cela a joué sur le faible nombre de spectateurs dans la salle, croit celle qui avait l’habitude de fréquenter les lieux chaque semaine, avant la pandémie.

C’est une institution quasi familiale pour moi. Quand ma mère a commencé à travailler, dans les années 50, sa grand-mère lui demandait de l’argent pour aller au cinéma ByTowne, et elle le demandait à tous ses petits-enfants [pour pouvoir y aller chaque semaine], raconte Mme Hotte.

Membre de l’institution depuis son arrivée dans la région en 2002, l’artiste visuelle spécialisée en arts médiatiques et numériques d'Ottawa, Izabel Barsive, s’est pour sa part dite ébranlée par la nouvelle.

En tant que réalisatrice, ce cinéma m’a nourri sans commune mesure. Un temple se ferme, je ne sais plus où prier, a-t-elle notamment témoigné sur Facebook.

Les projections prévues au ByTowne d’ici au 31 décembre sont maintenues à l’horaire.

Plus de 70 ans de cinéma

Situé sur la rue Rideau, dans le centre-ville d’Ottawa, l’établissement a ouvert ses portes le 10 février 1947, sous le nom de Cinéma Nelson, avant de devenir le ByTowne en 1988. Dans son unique salle de 650 sièges, le cinéma ByTowne était l’un des seuls à présenter des films indépendants dans la région.

Les gens faisaient la file dehors pour entrer, des fois pendant 45 minutes. On sentait que les gens étaient là par amour du cinéma, se souvient l’ancienne chroniqueuse culturelle à la radio de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, Anne Michaud.

Cette dernière ajoute qu’il s’agit d’une grande perte pour le monde culturel de la région.

Cette possibilité de découvrir du cinéma provenant de Chine, de Corée, de Roumanie, d’Italie : tous ces films extraordinaires qui n’ont jamais été présentés ailleurs, et qu’on ne verra probablement plus jamais, ça me rend extrêmement triste.

Anne Michaud, ancienne chroniqueuse culturelle à la radio de Radio-Canada

Le critique de cinéma Maurice Graffin abonde : [Le cinéma ByTowne] donne aux gens une ouverture très intéressante sur ce monde qu'on a trop tendance à oublier, ou ne pas comprendre comme on devrait le comprendre.

M. Graffin ajoute que le cinéma québécois et français se taillait une belle place dans la programmation de l’institution. Une grosse partie de la clientèle du ByTowne était québécoise. Eux aussi vont être un peu orphelins, fait-il valoir.

Cette fermeture survient quelques mois après l’annonce de celle du Cinéma Aylmer, un autre rare joueur indépendant dans le milieu, qui n’aura pas survécu à la pandémie.

On pourrait très bien se retrouver, tant du côté d’Ottawa que de Gatineau, avec seulement des cinéma de grandes chaînes [qui présentent] de grosses superproductions hollywoodiennes, craint d’ailleurs Mme Michaud.

Une relève impossible à trouver

Depuis quelque temps déjà, le propriétaire du ByTowne, Bruce White, avait entrepris des démarches dans l’espoir de trouver une relève pour prendre les rênes de son établissement, sans succès.

Investir dans un cinéma indépendant s’avère encore moins alléchant en temps de pandémie, reconnaît le propriétaire du Cinéma 9 de Gatineau, Didier Farré.

Il ne faut pas croire qu'on s'enrichit énormément avec une salle de cinéma, surtout en ce moment, où on est en train de se couvrir de dettes, explique M. Farré. On a des emprunts qui nous permettent de sortir la tête de l'eau, mais il va falloir les payer.

Cela n’empêche pas Bruce White de rêver d’un ByTowne 2.0, bien qu’il estime qu’il s’agisse d’un scénario peu probable dans le contexte actuel.

Avec les informations de Marilou Lamontagne et Kevin Sweet.

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