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Les services de consommation supervisée verront le jour coûte que coûte

Le CIUSSS souhaite contrer la méconnaissance du public sur les utilisateurs de drogue.

Rangée de cabines au centre d'injection supervisée de l'organisme Cactus, à Montréal, le 26 juin 2017.

Le CIUSSS et son partenaire SABSA ont précisé d'emblée qu'ils souhaitaient une mise en service du site dès la fin de février

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Malgré les inquiétudes manifestées par des propriétaires d'immeubles de la rue Saint-Vallier Est, le CIUSSS de la Capitale-Nationale et la coopérative SABSA n'en démordent pas : les services de consommation supervisée (SCS) verront le jour à Québec au nom de la dignité et de la santé publique.

Environ 80 personnes ont assisté à une rencontre d'information tenue en ligne, jeudi soir, au sujet de l'implantation prochaine des SCS au 60, rue Saint-Vallier Est, dans le quartier Saint-Roch.

Le CIUSSS et son partenaire SABSA ont précisé d'emblée qu'ils souhaitaient une mise en service du site dès la fin de février dans les actuels locaux de la coopérative de solidarité.

Tour à tour, les responsables du projet ont vanté les mérites des SCS partout où ils ont été implantés au Canada. On a essentiellement répété des arguments avancés depuis près d'une décennie par le milieu communautaire et les organismes travaillant avec des utilisateurs de drogue par injection ou inhalation.

Prévention des surdoses, milieu d'injection stérile et sécuritaire, soins de première ligne, accompagnement par des pairs aidants; les avantages surpassent selon eux les inconvénients. Toujours en se basant sur les expériences mises en place ailleurs au pays, le CIUSSS et SABSA n'anticipent aucune problématique particulière comme le flânage et une augmentation de la criminalité ou de la vente de drogue dans le secteur.

On assure tout de même qu'un comité de bon voisinage sera formé, tout comme un comité de suivi auprès des organismes communautaires et du Service de police de la Ville de Québec, lequel appuie le projet de SCS.

Claudine Lemay, directrice adjointe à la Direction santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Claudine Lemay, directrice adjointe à la Direction santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Il est temps

Si les arguments sont les mêmes et de plus en plus appuyés par la littérature scientifique, a-t-on fait valoir jeudi, le sentiment d'urgence d'avoir des SCS à Québec, lui, a augmenté. La capitale est l'une des rares grandes villes du pays à ne pas avoir une telle installation.

Claudine Lemay, directrice adjointe des programmes de santé mentale et dépendances au CIUSSS, a martelé qu'il fallait offrir les services le plus rapidement possible. Je réitère la nécessité, la pertinence [des SCS]. Les gens ont droit à la santé, a-t-elle déclaré.

Le choix de SABSA, lors d'un appel de projets lancé au printemps, s'explique d'ailleurs en bonne partie par ce besoin de faire vite. Chiffres à l'appui, on a rappelé que 23 décès par surdose surviennent chaque année depuis 10 ans à Québec. La transmission d'infections, comme le VIH ou l'hépatite C, continue aussi d'inquiéter.

Il a été jugé qu'il y avait une acceptabilité sociale acceptable qui permettait d'aller de l'avant.

Une citation de :Claudine Lemay, directrice adjointe à la Direction santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Une responsable du CIUSSS a soulevé qu'aucun décès par surdose n'était survenu dans un SCS à travers le pays, notamment grâce à la présence de personnel de soins prêt à intervenir en cas de surconsommation.

Autre facteur à considérer, la pandémie de COVID-19 a modifié le portrait de la consommation, évoque-t-on au CIUSSS. Notamment parce que la fermeture des frontières rend l'approvisionnement en drogue plus difficile.

Les consommateurs se tournent vers d'autres produits auxquels ils sont moins habitués. On remarque aussi de plus en plus de cas de drogues contaminées par l'utilisation de produits de coupe. Le fait d'avoir un SCS permet de contrôler la consommation et d'intervenir en cas de surdose, a souligné une médecin du CIUSSS. On espère également pouvoir tester les drogues apportées par les consommateurs.

Une affiche sur le trottoir du quartier Saint-Roch à Québec

En 2018, un mouvement de contestation s'était affiché contre le projet de SCS sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency.

Photo : Radio-Canada / Éric Careau

Des propriétaires inquiets

Après l'annonce d'un site sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency, en 2018, commerçants et propriétaires d'immeubles avaient témoigné de leur désaccord avec le choix du CIUSSS. Pour des raisons diverses, le lieu a été abandonné et le projet retardé.

Nouveau site, mêmes inquiétudes.

Rainier Speth possède le 65 Saint-Vallier Est. Le bâtiment compte 56 logements et est situé directement en face de la coopérative SABSA, où seront installés les SCS.

M. Speth a dénoncé jeudi le choix d'emplacement, craignant les attroupements près de son immeuble et les rencontres impromptues entre ses locataires et les utilisateurs de drogue qui se rendront aux SCS. Je ne comprends pas pourquoi on implante un SCS dans ce secteur-là, qui est en renouveau, a-t-il dit.

Ça me fait beaucoup de peine de voir cette implantation-là.

Une citation de :Rainier Speth, propriétaire d'immeubles

Le propriétaire immobilier préfèrerait que les SCS soient annexés aux futurs locaux de la clinique de santé de SABSA, qui déménagera en janvier sur la rue de la Couronne, davantage au nord du quartier Saint-Roch.

La rue Saint-Vallier Est

Les SCS seront installés dans le bâtiment à gauche, à l'angle de la rue Saint-Crépin. À droite, le 65 Saint-Vallier Est, propriété de Rainier Speth.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Même son de cloche du côté de Catherine Bowen, copropriétaire du 77 Saint-Vallier Est. Cette dernière a déploré la cohabitation parfois difficile avec les personnes qui fréquentent actuellement la clinique SABSA. Il s'agit pour la plupart de personnes marginalisées, désaffiliées du réseau traditionnel de la santé. Certaines utilisent des drogues par injection ou inhalation ciblées par le projet.

Mme Bowen croit que les SCS seront ultimement mauvais pour les affaires. Elle craint que les locataires long terme et court terme ne souhaiteront plus s'installer en face de ce futur centre, a-t-elle dit lors de l'assemblée en ligne.

Contrairement à ces propriétaires, des résidents ont donné leur appui au projet jeudi soir, car ils considèrent que les utilisateurs de drogue sont déjà dans le quartier. Plusieurs ont salué la possibilité de leur offrir un lieu sécuritaire et fermé pour consommer, plutôt que de les laisser avoir recours à des lieux publics.

Devant les inquiétudes mentionnées, plusieurs ont appelé à l'ouverture.

Accompagnement

Les responsables du CIUSSS et de SABSA ont dit entendre et comprendre les préoccupations soulevées. Toutefois, l'heure n'est plus aux débats. Peu importe, le projet va de l'avant, a tranché Amélie Bédard, directrice générale de SABSA, en entrevue après la rencontre.

Ça fait quand même dix ans que ça se discute, ce projet-là. Il y a eu beaucoup de consultations, a-t-elle ajouté. Elle soutient que plusieurs craintes avancées en 2018 ont été prises en considération. Plusieurs souhaitaient que les SCS se rapprochent du quartier Saint-Sauveur, ce que permet le site de la rue Saint-Vallier Est.

C'est normal que ca réveille toute sorte de craintes dans l'imaginaire.

Une citation de :Amélie Bédard, directrice générale, SABSA

Mme Bédard croit qu'il n'y a pas de lieu parfait ni d'endroit où il n'y aura aucune contestation. Mais à la lumière des données disponibles, il semble clair que la clientèle visée se trouve majoritairement dans les quartiers centraux. On va continuer le dialogue. On est en mode ouverture, recherche de solutions et on va continuer d'être à l'écoute, promet-elle aux personnes inquiètes.

Mme Bédard rappelle que SABSA travaille déjà avec les personnes susceptibles de se rendre aux SCS. Des personnes envers qui des préjugés collent à la peau en raison du caractère illégal de la consommation de drogue.

Le CIUSSS s'engage également à mesurer les effets des SCS sur la population, tant auprès des utilisateurs que des simples résidents.

En bref...

  • 10 à 40 minutes : durée estimée d'une visite dans un SCS
  • 20 % des utilisateurs de drogue partagent du matériel de consommation
  • 4 personnes sur 10 disent s'injecter de la drogue dans les lieux publics
  • 400 000 seringues distribuées chaque année à Québec

Source : CIUSSS de la Capitale-Nationale

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