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Arrestation musclée à Kinngait : la conclusion de l’enquête externe déçoit

L'écusson d'un policier de la GRC au Nunavut.

La conclusion de l'enquête externe au sujet de l'arrestation musclée d'un résident de Kinngait, au Nunavut, par un agent de la GRC, au mois de juin, ne fait pas l'unanimité.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Radio-Canada

La conclusion de l’enquête indépendante externe du Service de police d’Ottawa (SPO) menée à la suite de l'arrestation musclée d’un homme de Kinngait, au Nunavut, par un agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), suscite déception et questionnements sur le territoire.

Mon premier sentiment a été la tristesse d’être à nouveau placé devant une situation de mépris total, bienveillant et désinvolte envers le principe de base de la responsabilité, s’indigne le PDG de la Commission des services juridiques du Nunavut, Benson Cowan.

Au terme d’une enquête au cours de laquelle 14 témoins et policiers ont été entendus, le SPO a conclu, mardi, que l’incident survenu le 1er juin dernier était accidentel.

Durant l’arrestation, captée sur vidéo, un agent de la GRC fait tomber un homme en état d'ébriété avec la porte de sa camionnette. L’incident a suscité une onde de choc aux quatre coins du Canada.

En vertu d’ententes avec le gouvernement du Nunavut et la division territoriale de la GRC, le Service de police d’Ottawa est chargé de mener certaines enquêtes indépendantes externes sur les cas d’incidents de nature policière impliquant des agents de la GRC au Nunavut.

Mercredi, le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, s’est dit déçu, encore une fois, mais pas surpris de la conclusion de l’enquête indépendante. J’ai vu ce que j’ai vu, a-t-il lâché, en point de presse.

Il a appelé à des réformes en profondeur des services de police au pays qui mettraient l’accent sur de nouvelles formations du personnel policier et sur le principe de responsabilité des forces de l’ordre à l’égard du public.

Au mois de juin dernier, il a d’ailleurs qualifié de honteuse et déshumanisante la suite des événements.

Voir ces événements se répéter sans suivi, cela renforce le sentiment [...] d’être déçu des forces qui sont censées protéger tous les Canadiens de façon égale.

Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones
Marc Miller.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a exprimé mercredi sa déception quant à la conclusion de l'enquête indépendante du SPO sur l'incident survenu à Kinngait, en juin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Davantage de transparence

Le PDG de la Commission des services juridiques du Nunavut croit que les informations transmises au public dans un communiqué de presse du SPO, mardi, répondent à moins de questions qu'elles n'en soulèvent.

Pourquoi le policier [a-t-il] conduit de cette manière et aussi près [de l’homme] dans le cadre d’une arrestation qui a fini par se faire avec quatre autres policiers, s’interroge-t-il.

En plus, l'individu n'a jamais été inculpé, ajoute-t-il. Alors comment peut-on parler d’arrestation légitime? À quoi l’arrestation légitime était-elle reliée?

Il ajoute que le peu d’informations divulguées au terme de l’enquête indépendante nuit au lien de confiance qu’ont les Nunavummiut envers la GRC.

Il nous faut prendre au sérieux [la notion] de responsabilité en fournissant davantage qu’une maigre conclusion et en faisant preuve de plus de transparence, ajoute-t-il.

Des camionnettes de la GRC devant un immeuble.

Le détachement de la GRC à Kinngait, au Nunavut.

Photo : Sara Frizzell/CBC

Ce que tout le monde retient, c’est que ce ne sont pas des incidents qui sont uniques et isolés, dit Marc Miller.

Le maire de Kinngait, Timoon Toonoo, s’est fait avare de commentaires quant aux conclusions de l’enquête. Il affirme toutefois avoir eu de la difficulté à comprendre ce qui en ressortait.

C’est en parlant avec la GRC que nous avons mieux saisi, dit-il. J’espérais qu’il y aurait plus de détails, mais je pense que ce type d’enquête fonctionne toujours de cette manière.

Encore du travail à faire

Dans un échange de courriels, le ministère territorial de la Justice affirme ne pas souhaiter commenter la conclusion de l’enquête, mais reconnaît qu’il reste encore du travail à faire en matière de réconciliation entre la police et les Inuit du Nunavut.

Le ministère de la Justice travaille sur plusieurs initiatives visant à soutenir les services de police au Nunavut et à assurer la transparence, la responsabilité et l’implication communautaire, indique le ministre de la Justice, George Hickes.

Il cite notamment le port de caméras d’intervention et la création d’une commission d’examen chargée de mener des enquêtes indépendantes externes sur les cas d’incidents de nature policière impliquant des agents de la GRC.

À l’heure actuelle, ces enquêtes sont confiées aux services de police d’Ottawa et de Calgary.

Un policier avec une caméra d'intervention.

Depuis le 30 novembre, les agents de la GRC d'Iqaluit sont équipés de caméras d'intervention dans le cadre d'un projet pilote qui vise à démontrer plus de transparence dans l'exercice de leurs fonctions.

Photo : CBC / Monty Kruger

Des airs de déjà vu

Ce n’est pas la première fois que des agents de la GRC à Kinngait font l’objet d’une enquête indépendante externe qui ne tient pas criminellement responsables les agents impliqués.

En février, un homme de 26 ans est mort des suites d’une intervention policière à Kinngait.

Depuis le début de 2020, trois fusillades impliquant des agents de la GRC ont eu lieu au Nunavut, dont deux ont causé la mort.

Avec des informations de Thomas Rohner

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