•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La pêche hors saison pourrait nuire aux stocks de homard, croient des biologistes

Un bateau de pêche quitte le quai de Meteghan en Nouvelle-Écosse.

Un bateau de pêche quitte le quai de Meteghan, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des biologistes s’inquiètent de l'effet de la pêche hors saison, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, sur les stocks de homard. Pêches et Océans a saisi plus de 500 casiers à homard dans la baie Sainte-Marie au cours des derniers jours.

C’est certain que plus de 500 casiers, on peut avoir un impact sur la ressource dans la région, fait valoir Fred Whoriskey, directeur général d'Ocean Tracking Network et professeur adjoint en biologie à l'Université Dalhousie.

Pour moi, c’est un drapeau qui est levé, ça soulève des questions très sérieuses au niveau de la conservation, ajoute-t-il.

Fred Whoriskey, directeur général d'Ocean Tracking Network et professeur adjoint en biologie à l'Université Dalhousie.

Fred Whoriskey, directeur général d'Ocean Tracking Network et professeur adjoint en biologie à l'Université Dalhousie

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Fred Whoriskey craint, à l’instar des pêcheurs autochtones et non autochtones dans la région, que des individus tentent de profiter de la confusion entourant la pêche de subsistance convenable pour faire de la pêche illégale, à l'extérieure des saisons définies par le gouvernement fédéral.

En septembre, la Première Nation micmaque de Sipekne'katik a lancé sa pêche de subsistance convenable au quai de Saulnierville. Il s'agissait d'une dizaine de bateaux avec une cinquantaine de casiers à homards chacun. Mais cette pêche est dénoncée par les pêcheurs non autochtones, selon lesquels une pêche hors saison aurait un impact sur les stocks de homard dans la baie Sainte-Marie.

Un homme marche vers des bateaux en traînant derrière lui un casier à homard.

Un membre de la Première Nation de Sipekne'katik transporte un casier à homard sur le quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 17 septembre 2020.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Les agents des pêches ont saisi des casiers appartenant à des non-Autochtones et à des Autochtones. Une partie de ces casiers appartiennent à des pêcheurs de la communauté de Sipekne'katik.

Je suis inquiet spécifiquement lorsqu’on entend des histoires de [homards] morts à l’intérieur des casiers, parce que ces casiers ne sont pas en train d’être entretenus comme il faut. C’est un gaspillage incroyable. Ça met à risque la conservation de cette ressource pour l’avenir, pour les gens qui habitent dans ces communautés, dit Fred Whoriskey.

Montage de deux photos de saisie de casiers à homard.

Des saisies de casiers à homard effectuées par Pêches et Océans Canada les 21 et 22 novembre 2020 à la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse

Photo : Gracieuseté

Parmi les casiers saisis, 6000 homards ont été trouvés vivants et d'autres ont été trouvés morts. Pêches et Océans n’a pas indiqué la quantité.

L’Union des pêcheurs des Maritimes soutient que des milliers de casiers à homard sont utilisés hors saison, sans aucune forme de contrôle.

Crainte pour l’effondrement des stocks

500 casiers peuvent capturer énormément de homard, surtout lorsque l’eau est chaude. En raison qu’il n’y a pas d’autres casiers à ce moment-là, souligne Mike Dadswell, professeur de biologie marine à la retraite de l’Université Acadia.

Le professeur a comparu devant le Comité permanent des Pêches et des Océans de la Chambre des communes le 2 décembre (Nouvelle fenêtre) sur la question de la mise en œuvre des droits de pêche issus de traités des Micmacs visant à assurer une subsistance convenable.

Mike Dadswell, professeur de biologie marine à la retraite de l’Université Acadia.

Mike Dadswell, professeur de biologie marine à la retraite de l’Université Acadia

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Il est un fervent défenseur de la pêche au homard durant les saisons telles que définies par Pêches et Océans.

D’abord parce que le homard pêché hors saison, particulièrement durant l’été, est en train de muer et est donc plus fragile. Le taux de mortalité durant la pêche hors saison est ainsi plus élevé. De plus, durant cette période de coquille molle les homards ont tendance à se manger entre eux dans les casiers.

Mais le plus grand problème, selon ce biologiste, est qu’une pêche durant la saison estivale se fait durant le cycle de reproduction du homard.

On ne verra probablement pas les effets de ces pêches hors saison avant 7 à 10 ans, en d’autres mots le temps qu’il faut à un homard pour devenir mature, affirme Mike Dadswell.

La Première Nation micmaque de Sipekne'katik et Ottawa sont sur le point de finaliser une entente sur la pêche de subsistance modérée. Un droit de pêche, faut-il le rappeler, reconnu par la Cour suprême, mais qui n’a jamais été défini ni encadré.

Le quai de Saulnierville avec plusieurs bateaux et des casiers de pêche au homard.

Le quai de Saulnierville

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Pour l’instant le homard est en abondance dans cette région et les prises sont bonnes. Il n’y a aucune raison pourquoi les pêcheurs autochtones ne pourraient pas pêcher durant la saison comme tout le monde pour y percevoir un revenu modeste, indique le professeur de biologie marine à la retraite de l’Université Acadia.

Il estime que cette pêche donne le mauvais exemple et risque de s’étendre à la grandeur des Maritimes. Des communautés de Cap-Breton ont d’ailleurs déjà annoncé qu’ils amorceront une pêche de subsistance convenable.

Si Pêches et Océans autorise une pêche hors saison à des fins de subsistance modérée, ça s'étendra en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, partout où il y a des communautés autochtones, croit Mike Dadswell.

« Tous les stocks de homard risquent de ressentir les impacts de ces pêches hors saison. C’est vraiment d’ouvrir une boîte de pandore, de le permettre. Ce serait une très mauvaise idée. »

— Une citation de  Mike Dadswell, professeur de biologie marine à la retraite

Dominic LeBlanc, l’ancien ministre fédéral des pêches, estime aussi que les Autochtones devraient exercer leur pêche de subsistance convenable à l’intérieur des saisons commerciales.

Les débarquements de homard en baisse

Toutes pêches illégales sont une inquiétude parce que ça va nécessairement avoir un impact sur les stocks. Si ce n’est pas rapporté et que les choses continuent ainsi, on pourrait voir un déclin inattendu, affirme le professeur de biologie Aaron MacNeil, de l'Université Dalhousie.

Un drapeau acadien flotte accroché sur le mat d'un bateau de pêche.

Des bateaux de pêche au quai de Meteghan

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les débarquements dans la baie Sainte-Marie, une des régions les plus lucratives pour la pêche au homard dans les Maritimes, sont en baisse de 34 % depuis 2017, selon les plus récents chiffres de Pêches et Océans.

Malgré tout, Aaron Macneil rappelle que la région a pêché une des plus importantes quantités de homard des 10 dernières années en 2016.

Aaron Macneil, biologiste à l'Université Dalhousie

Aaron Macneil, biologiste à l'Université Dalhousie

Photo : Radio-Canada

La Baie Sainte-Marie, fait-il remarquer, est l'une des régions les plus productives en fait de pêche au homard.

Si le nombre de casiers irréguliers dans la baie est aussi haut que certains pêcheurs le rapportent, alors nous pourrions avoir une baisse. Les niveaux de débarquements vont vraiment nous dire s’il y a trop de pêche, parce que pour l'instant nous ne savons à peu près rien sur le nombre de casiers qui s’y trouvent.

« Je ne sais absolument pas ce que va contenir l’entente de Pêches et Océans et Sipekne'katik. Mais oui, je maintiens que la pêche de subsistance convenable n’aura pas d’impact sur les stocks de homard. »

— Une citation de  Aaron Macneil, biologiste à l'Université Dalhousie

Un groupe de biologistes de l'Université Dalhousie a déclaré au début du conflit que la pêche de subsistance convenable des Premières Nations ne représente pas un danger pour le maintien de la ressource.

Fred Whoriskey nuance ces propos aujourd'hui.

L’opinion des biologistes de Dalhousie était fondée sur l’idée d’un ajout 350 casiers, si on parle de 3500 casiers, c’est toute une autre histoire, dit Fred Whoriskey.

Il convient que de contraindre les pêcheurs autochtones à pêcher durant la saison commerciale pourrait être une solution, mais il faut d’abord et avant tout que les pêcheurs autochtones et non autochtones soient consultés afin de parvenir à un plan durable qui bénéficiera aux deux parties.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !