•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trop clichés, les films de Noël?

Un couple s'enlace en souriant devant un décor des Fêtes.

Trois experts se prononcent sur la nécessité ou non de changer la formule classique des films de Noël.

Photo : getty images/istockphoto / Vasyl Dolmatov

Décors féeriques, personnages plus que parfaits, histoires d’amour évidentes et dénouements prévisibles, quoique réconfortants : les films de Noël peuvent sembler tout droit sortis du même moule. Mais quand on tient une recette gagnante, faut-il préserver la tradition ou, au contraire, l’adapter à la sauce du jour?

Qu’est-ce qu'un film de Noël classique ? La critique cinématographique Helen Faradji, l’enseignante de cinéma Catherine Lemieux Lefebvre et le psychologue Jean-François Bureau répondent instinctivement Réellement l'amour, la version française de Love Actually.

Le long-métrage sorti en 2003 fait l’éloge de l’amour à travers 10 histoires entrelacées, campées dans la période des Fêtes. Les trois intervenants en conviennent : ce film possède tous les codes d’un film de Noël qui se respecte, de la réalisation à la musique, en passant par les valeurs véhiculées.

Devrait-on apprécier la simplicité d’un bon moment passé en famille, sous la couette, à répéter par coeur toutes les répliques de La course aux jouets? Est-ce légitime de mettre son cerveau sur pause pour se réjouir, une centième fois, de revoir le petit Kevin (Maman, j’ai raté l’avion) retrouver ses proches juste à temps pour Noël? Absolument, déclarent Helen Faradji, Catherine Lemieux Lefebvre et Jean-François Bureau.

Un père devant un sapin de Noël se prend la tête, l'air stressé.

« La course aux jouets (Jingle All the Way) » est un film de 1996 mettant en vedette Arnold Schwarzenegger.

Photo : 20th Century Fox

Faut-il pour autant évacuer les questions de représentativité, de diversité et d’inclusion qui sont encore oubliées en 2020, à leur avis, dans les productions des Fêtes? C’est là le nerf de la guerre, selon Mmes Faradji et Lemieux Lefebvre, ainsi que M. Bureau.

Il était temps

La chroniqueuse et critique de cinéma Helen Faradji se réjouit de l’arrivée de Notre plus belle saison (Happiest Season) sur les écrans à la fin novembre, avec Kristen Stewart en guise de tête d’affiche.

Deux femmes vêtues de manteaux et de bonnets se regardent en souriant.

Harper (Mackenzie Davis) et Abby (Kristen Stewart) forment un couple dans le film « Notre plus belle saison »

Photo : Sony Pictures

La comédie romantique met en scène un couple lesbien se butant à de petits pépins quand l’une des deux partenaires, comptant faire la grande demande à sa petite amie, découvre que cette dernière n’est pas tout à fait honnête avec sa famille concernant son orientation sexuelle.

On sent qu’il y a une volonté des films plus traditionnels de Noël de comprendre ces réalités-là. Ceci dit, on peut quand même se demander pourquoi ça n’arrive qu’en 2020. C’est très tardif!

Helen Faradji, chroniqueuse et critique de cinéma

Pour la critique, le conformisme de l’industrie s’explique : la production de films des Fêtes doit d’abord être rentable. Helen Faradji compare les studios américains comme Hallmark, par exemple, à de gros paquebots très difficiles à orienter vers une direction nouvelle.

On essaie de rester dans la norme le plus possible, vraiment d’y aller avec le plus commun, le traditionnel et les valeurs les plus partagées, explique-t-elle. Sauf qu’en faisant ça, on mise aussi sur le plus petit dénominateur commun et on ne se rend pas compte qu’il y a plein de gens laissés sur le bas-côté.

Un peu comme la dinde, qui peut être accompagnée d’abricots au lieu des canneberges, les films des Fêtes peuvent tout à fait conserver leur kitsch caractéristique tout en revisitant les thématiques ou les enjeux sociaux mis de l’avant, soutient la cinéphile.

Les recommandations cinéma des Fêtes d’Helen Faradji :

Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré (1982) : un film français très drôle, et un contre-pied de la recette traditionnelle, selon elle.

La vie est belle de Frank Capra (1946) : Je trouve ça important, à Noël, de voir des films comme celui-là pour se rappeler que, même si on a l’impression qu’on est seuls, qu’on ne compte pas, qu’on n’a pas d’importance, ce n'est pas vrai. On a tout le temps une petite empreinte sur la vie des autres, résume-t-elle.

Changer de cassette

La professeure de cinéma au Cégep de l’Outaouais Catherine Lemieux Lefebvre se garde bien d’écouter les longs métrages dans lesquels, par exemple, la sempiternelle célibataire retourne dans son village natal pour y revoir un amour de jeunesse et retomber éperdument amoureuse de lui.

On finit par un baiser très sec et peu passionné pour dire : "Oui, oui! On a un couple, ils seront heureux, ils vont se marier et voilà ce qu’il faut atteindre. Et ils auront plein d’enfants blancs, privilégiés et hétéronormatifs", énumère-t-elle en riant.

Parfois, la célibataire de l’histoire en question est une professionnelle. Cela n’empêche généralement pas ladite femme de carrière de finalement découvrir que l’amour est plus fort que tout et que c’est ce qu’elle recherchait depuis toujours, souligne Catherine Lemieux Lefebvre.

Dans cette scène, trois acteurs se donnent la réplique.

Dans « Nez rouge », la vengeance fait place à l’amour.

Photo : Alliance Vivafilm

La professeure est d’avis qu’en voulant représenter des valeurs traditionnelles, voire un peu de droite, centrées sur la famille blanche, plus ou moins nantie et cette idée qu’il faut absolument trouver l’amour, les films des Fêtes s’éloignent d’autant plus de la réalité.

On est loin de la société telle qu’elle est et on y va en proposant une vision idéalisée dans laquelle on met totalement de côté tout ce qui est diversité sexuelle, culturelle, religieuse et même socio-économique.

Catherine Lemieux Lefebvre, professeure et critique de cinéma

Pour sa part, celle qui est aussi critique cinéma préfère les histoires se déroulant sur une trame festive. Selon elle, Piège de cristal (Die Hard) est un bon film d’action, sur fond de période de Noël. Les troupes ennemies marquant une trêve le temps d’un réveillon durant la Première Guerre mondiale dans Joyeux Noël plongent le public de belle façon dans les valeurs des Fêtes, tout en conservant un scénario de qualité, estime Mme Lemieux Lefebvre.

Les trois façons de regarder un film de Noël selon Catherine Lemieux Lefebvre :

  1. Le jeu ironique : lorsque les spectateurs regardent délibérément un mauvais film pour s’amuser à en identifier les défauts ou en deviner les péripéties trop prévisibles, par exemple;
  2. La nostalgie : se plonger dans un classique qui éveillera souvenirs et émotions;
  3. Le réconfort : c’est le film simple qui ne sort pas des terrains connus, nous amène sans grands bouleversements et nous permet sortir du stress de la vie avec quelque chose de très léger, fait-elle valoir.

Se faire du bien

Le psychologue Jean-François Bureau est catégorique : dans le temps des Fêtes, il faut prendre soin de soi... peu importe la forme que le réconfort prendra.

On a tous besoin d’une pause, de souffler, d’indulgence, insiste-t-il. Que ce soit en écoutant un film, de la musique ou en pratiquant un sport, le professionnel conseille de profiter de la fin de l’année pour faire le point et relâcher la pression.

Le film de Noël, ce qu'il vient chercher chez nous, c'est ce besoin de légèreté, de savoir que ça va bien aller. [...] Particulièrement cette année, on a besoin de l’espoir que 2021 va être mieux, que ce temps des Fêtes là va nous faire du bien.

Jean-François Bureau, psychologue

Dans cette optique, regarder un film peut combler un besoin, puisque le cerveau décroche de la réalité, explique-t-il. Encore plus, visionner un classique des Fêtes que l’on apprécie stimule les zones de la mémoire et des émotions du cerveau, induisant une sensation de bien-être.

Ça amène une douceur. Et, certainement, le corps va réagir à ça. De la même façon qu’une chanson qui nous fait du bien ou de voir quelqu’un qu’on aime, renchérit le psychologue. Ça fait un bien fou, tant à notre corps qu’à notre esprit.

Portrait de Bruce Willis au visage noirci par la fumée.

C'est Bruce Willis qui interprète le rôle principal du film Piège de cristal (Die Hard).

Photo : IMDb/20th Century Fox

Pour Jean-François Bureau, un bon film de Noël doit titiller la nostalgie, autant chez l’adulte que chez l’enfant qui le visionne. Die Hard ou Bad Santa, ça ne rentre pas dans le stéréotype du film de Noël dans le sens où [...] il faut que ça finisse bien, qu’il y ait de la magie, une espèce de réunion familiale, estime-t-il.

Cette année, le père de famille compte se plonger dans ses souvenirs en compagnie de ses filles devant La Guerre des étoiles (Star Wars), son classique des Fêtes à [lui].

Avec les informations de Marilou Lamontagne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !