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Climat d’insécurité au refuge du Centre des congrès d'Edmonton

Une foule, sous la neige, attroupée devant des portes.

Le refuge temporaire du Centre des congrès d'Edmonton a ouvert ses portes au début du mois de novembre.

Photo : prise par un témoin

Une personne est dans un état stable après avoir été attaquée au couteau à l’entrée du grand refuge temporaire d’Edmonton, mardi soir. Selon plusieurs usagers, l’agression témoigne du climat d’insécurité et de chaos qui règne au Centre des congrès.

Andrew Theobald a encore du sang sur ses souliers et la gorge nouée alors qu’il raconte l’incident dont il a été témoin mardi soir.

En route vers chez lui, il s’est arrêté devant le Centre des congrès que plusieurs de ses amis fréquentent. Parmi les gens attroupés à l’entrée du refuge, il a vu un homme qui semblait être en détresse psychologique et qui menaçait les autres pour les empêcher d’entrer. Une dispute avec un autre usager a rapidement dégénéré quand il a brandi un couteau.

Il y a eu une sorte de bagarre, puis l’autre homme a eu la gorge tranchée, raconte Andrew Theobald.

Dans le chaos qui a suivi, des paramédicaux du Centre sont intervenus, puis une dizaine de policiers, et enfin, l'ambulance. La victime a été transportée à l'hôpital dans un état grave, selon le Service de police d’Edmonton.

Toutefois, selon Andrew Theobald, une question demeure sans réponse : Pourquoi n’y avait-il pas de sécurité [à l’entrée] dès le départ?

Il affirme que les gens sur place l’avaient réclamée à plusieurs reprises.

Andrew Theobald, debout dehors.

Andrew Theobald s'explique mal pourquoi il n'y avait aucun agent de sécurité devant le centre des congrès, le soir de l'agression.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carillos

C’est comme si [le refuge] ne prenait aucune responsabilité pour ce qui arrive juste devant ses portes. Ce n’est pas sécuritaire, dit-il.

L’agence Boyle Street, qui gère une partie des services au Centre des congrès, a confirmé que des travailleurs du refuge ont été appelés à intervenir pour secourir la victime.

Dans une réponse à Radio-Canada, vendredi, son porte-parole, Elliott Tanti, a ajouté que l’organisation allait collaborer avec tous ses partenaires pour renforcer la sécurité dans les prochains jours :« Il y aura notamment une présence plus forte d’agents à l’intérieur et à l’extérieur. »

Des incidents violents fréquents

Entre le 1er et le 30 novembre, la police d’Edmonton a reçu 60 appels pour des incidents au Centre des congrès. Parmi ceux-ci, il y en a eu six pour des agressions armées, cinq pour des agressions et deux pour des agressions sexuelles.

Quelques jours avant l'agression de mardi, Rita, une jeune femme qui s’apprêtait à aller déjeuner au Centre des congrès, confiait à Radio-Canada qu’elle est anxieuse chaque fois qu’elle doit faire la file à l’entrée, car elle a été témoin de plusieurs affrontements.

Son ami Jeremiah, qui a dormi dans plusieurs refuges au cours des six dernières années, affirme qu’il ne s’est jamais senti aussi peu en sécurité qu'au Centre des congrès.

À l’Expo [qui a fermé depuis] il y avait des détecteurs de métaux, alors il n’y avait pas de couteaux ou de choses comme ça. Mais ici? Il faut être prudent quand on va aux toilettes…, dit-il.

Il dit avoir déjà vu quelqu’un courir avec un couteau dans le hall central.

Ricky Piché, un autre usager, dit que la situation l’inquiète tellement qu’il préfère dormir à la belle étoile.

Il y a toujours des bagarres, surtout dans la file pour les repas. J’en ai vu une sale ce matin et c’est comme ça toute la journée. Et on laisse les gens boire [...] Les gens prennent de la drogue dans la salle à manger.

Ricky Piché, utilisateur du refuge du Centre des congrès

Elliott Tanti, porte-parole de l’agence Boyle Street, affirme que ces inquiétudes sont prises extrêmement au sérieux.

Nous travaillons de très près avec les agents de sécurité du Centre des congrès pour nous assurer que nos lieux sont aussi sécuritaires que possible, dit-il.

Il ajoute qu’un code de conduite a été instauré et que ceux qui ne le respectent pas peuvent être expulsés. Il rappelle cependant que les personnes qui fréquentent le centre font face à des routines brisées et de l’anxiété dans le contexte pandémique, et que cela peut parfois se traduire par de la colère et des attaques. Si elles sont expulsées, elles n’ont souvent nulle part où aller.

C’est difficile de trouver l’équilibre [...] Il faut être conscients que c’est une situation très difficile pour nos communautés, [...] tout en maintenant l’équilibre avec le besoin de créer un espace sécuritaire pour tous.

Elliott Tanti, porte-parole des Services communautaires de Boyle Street

Selon lui, aucun refuge n’a actuellement de détecteurs de métaux aux portes, mais si on découvre qu'une personne est en possession d’une arme sur les lieux, elle sera expulsée.

Peter Noivo et Ben Young, deux autres usagers du refuge, signalent également des problèmes d’insalubrité dans les toilettes et une grande quantité de seringues souillées sur les lieux.

Ben Young dit avoir vu jusqu’à 10 surdoses par jour et avoir administré lui-même de la naloxone à plusieurs reprises, au cours de la semaine qu’il a passée là-bas.

Elliott Tanti confirme que les surdoses et la consommation de drogues dans les toilettes sont un problème dans l'établissement, comme dans le reste du centre-ville.

Deux semaines après l’ouverture du refuge, un centre de consommation supervisée a été installé sur les lieux pour réduire les risques. Une équipe spécialisée en prévention des surdoses est également sur place jusqu’à 23 h.

Depuis l’ouverture du centre de consommation supervisée, on a eu une baisse importante des surdoses, dit Elliott Tanti.

Une éclosion qui grandit

Une éclosion de COVID-19 s’est déclarée dans le Centre des congrès le 23 novembre. Mercredi, Services de santé Alberta signalait 61 cas liés à ce centre. La capacité du centre, de 300 lits au départ, a été réduite de moitié.

Ben Young est une des personnes atteintes. Il a d’abord été placé en isolement au Centre, le temps de recevoir ses résultats, puis a été isolé dans un hôtel réservé à cette fin.

Ben Young, dans sa chambre d'hôtel.

Ben Young, 29 ans, est un des clients du Centre des congrès qui a été placé en isolement après avoir attrapé la COVID-19.

Photo : Ben Young

Bien que les autorités sanitaires ne l’aient pas confirmé, il est sûr que c’est au Centre des congrès qu’il a été infecté.

Je serais surpris que tout le monde dans cet immeuble ne finisse pas par l’attraper, dit-il.

Il affirme qu’il nettoyait et désinfectait souvent les surfaces là-bas lui-même, car il voyait que cela n’avait pas été fait.

Elliott Tanti assure que des décontaminations sont effectuées chaque jour dans tous les espaces utilisés par les visiteurs et que des protocoles sanitaires sont en place.

Nous prenons l’hygiène très au sérieux dans cet établissement, dit-il.

Des attentes déçues

La Ville d’Edmonton a ouvert le refuge du Centre des congrès en réponse aux revendications des organisateurs des campements de personnes sans-abri qui ont commencé à s’installer dans la capitale. Le maire, Don Iveson, avait promis que les personnes y seraient en sécurité et auraient accès à des services et de l’appui pour trouver un domicile.

Certaines d'entre elles apprécient les efforts de la Ville pour les aider pendant la pandémie, mais croient que le Centre ne répond pas tout à fait aux attentes. Selon Ricky Piché, il était clair dès la première semaine que le personnel était débordé par la situation.

Il a longuement attendu dehors pour être admis quand le refuge était plein. Il dit aussi que son sac à dos, qui contenait quelques précieuses possessions, a été égaré par le personnel, et que les médicaments pour la douleur et l’anxiété qu’il se faisait livrer au Centre mettaient toujours du temps à trouver leur chemin jusqu’à lui.

« Je ne les ai pas eus pendant trois jours. J'étais en colère. Je suis allé voir une gestionnaire [...] Elle m’a dit de chercher moi-même », raconte-t-il.

Andrew Theobald a parfois rendu visite à ses amis au refuge, sans permission officielle. Il raconte avoir eu des démêlés avec les employés pour cette raison et parce qu’il tentait d’attirer leur attention sur les médicaments ou les effets personnels égarés des usagers.

Il s’explique mal pourquoi le projet de 8,5 millions de dollars a si mal tourné.

On a besoin que quelqu’un vienne voir ce qui se passe ici. Je pense que la promesse de Don Iveson n’a pas été tenue et qu’il ne le sait même pas.

Andrew Theobald

Comparez cela avec Hope Mission [...] ou le centre Expo qui a protégé les gens de la COVID-19 pendant des mois, ou le campement Pekiwewin, qui sans aucun personnel de sécurité officiel a empêché des violences comme celles-ci d’arriver, lance-t-il.

La fermeture du refuge temporaire est prévue pour le 31 mars.

Avec des informations de Travis McEwan

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