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Changements climatiques : des embâcles hivernaux plus nombreux

De gros morceaux de glace dans une rivière.

Les embâcles printaniers provoqueront de plus en plus de dommages, selon l'étude de chercheurs à l'Université Laval (archives).

Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier

Une étude effectuée sur sept rivières du Québec par des chercheurs de l’Université Laval démontre que les dommages résultant d'inondations provoquées par des embâcles pourraient augmenter en moyenne de 30 % en raison des changements climatiques.

L’objectif de la recherche était d’évaluer l’impact des changements climatiques sur les inondations par embâcles.

Les embâcles et les débâcles se multipliant, les dommages vont aussi croître.

Parmi les sept rivières de l’étude, sélectionnées parce qu’elles étaient déjà des sites propices aux embâcles hivernaux, la rivière Mistassini est celle où l’augmentation des dommages, évaluée à 250 %, est la plus importante.

Viennent ensuite deux rivières du Bas-Saint-Laurent. Selon leurs calculs, d’ici 50 ans, l’augmentation des dégâts dus aux inondations pourrait être de l’ordre de 50 % sur la rivière Matane et de 75 % sur la rivière Matapédia.

  • Pour arriver à ce constat, les chercheurs, Benoît Turcotte, Brian Morse et Gabriel Pelchat, de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval, ont réalisé des simulations d’embâcles en conditions printanières et hivernales sur une période de 28 ans, soit de 1972 à 2000.
  • Ils ont ensuite procédé à des projections pour la période de 2042 à 2070 en fonction des prévisions climatiques du consortium Ouranos et des projections hydrologiques du ministère de l’Environnement.
  • Les chercheurs ont évalué les dommages à partir des indemnités versées par la Sécurité publique entre 1991 et 2014.

Le chercheur Benoît Turcotte observe que les changements climatiques génèrent une grande variabilité météorologique. On continue à avoir des vagues de froid. On continue d’avoir des tempêtes de neige, mais en parallèle, on a ses redoux qui deviennent de plus en plus fréquents et intenses.

En gros, ce qu’on a vu, c’est que les débâcles hivernales deviennent de plus en plus fréquentes.

Benoît Turcotte, coauteur de l'étude

Les pluies hivernales qui causent les débâcles puis les embâcles viendront avec ces redoux.

Une hydrographie hivernale méconnue

Il serait difficile, selon le chercheur, de transposer les résultats de cette étude à d’autres rivières du Québec.

Plusieurs critères sont à évaluer : l'orientation et la taille des bassins versants, le relief, la végétation, etc.

Il y a peut-être une partie de transférabilité, mais c’est trop tôt pour le dire en ce moment, explique M. Turcotte.

Outre le fait de pouvoir comparer cette étude avec les rivières d’autres bassins versants, Benoît Turcotte observe qu’une connaissance plus fine de l’hydrologie hivernale aiderait à tracer un portrait plus complet.

On a des modèles de ruissellement et de débit qui ne sont pas nécessairement adaptés à l’eau qui traverse la neige, aux petits ruisseaux où il y a de la neige, de la glace, explique le chercheur.

Si les crues automnales, printanières ou estivales sont bien documentées, les travaux sur les inondations hivernales par embâcles de glaces sont plus rares. Même si elles sont quand même assez fréquentes sur plusieurs rivières du Canada et du Québec, souligne Benoît Turcotte.

Le chercheur donne l’exemple du site de la Sécurité publique, INFO-Crue.

Les inondations par embâcles ne sont pas prévues sur ce site-là. En ce moment, on a un défi de prévoir les inondations par embâcles. Et si on est capables de les prévoir comme il faut, ça veut dire qu’on est capables de simuler comme il faut et donc de faire des études plus poussées, explique-t-il.

Ce genre de travaux pourrait toutefois aider les municipalités et les MRC à mieux se préparer aux conséquences des changements climatiques.

L’exemple de Matane

La problématique des embâcles est un phénomène bien connu à Matane où, chaque printemps, on s’affaire à briser les glaces en aval du barrage afin d’en éviter l’accumulation.

L'engin que l'on appelle la « grenouille » est à l'oeuvre sur la rivière Matane.

L'engin que l'on appelle la « grenouille » est à l'oeuvre sur la rivière Matane (archives).

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

Le maire Jérôme Landry se dit bien conscient des enjeux liés aux embâcles.

Une mairie comme la sienne n’a plus le choix lors de travaux d’importance de se coordonner avec les ministères de l’Environnement, de la Sécurité publique et avec le service hydrique.

Surtout, dit-il, que le centre-ville de Matane est sur le delta de la rivière Matane, donc on est vraiment dans le lit de la rivière.

Le remplacement du barrage situé au centre-ville et la consolidation d’une portion de la route 195 qui borde la rivière ont aussi amené la ville à se projeter dans les années à venir.

On sait depuis un certain temps déjà, avec les nouvelles cartes sur les hautes eaux que pour la rivière Matane, il va y avoir des changements de débit, relève le maire Landry.

Les projets en cours tiennent compte de ces nouvelles données, ajoute-t-il. On essaie de faire des estimations sur 25, 30 ans, entre autres, avec les services hydriques. D’autres analyses se font présentement avec l’Université du Québec à Rimouski. Il faut s’y préparer.

Le maire relève d’ailleurs qu’en ce début décembre, où plusieurs inondations frappent la Gaspésie, le débit de la rivière Matane est de plus de 300 m3/sec, ce qui est presque 10 fois son débit annuel moyen.

On les voit les bouleversements, conclut le maire.

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