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Jusqu’à 150 $ l’heure pour du personnel infirmier d’agences au Québec

L’attrait d’un meilleur horaire attire infirmiers et infirmières vers les agences, mais le réseau en paie la facture.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des infirmières discutent.

Le reportage de Davide Gentile

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un nombre grandissant d’infirmiers et d’infirmières quittent le réseau public pour offrir leurs services à des agences de placement. Des agences qui peuvent facturer plus de 100 $ de l’heure.

Une infirmière d’agence coûte, en temps normal, 65 $ à 75 $ l’heure, explique le président du Groupe Santé Arbec, qui gère plus d’une douzaine de milieux d’hébergement, dont des CHSLD privés non conventionnés sous contrat avec le gouvernement.

Mais depuis cet automne, les règles du jeu ont changé, a-t-il constaté.

[Les agences] nous appellent dernièrement, et ça, on n’avait jamais vu ça avant la COVID. [Elles] disent : ‘’On va rentrer en fin de semaine, on va combler vos besoins, mais à temps double! explique Paul Arbec.

Même s’il parvient à s’entendre pour du temps et demi, le coût demeure exorbitant.

On arrive à environ 100 $, 105 $, et à temps double on est à 140 $, 150 $. On parle de l’heure!

Paul Arbec, président de Groupe Santé Arbec
Paul Arbec en entrevue dans un corridor.

Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec

Photo : Radio-Canada

Notre modèle d’affaires n’est pas basé sur ces salaires-là, évidemment!, explique-t-il.

En septembre, M. Arbec mentionnait combler entre 15 % et 30 % de ses besoins en main-d’œuvre infirmière par l’entremise des agences.

Selon lui, il y a une inflation considérable et, pense-t-il, un certain abus de la part des agences.

Le gouvernement a pourtant publié, au mois de mai, un arrêté ministériel plafonnant à moins de 75 $ le tarif horaire d’un prestataire de services pour du personnel infirmier.

Selon la présidente de l’Association des entreprises privées en soins de santé en personnel soignant du Québec, Hélène Gravel, s'il y a des gens qui le font (en facturant du temps double) ils trichent tout simplement, ça ne devrait pas se faire.

Des agences populaires

Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le nombre d’heures confiées aux agences de placement, dont les infirmières, a presque doublé depuis le début de la pandémie et pourrait atteindre cette année à 13,6 millions d’heures, l’équivalent d’environ 7500 postes temps complet.

En août, le ministre Christian Dubé précisait, dans son plan d’action pour contrer une potentielle deuxième vague d’éclosions, son intention d’éliminer la mobilité de la main-d’œuvre, incluant la main-d’œuvre indépendante (sous réserve d’une rupture de services).

Ces jours-ci, la création de postes à temps plein et la question des ratios patients-infirmières sont au cœur des négociations d’une convention collective dans le réseau public.

On compte au Québec environ 60 000 infirmières dans le réseau public, dont 55 % à temps plein et 45 % à temps partiel.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) on constate également avoir perdu aux agences des membres syndiqués de CHSLD privés.

Choisir son horaire

Julien Rainville-Lajoie est un jeune infirmier qui a choisi, il y a deux ans, de travailler pour une agence de placement privé. Il travaille présentement à l’hôpital régional de Rimouski aux soins intensifs.

Ce dernier explique avoir fait ce choix pour la liberté des horaires.

C'est moi qui décide si je ne veux pas travailler une telle journée.

Julien Rainville-Lajoie, infirmier
Julien Rainville-Lajoie en entrevue Facetime.

L'infirmier Julien Rainville-Lajoie

Photo : Radio-Canada

En agence, on peut refuser le temps supplémentaire obligatoire, explique M. Rainville-Lajoie. C'est nous qui décidons si on veut rester ou pas.

Je peux facilement avoir mon congé et je peux aussi prendre un mois de congé si j'ai envie de partir en voyage, ajoute-t-il. Je ne suis pas obligé avec les décrets de travailler à temps complet.

Et c’est sans compter la rémunération plus élevée.

C'est facilement le double de ce que je faisais avant, explique-t-il. On ne paie pas de cotisation au fonds de pension donc, oui, on doit cotiser nous-mêmes, mais c’est très, très faisable.

Radio-Canada a recueilli des dizaines de témoignages d'infirmiers et infirmières qui, comme M Rainville-Lajoie, affirment avoir quitté leur poste pour améliorer leur sort en travaillant en agence.

Un petit exode que reconnaît Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Est de l’île de Montréal (FIQ).

Depuis l’application de l’arrêté au mois de mars, les gens sont épuisés, ils se font annuler des vacances, des congés, explique M. Cloutier. Puis, ils n’ont plus aucun droit de regard sur leurs conditions de travail, ce qui les pousse beaucoup à quitter le réseau !

Le matin de l’entrevue, M.Cloutier venait d’apprendre que trois infirmières quittaient le CIUSSS de l’Est-de-l’ile-de-Montréal pour des agences de placement privé.

La situation actuelle, si ça perdure comme ça, ça va devenir une grande campagne de recrutement pour les agences de placement privées au Québec. Ça vient créer de la frustration et un sentiment d'injustice chez les membres (syndiqués).

Denis Cloutier, président du syndicat
Denis Cloutier en entrevue à l'extérieur.

Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

Photo : Radio-Canada

Parmi les solutions, ce dernier suggère le modèle adopté en Colombie-Britannique où on a dit : ''un réseau, un employeur''.

Clairement, dans une région comme Montréal, s’ils empêchaient le public d’embaucher des agences, beaucoup des infirmières des agences n’auraient pas le choix de revenir dans le réseau. Il resterait aux agences le secteur privé et les régions éloignées.

Paul Arbec rappelle également que la bonification des contrats avec les CHSLD privés non conventionnés, attendue depuis plusieurs mois, pourrait leur permettre d’offrir des salaires concurrentiels.

On entend qu’on s’enligne dans la bonne direction avec des négociations, [...] mais c’est une situation qui ne peut pas perdurer, insiste-t-il. On peut faire des déficits pendant une période donnée, mais on ne peut pas faire des déficits à pu finir, à un moment donné on va frapper un mur.

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