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Des experts en santé mentale ne sont pas opposés à un confinement

Profil en noir d'un homme assis sur une chaise et qui a le front appuyé dans sa main.

Des psychiatres et psychologues pensent que le refus de confiner pourrait avoir, à long terme, un plus grand impact sur la santé mentale.

Photo : iStock

Charlotte Dumoulin

Selon des psychiatres et des psychologues, le refus du gouvernement Kenney d’imposer un confinement en Alberta peut être plus dommageable à long terme pour la santé mentale des Albertains. De plus, certains aimeraient être davantage consultés avant les prises de décisions.

Ce n’est une surprise pour personne : la pandémie de COVID-19 a des effets dévastateurs sur la santé mentale de certaines personnes. Connie Leclair, psychologue en bureau privé à Calgary, est bien placée pour en témoigner. Pendant une partie du mois d’octobre, elle devait pour la première fois de sa carrière refuser entre six et douze patients par semaine tellement elle était débordée.

C’était non seulement difficile de [répondre] à la demande moi-même, mais à un moment donné je n’avais même plus de collègues à qui je pouvais passer ces gens-là, explique Connie Leclair.

On est beaucoup à devoir dire non. C’est sûr que ça fait beaucoup de peine.

Connie Leclair, psychologue

Depuis la pandémie, cette professionnelle voit plus de personnes solliciter pour la première fois de l’aide psychologique. Les cas qui lui sont présentés ces temps-ci sont par ailleurs beaucoup plus complexes, dit-elle.

Connie Leclair indique que les problèmes qu’elle entend dans son bureau sont plus souvent liés aux relations interpersonnelles à l’intérieur des couples et des familles.

Plusieurs facteurs permettent d'expliquer cette hausse de la demande. Selon Keith Dobson, professeur en psychologie clinique à l’Université de Calgary et chercheur à la Commission de la santé mentale du Canada : l'incertitude liée à la COVID-19, l’isolement social, les pertes d'emploi et le décès de proches sont tous des facteurs qui augmentent les risques de développer un problème de santé mentale ces jours-ci. Par exemple, des troubles d’anxiété, de la dépendance et de la dépression.

Un confinement, oui ou non?

D’après Keith Dobson, le mieux serait d’avoir en Alberta des restrictions strictes et claires pendant une plus courte période pour réduire le taux de transmission du virus rapidement.

Comme lui, Peter Silverstone, professeur et directeur par intérim du département de psychiatrie à l’Université de l’Alberta, pense qu’il est faux de croire que l’absence d’un confinement est mieux pour la santé mentale. Au contraire, d’après lui, cela peut être pire à long terme.

Je pense qu’on doit comparer les effets négatifs d’un isolement, qui sont réels, avec les effets négatifs de la propagation d’un virus mortel.

Peter Silverstone, directeur par intérim, département de psychiatrie, Université de Calgary

D’après lui, il vaut mieux choisir le moyen le plus efficace pour freiner le virus, car les problèmes liés à la santé mentale auront tendance à augmenter à long terme plus la situation persiste.

Connie Leclair préfère pour sa part ne pas prendre position par rapport aux décisions du gouvernement. Mais, elle pense quand même que l’ouverture des cinémas et des restaurants dans la province a du bon : les Albertains continuent d’avoir encore quelques distractions et des occasions de sortie.

Plus de consultations

Peter Silverstone trouve que l’opinion des experts en santé mentale, particulièrement ceux des milieux universitaires, devrait être plus souvent prise en compte dans les décisions du gouvernement et de la santé publique. D’après lui, la réponse des autorités sanitaires à la crise prouve qu'il y a un manque de consultations.

Je pense que n'importe qui dans la santé publique gagnerait à parler avec des experts en science du comportement ou à des spécialistes en pratique clinique pour atteindre leur objectif, juge-t-il.

Or, le gouvernement de l’Alberta assure avoir bien fait ses devoirs avant d’implanter ses politiques. Dans un courriel, la province dit consulter les responsables de la santé publique et recevoir des informations de partenaires communautaires comme l’organisme Jeunesse j’écoute.

Le gouvernement de l'Alberta reconnaît que la pandémie de COVID-19 est à la fois une crise sanitaire et sociale, et nous nous attaquons aux effets immédiats et à long terme de la pandémie sur la santé physique et mentale des Albertains, écrit Carolyn Gregson, directrice adjointe des communications pour Alberta Health.

Mme Gregson rappelle aussi qu'en avril, à cause de la pandémie, la province a annoncé un financement de 53 millions de dollars pour élargir les services d’aide en matière de santé mentale et de dépendance offerts en ligne, par téléphone et en personne.

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