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Des réfugiées LGBTQ+ font face à des défis en sol canadien

Deux femmes vêtues de manteaux, de tuques et de foulards dans un parc

Nouran El Gendy et Miral Mokhtar sont des réfugiées égyptiennes. Elles sont au Canada depuis juin 2018, mais peinent à se trouver un emploi ou un logement stable.

Photo : Radio-Canada

Mugoli Samba

Au Canada, des réfugiés LGBTQ+ se sentent seuls face à de nombreux défis, exacerbés par la pandémie. Un couple a lancé une pétition pour dénoncer notamment le manque de soutien en matière de logement et de services de santé mentale pour les nouveaux arrivants de leur communauté.

Nouran El Gendy et Miral Mokhtar ont fui l'Égypte en 2018. Le profil activiste de Mme Mokhtar et sa relation avec Mme El Gendy ont attiré le désaccord de leurs deux familles, ainsi que des menaces de nombreuses personnes.

Elles ont trouvé refuge au Canada, mais le couple y rencontre une vie compliquée. Elles déménagent notamment tous les mois.

On a changé de logement 19 fois dans une période de deux ans et demi, explique Mme Mokhtar.

Deux personnes dans un couloir avec des valises

Nouran El Gendy et Miral Mokhtar ont déménagé 19 fois depuis leur arrivée au Canada il y a deux ans.

Photo : Radio-Canada

Leur précarité est le résultat d’un cercle vicieux: comme réfugiées, elles disent que de nombreux employeurs refusent de leur donner un emploi. Sans preuve d’emploi et sans historique de crédit ou d'épargne, il leur est difficile de trouver un appartement et de payer le dépôt du premier et dernier mois de loyer.

La seule option que nous pouvons louer c’est AirBnB, c’est la seule option pour nous, parce qu’ils ne demandent pas de papiers, explique Mme El Gendy.

Elles survivent grâce à des paiements mensuels d'Ontario Works de 737 $, alors que selon le Toronto Real Estate Board, le loyer moyen pour un appartement d'une chambre est d'environ 2012 $.

Elles sont arrivées au Canada grâce à Rainbow Railroad, un organisme qui aide des centaines de personnes LGBTQ+ à fuir la persécution de leurs pays d’origine. Mais avec plus de 1000 clients, il est tout simplement impossible de fournir des services post-établissement, explique Kimahli Powell, directeur de l’organisme. Le couple a été dirigé vers des organismes comme The 519 et FrancoQueer, mais dit toujours avoir besoin d’aide.

L'accès aux services de santé mentale est difficile

Le couple dénonce également un manque de soutien en matière de santé mentale. Les services psychologiques offerts par de nombreux organismes sont des cercles de discussion où tu parles de ton histoire, ce qui n’est pas suffisant, selon elles. Les consultations individuelles auprès d’un psychologue privé sont trop chères.

Sarah Hegazi sourit au cours d'une entrevue.

Sarah Hegazi s'était réfugiée au Canada après avoir été emprisonnée et torturée en Égypte.

Photo : CBC/Evan Tsuyoshi Mitsui

Elles craignent surtout que l’histoire de Sarah Hegazi ne se répète. L’activiste égyptienne, aussi devenue réfugiée canadienne, a été retrouvée morte dans son appartement de Toronto au mois de juin. Selon les rapports, elle souffrait d’une grande solitude, de dépression et d’attaques de panique. Elle était une amie de Mme Mokhtar.

On doit faire quelque chose pour elle, parce qu’elle n’a pas eu la chance de parler quand elle est venue ici comme réfugiée, explique Mme El Gendy.

On veut que le ministre de l’Immigration voie, il doit voir ce qui s'est passé avec les réfugiés ici, ajoute-t-elle. Il n’y a pas beaucoup de réfugiés qui parlent de ça (...) Je pense qu’ils ont peur que le gouvernement prenne leur statut de réfugié.

Selon une étude publiée par la Société canadienne de psychologie et le Conseil des associations professionnelles de psychologie, 56 % des Canadiens déclarent que la COVID-19 a eu une incidence négative (33 %) ou plutôt négative (23 %) sur leur capacité à accéder aux soins de santé mentale offerts par les psychologues.

Ramy Ayari dans son salon

Selon Ramy Ayari, les réfugiés LGBTQ+ font souvent face à l'homophobie et au racisme au Canada.

Photo : Radio-Canada

C’est le cas de Ramy Ayari, une personne gaie d’origine tunisienne, basé à Montréal.

J’ai une dépression assez sévère, une dépression majeure, avoue-t-iel. Et pour avoir une consultation avec un psychologue, ça va être en février. Le délai, ça prend beaucoup de temps, ce n’est pas aussi facile.

Son temps en sol canadien est également marqué par des expériences de racisme. Iel dit cacher l’un de ses prénoms légaux, Mohammad, sur son CV et ses lettres d’application pour un logement. Comme barista dans un café montréalais, il lui est arrivé de se faire demander d’enlever un fil qu'iel portait dans ses cheveux, même s’il ne s’agissait pas d’un symbole religieux.

Quand on parle des enjeux des (personnes) LGBT, il y a un certain discours qui couvre la réalité que les réfugiés LGBT vivent. Ça donne l’image que le Canada, c’est vraiment le paradis des LGBT+, alors que ce n’est pas le cas, ajoute-t-iel.

C’est vrai (que) c’est un pays de droits et qu’il y a beaucoup de respect pour la personne ici. Mais on a beaucoup de travail à faire.

Ramy Ayari souhaite également voir le gouvernement québécois permettre aux personnes transgenres sans citoyenneté canadienne de changer de nom dès leur arrivée au pays. Le Code civil de la province exige qu'elles habitent au Québec pendant un minimum d'un an pour y avoir droit.

750,000 $ pour les services dédiés aux nouveaux arrivants LGBTQ+

Drapeau au couleurs de LGBT et une personne en ombre chinoise

Le Ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires de l'Ontario a investi 750 000 $ dans les services spécifiquement dédiés aux nouveaux arrivants LGBTQ+ entre 2018 et 2021.

Photo : La Presse canadienne / Canadian Press

Nouran El Gendy et Miral Mokhtar ont aussi créé un documentaire pour faire part de leur expérience et pour demander au gouvernement fédéral d'agir auprès des réfugiés LGBTQ+. Le Ministère de l'Immigration n'a pas fourni de réponse à la pétition à Radio-Canada à temps pour la publication de cet article.

Le Ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires de l'Ontario dit avoir investi 750 000 $ dans des services spécifiquement dédiés aux nouveaux arrivants LGBTQ+ entre 2018 et 2021. La province a également fourni 450 000 $ additionnels pour d’autres projets de soutien aux réfugiés LGBTQ+.

Il n’a pas pu confirmer le nombre de réfugiés ou de demandeurs d’asile issus de cette communauté dans la province, dirigeant la requête de Radio-Canada au gouvernement fédéral. Le Ministère de l'Immigration n'a également pas fourni de données à temps pour la publication de cet article.

Un appel à l’intersectionnalité

Sizwe Ikingi, chargée du programme Espaces Positifs de OCASI, aide plus de 200 agences d’établissement ontariennes à rendre leurs services plus inclusifs aux migrants LGBTQ+.

Elle remarque également un manque d’analyse intersectionnelle dans le secteur de l'établissement, mais aussi au sein d’agences desservant les communautés LGBTQ.

Ces programmations ne prennent pas en compte qu'il y a une sorte de croisement entre les différentes identités d'une personne, dit-elle, en donnant comme exemple la réalité des personnes noires. Il n'y a pas assez de programmation qui parle de ces croisements-là : que je fais face au racisme, mais aussi à la fois, je fais face à des phobies liées à mon identité de genre et des identités sexuelles.

Elle souhaite voir le milieu bâtir des espaces où une personne ne doit pas laisser une partie de soi-même à la porte.

Moomtaz Khatoon en gros plan.

Imtiaz Popat est un psychologue et travaille auprès de communautés réfugiées LGBTQ+ dans le Grand Vancouver.

Photo : Radio-Canada

À Vancouver, Imtiaz Popat, un psychologue travaillant auprès de clientèles réfugiées LGBTQ, remarque un sentiment d'isolement grandissant chez sa clientèle et aussi celle d'organismes comme le Rainbow Refugee Committee et I Belong Mosaic.

Mais le seul côté positif est qu'on peut rencontrer des gens à l'extérieur de la région du Grand Vancouver, dit-il.

Lorsque les choses s'améliorent, on pourra inclure les rencontres Zoom (à notre programmation).

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