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COVID-19 : des doutes sur l’efficacité des tests rapides

Une unité de test rapide avec la main d'un spécialiste tenant un écouvillon nasal.

Le Québec a reçu 78 000 tests ID Now, commercialisés par la société Abbott.

Photo : Associated Press / Carlos Osorio

Si les tests de dépistage rapide envoyés par le gouvernement fédéral tardent à être utilisés au Québec, c'est en raison de doutes soulevés sur leur efficacité. Des sources ont indiqué à Radio-Canada que leur sensibilité à détecter le virus n'est pas suffisamment grande pour les déployer sans valider les résultats avec un deuxième test effectué en laboratoire. Les risques de générer des faux négatifs seraient trop importants pour qu'ils soient utilisés seuls.

Des intervenants, qui ne désirent pas être cités étant donné la politisation du dossier, vont même jusqu'à dire qu'il faudra trouver des moyens de s'en servir adéquatement. Même si leur sensibilité n'est pas optimale, ces tests ne seraient pas inutiles pour autant. Ils pourraient quand même être utilisés avec prudence dans certaines situations encadrées par des professionnels de la santé.

Une efficacité qui peut frôler les 50 %

Le gouvernement canadien a fait parvenir deux types de tests de dépistage rapide au Québec, mais tous les deux présentent des enjeux importants.

Le test Panbio est celui qui a été envoyé en plus grande quantité. La province en a reçu environ 1,2 million. Ce type de test ne décode pas le code génétique du virus, mais plutôt des molécules à la surface de celui-ci. Pour cette raison, il pourrait manquer de 20 à 30 % des patients positifs, indique un document obtenu par Radio-Canada. Certaines études ont même noté qu'environ un cas sur deux est manqué avec les tests Panbio.

Pour augmenter son efficacité, il doit être utilisé sur des patients symptomatiques pendant les sept premiers jours. Après une semaine, le test ne parviendrait pas à bien détecter les symptômes parce qu'il peut seulement attraper une charge virale élevée.

Peu de données sont disponibles sur les tests de type antigéniques, comme le Panbio. On sait par contre qu'ils ont connu des ratés aux États-Unis. Au Nevada, ils ont généré des faux positifs. À l'inverse, des faux négatifs ont été détectés chez le personnel de la Maison-Blanche.

Le Québec a aussi reçu des tests ID Now. Son taux de détection est meilleur que le Panbio. Il manquerait de 9 à 25 % des patients positifs, selon nos documents. Lui aussi doit être utilisé sur des patients symptomatiques dans les premiers jours, mais le problème réside surtout dans sa manipulation.

Plusieurs précautions doivent être prises parce que son utilisation est plus complexe. Des appareils et des écouvillons spéciaux sont nécessaires pour l'utiliser correctement. De plus, le test doit être analysé sur place, à l'intérieur d'une heure.

L'appareil servant à faire l'analyse peut seulement traiter les résultats de quatre patients par heure, un à la fois, ce qui constitue une contrainte importante sur le plan du débit. Pour multiplier la capacité, il faudrait que plusieurs appareils soient installés en parallèle dans un centre de dépistage.

Ce test serait tout de même plus prometteur que le Panbio, mais seulement 78 000 exemplaires ont été envoyés par le gouvernement fédéral. Il sera utilisé dans le cadre de projets pilotes à Québec et à Lévis au cours des prochains jours. Les ID Now seront aussi déployés au Saguenay, où la situation demeure critique.

Deux tests nécessaires

Un employé manipule un écouvillon dans un centre de dépistage.

Afin de pouvoir utiliser les tests de dépistage rapide, une stratégie est en cours d'élaboration chez les scientifiques québécois. Un patient qui se présente dans un centre de dépistage pourrait effectuer un test rapide et un test en laboratoire, l'un à la suite de l'autre.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Santé Canada a autorisé les deux types de tests. Cependant, dans les deux cas, l'agence fédérale demande que les résultats négatifs soient considérés comme présomptifs et doivent être confirmés par une autre méthode.

Autrement dit, il nécessite une contre-validation effectuée par des tests en laboratoire, considérés comme plus fiables. Nos sources prétendent que la seule utilisation de ces tests serait même risquée dans un contexte où le virus circule abondamment, puisque trop de cas positifs pourraient ne pas être détectés.

Malgré tout, les experts québécois ne veulent pas gaspiller tous ces tests. Selon nos informations, un comité d'experts a été mis en place pour déterminer les populations et les milieux à cibler pour l'utilisation de ces tests rapides.

Des scénarios prévoient qu'ils seraient utilisés avec prudence dans des régions éloignées, dans les CHSLD, auprès des patients symptomatiques à l'urgence, des travailleurs de la santé ou en milieu scolaire. On pourrait également s'en servir dans des milieux de travail où une éclosion est suspectée.

Ces tests présentent tout de même des avantages si leur déploiement est encadré. Ils peuvent être traités sur place, dans la clinique de dépistage, sans avoir à être acheminés vers un laboratoire pour analyse. Les résultats pourraient être communiqués directement en moins de 15 minutes.

Afin de les utiliser, une stratégie est en cours d'élaboration par les scientifiques québécois. Un patient qui se présente dans un centre de dépistage effectuerait un test rapide et un test en laboratoire, l'un à la suite de l'autre. Si le test rapide s'avère positif, il serait contacté en moins de 30 minutes pour être avisé. Le test en laboratoire confirmera le résultat environ 24 heures plus tard. En attendant, le patient peut être informé plus rapidement de son diagnostic et l'intervention de traçage des contacts peut démarrer plus vite.

Si le test rapide est négatif, le patient ne sera pas avisé immédiatement du résultat, au cas où il s'agirait d'un faux négatif. La personne ne sera pas contactée tant que les résultats de tests en laboratoire ne seront pas confirmés.

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