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Alek Minassian vit davantage dans un jeu vidéo que dans la réalité, selon un psychiatre

Un psychiatre explique que l'état d'autiste de l'auteur de l'attaque au camion-bélier l'a rendu vulnérable et influençable.

La photo d'un homme.

Les mandats de perquisition de la police au domicile d'Alek Minassian ont montré qu'il passait de nombreuses heures sur Internet.

Photo : LinkedIn

Jean-Philippe Nadeau

Un psychiatre au procès d'Alek Minassian affirme que l'état d'autiste de l'accusé ne lui permet pas de comprendre la réalité qui l'entoure et que son monde est plus proche de celui des jeux vidéo violents. L'individu a plaidé la non-responsabilité criminelle relativement à l'attentat qui a fait 10 morts et une quinzaine de blessés en 2018 à Toronto.

Le Dr Alexander Westphal explique que la façon de penser d'Alek Minassian est tellement altérée par son état d'autiste qu'elle ressemble davantage à celle d'un individu en état de psychose.

Le psychiatre de la défense précise que l'accusé en arrive à déformer la réalité de façon considérable.

Comme la psychose, l'autisme peut mener à l'altération profonde de la compréhension du monde au point de ne pas être tenu responsable d'un crime, dit-il.

Une illustration judiciaire qui montre le Dr Westphal.

Le Dr Alexander Westphal est un psychiatre légiste américain qui enseigne à l'Université Yale.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre souligne qu'Alek Minassian fait preuve d'une compréhension subtile des règles de la morale. Il ne saisit toutefois pas l'impact des conséquences d'avoir brisé les règles de la société, poursuit-il.

Le Dr Westphal ajoute que le prévenu ne comprend pas la mort. Il ne perçoit pas, selon lui, le chagrin et le deuil qui y sont associés à cause de son manque d'empathie, un rare trait commun aux autistes et aux psychotiques.

La mort représente pour lui un concept abstrait, comme dans un jeu vidéo, c'est-à-dire sans émotion, explique le Dr Westphal.

Une illustration judiciaire d'un extrait vidéo.

Alek Minassian dans le premier extrait vidéo de l'entrevue que le Dr Westphal a réalisée avec lui en détention. Le psychiatre, la défense et la juge sont en exergue à droite.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La défense présente d'ailleurs un premier extrait de l'entrevue vidéo que le Dr Westphal a réalisée avec l'accusé avant la pandémie.

On y voit Alek Minassian en gros plan, sans émoi, le regard fixe, parlant avec ses mains ou avec ses doigts sur la table.

Le psychiatre dit que la façon dont l'accusé s'exprime est choquante à cause de la froideur avec laquelle il décrit les évènements du 23 avril 2018. Il est complètement détaché par rapport à ce qu'il raconte, dit-il.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian écoute le témoignage du Dr Westphal de la prison torontoise où il est en détention préventive depuis son arrestation.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Le Dr Westphal ajoute que l'accusé est si dépourvu d'un sens de la réalité qu'il vit comme dans un jeu vidéo. Le vocabulaire qu'il utilise est d'ailleurs très représentatif, selon lui, de sa compréhension de l'attentat.

Le psychiatre explique ainsi que l'accusé lui a révélé qu'il avait été capturé et non arrêté par la police et que sa mission sur la rue Yonge était terminée. Le prévenu parle aussi de tableau de chasse pour désigner le nombre de ses victimes.

Le Dr Westphal ajoute néanmoins que le mobile de l'accusé n'est pas clair. Il explique qu'Alek Minassian a fait croire aux policiers qu'il s'était inspiré du fondateur du mouvement Incel, Elliot Rodger, pour perpétrer un crime semblable à celui de l'Américain sur le campus de Santa Barbara en 2014.

Une illustration judiciaire qui montre 4 personnes, la juge, la défense, le psychiatre et l'accusé.

Dans le sens d'une aiguille d'une montre, la juge Molloy, le Dr Westphal, l'avocat Boris Bytensky et Alek Minassian

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Le psychiatre rappelle que le prévenu n'était pourtant pas un membre dévoué d'Incel, puisqu'il ne croyait pas farouchement à sa cause.

Il explique plutôt qu'Alek Minassian s'est inspiré d'Elliot Rodger parce que le manifeste et la vidéo de l'Américain étaient toujours en ligne au moment où il faisait des recherches sur Internet.

Dans un autre extrait d'entrevue, Alek Minassian explique au Dr Wesphal qu'il a menti aux policiers parce qu'il pensait qu'il aurait plus de notoriété dans le public que s'il leur avait révélé la véritable raison de son geste.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky, a dû s'y reprendre à plusieurs reprises pour bien faire comprendre à la juge les mécanismes de l'autisme grâce aux explications du Dr Westphal.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Selon le psychiatre, Alek Minassian a perpétré son crime parce qu'il avait peur d'entrer sur le marché du travail après le collège. Il était effrayé à l'idée de commencer un nouveau travail, mais sa peur était irrationnelle, précise le psychiatre.

Le Dr Westphal se dit en outre convaincu que l'état d'autiste d'Alek Minassian l'a rendu vulnérable et qu'il a été fortement influencé par ses lectures et ses découvertes sur Internet.

Il précise que l'accusé lui a par exemple révélé qu'il fréquentait en particulier un site encyclopédique sur le web, dont le contenu au sujet de l'autisme est indiciblement horrible, parce qu'il y est question de l'apologie de la violence, de la haine et du dégoût de soi.

Dessin judiciaire de la juge.

La juge Anne Molloy a interdit à la défense de présenter les 5 heures de la vidéo de l'entretien du Dr Westphal avec Alek Minassian, mais elle peut présenter de courts extraits.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La défense de Minassian rappelle à ce sujet au Dr Westphal que son client a dit à la police qu'il se considérait comme une petite merde de meurtrier. Le psychiatre ne se dit pas surpris, parce que ce sont des répliques scriptées comme dans un film.

Le Dr Westphal conclut qu'Alek Minassian évoluait dans un environnement saturé d'informations horribles, un espace Internet qui est devenu le centre de son attention.

Il doute d'ailleurs que l'attaque de la rue Yonge se serait produite si l'accusé n'avait pas eu accès à de tels sites Internet.

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