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États-Unis : pas de preuve de fraudes électorales massives, dit Bill Barr

Bill Barr, regardant vers la gauche, assis, devant un drapeau américain.

Les démocrates ont souvent reproché à Bill Barr de se comporter comme s'il était l'avocat du président.

Photo : Reuters / ELIJAH NOUVELAGE

Après les tribunaux, c'est au tour du procureur général des États-Unis, Bill Barr, un des alliés les plus loyaux du président américain, de ne pas trouver de fondements dans les conspirations brandies par Donald Trump et ses avocats.

Le département de la Justice n'a pas découvert de preuve de fraude électorale généralisée susceptible de modifier les résultats de l'élection présidentielle de 2020, a-t-il indiqué dans une entrevue avec l'Associated Press (AP), mardi.

Ses conclusions contredisent les allégations du président Trump, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite et crie à la fraude électorale, même si le président Joe Biden a fini par obtenir le feu vert pour amorcer le processus de transition.

Selon le réseau CNN, Bill Barr est allé à la Maison-Blanche après la publication de son entrevue. Donald Trump n'a pas fait de commentaires sur Twitter.

Le mois dernier, le procureur général américain avait autorisé les procureurs fédéraux à ouvrir, avant la certification des résultats par les États, des enquêtes sur des allégations d'irrégularités claires et apparemment crédibles qui pourraient avoir une incidence sur le résultat d'une élection fédérale dans un État.

Une politique de longue date du département interdit pourtant de telles enquêtes avant que ne soient certifiés les résultats électoraux. Le principal responsable du département affecté aux crimes électoraux avait même démissionné pour protester contre la décision.

Le procureur général a déclaré à l'AP que les procureurs du pays et les agents du FBI avaient donné suite aux plaintes et aux informations spécifiques qu'ils avaient reçues.

Certaines plaintes liées à des fraudes couvrent potentiellement quelques milliers de votes, a-t-il dit, assurant qu'elles avaient fait l'objet d'un suivi. Il ne s'agit pas d'allégations [de fraudes] systémiques.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas constaté de fraude à une échelle qui aurait pu changer le résultat de l'élection.

Bill Barr, procureur général des États-Unis

Mentionnant l'allégation d'une fraude systémique qui aurait découlé de machines de vote programmées essentiellement pour fausser les résultats des élections, il a notamment mis à mal une des affirmations du président, évidemment sans le nommer. Les départements de la Sécurité intérieure et de la Justice ont examiné cette question, et jusqu'à présent, nous n'avons rien vu qui puisse le prouver, a-t-il précisé.

Sidney Powell, une avocate avec laquelle la campagne Trump a fini par prendre ses distances, avait brandi une théorie conspirationniste impliquant la compagnie Dominion Voting Systems, dont le logiciel de vote a été utilisé dans plusieurs États. L'entreprise, a-t-elle argué sans preuve, mais aussi des serveurs informatiques en Allemagne seraient au centre d'un complot auquel auraient pris part les démocrates, le Venezuela, Cuba et la Chine, et même le gouverneur de la Georgie, partisan de Donald Trump, et le secrétaire d’État de la Georgie, lui aussi républicain.

Le président Trump lui-même a affirmé, sans aucune preuve, que le logiciel de l'entreprise aurait supprimé 2,7 millions de votes qui avaient été enregistrés pour lui en plus d'en transférer des centaines de milliers d'autres au profit du président désigné, Joe Biden.

Selon AP, Bill Barr a en outre affirmé que les gens confondaient la justice pénale avec les procès civils, et que certaines plaintes devraient faire l'objet de vérifications par des responsables des États ou locaux, et non par le département fédéral de la Justice.

Le camp Trump persiste et signe

Deux des avocats du président, Rudy Giuliani et Jenna Ellis, ont réagi aux propos du procureur général, affirmant dans un communiqué avoir rassemblé des preuves importantes de vote illégal dans plusieurs États.

Disant avoir le plus grand respect pour Bill Barr, ils ajoutent que son avis ne semble fondé sur aucune connaissance ni enquête sur les irrégularités substantielles et les preuves de fraude systémique.

Interrogé sur les conclusions du procureur général, le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a pour sa part ironisé : Je suppose qu'il sera le prochain à être congédié.

Le directeur de l'Agence de la cybersécurité et de la sécurité des infrastructures du département de la Sécurité intérieure (CISA), Chris Krebs, a multiplié les démentis sur les allégations électorales conspirationnistes, mais le président Trump l'a congédié il y a deux semaines pour cette raison.

M. Krebs, un joueur clé de l'appareil fédéral pour la sécurité électorale, avait signé, avec les responsables de plusieurs autorités électorales nationales et locales, un communiqué commun assurant de l'intégrité et de la sécurité de l'élection, présentée comme la plus sûre de l'histoire.

Une femme vote proche de guichets de vente de billets d'un aréna.

Une électrice new-yorkaise votant au Madison Square Garden.

Photo : La Presse canadienne / AP/Mary Altaffer

Il n'existe aucune preuve démontrant que quelque système de vote que ce soit a supprimé, a perdu ou a changé des votes, ou a été piraté de quelque façon que ce soit, affirmaient des responsables de l'intégrité électorale dans une déclaration commune.

La campagne Trump et ses alliés ont jusqu'ici encaissé au moins une trentaine de défaites devant les tribunaux, infligées tout autant par des juges nommés par des présidents républicains que démocrates et même par Donald Trump lui-même.

Selon un reportage du Washington Post publié mardi, et confirmé par plusieurs médias américains, le président Trump a recueilli plus de 170 millions de dollars dans le cadre d'une vaste opération présentée comme une façon de contester l'élection et mettant de l'avant des allégations douteuses.

Or, comme le spécifient en petits caractères les centaines de courriels envoyés aux partisans du président depuis l'élection du 3 novembre, la plus grande partie va à son comité d'action politique. Récemment, la part des sommes qui lui sont allouées est même passée à 75 %.

Si les avocats du président dénoncent des fraudes massives sur la place publique, ils se sont contentés en cour d'invoquer des enjeux mineurs qui surgissent à chaque élection, par exemple des problèmes avec des signatures.

Ils ont aussi réclamé des enquêtes fédérales sur leurs allégations.

Barr, fidèle allié du président

Depuis son arrivée en poste, en février 2019, Bill Barr s'est avéré l'un des plus loyaux alliés du président Trump, et les démocrates l'accusaient de se comporter en avocat personnel du président plutôt que comme procureur général.

Il est notamment intervenu dans les dossiers de deux collaborateurs du président Trump.

Dans la dernière année, il a ainsi recommandé pour Roger Stone une peine moins lourde que celle réclamée initialement par l'équipe de procureurs chargés du dossier, et a demandé à un juge de laisser tomber des accusations de parjure portées par son propre département contre l'ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn.

Des procureurs avaient démissionné dans la foulée.

Au printemps 2019, les démocrates avaient en outre accusé Bill Barr de politiser son rôle de procureur général après la publication du rapport Mueller sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016, réclamant même sa démission.

Condamnant son ingérence, des milliers d'anciens procureurs et responsables du département de la Justice l'ont eux aussi appelé à plus d'une reprise à démissionner.

En février 2020, alors que le président Trump multipliait les attaques contre le système judiciaire et son traitement du dossier Stone, Bill Barr s'était permis une rare critique à son endroit et avait dit juger ses tweets contre-productifs.

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