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La pandémie, les licornes et mon accouchement

Devant le fleuve, Adrianne tient son bébé contre sa pointrine. Les yeux fermés, elle sourit.

Oui, j'ai dû faire le deuil de mon scénario d'accouchement idéal. Mais j'ai quand même vécu un accouchement de rêve!

Photo : Marc-Antoine Daigneault

Radio-Canada

Que ce soit la perte d'un être cher, une rencontre marquante ou une perte d'emploi, la pandémie a provoqué de grands changements dans nos vies. Dans le cadre de la série Récits d'une pandémie, nous vous présentons des témoignages de gens d'ici qui vous transporteront dans un univers bouleversé par la COVID-19.


Propos d'Adrianne Gauvin-Sasseville, recueillis par Catherine Poisson


Le 13 mars, quand Québec a déclaré l'état d'urgence sanitaire, j'étais enceinte de près de huit mois. À ce moment-là, je ne me rendais pas encore compte à quel point tout allait changer à la toute fin de ma grossesse.

C'est le jour où les régions ont été fermées que ça m'a frappée. Mes appuis les plus importants, mes parents et mes sœurs, ne pourraient pas être présents à la naissance de ma fille.

J'ai dû accepter le fait que mon amoureux ne puisse pas m'accompagner lors des rendez-vous de suivis, j'ai dû vivre avec le stress immense de la possibilité de devoir accoucher à l'hôpital, en pleine pandémie, plutôt qu'en maison de naissance comme je l'avais prévu.

Mais de savoir que ma famille allait être à 600 km, ça a été le plus gros morceau à avaler.

Je pense que c'est important de reconnaître que tous les scénarios d'accouchement des personnes qui ont donné ou vont donner naissance pendant la crise sanitaire sont chamboulés à 100 %.

Tout ce qu'on a pu prévoir, tout ce qu'on a pu idéaliser, ce ne sera pas ça.

Malgré tout, on doit rester capables de voir des licornes, de voir tout le positif et la magie de cette expérience-là.

Oui, j'ai dû faire le deuil de mon scénario d'accouchement idéal. Mais j'ai quand même vécu un accouchement de rêve!

Au sommet d'une montagne enneigée, Adrianne, alors enceinte d'un peu plus de sept mois, sourit en regardant son ventre dénudé.

D'une certaine façon, le fait d'être en Gaspésie a sauvé mon accouchement.

Photo : Marc-Antoine Daigneault

J'ai senti les premières contractions le 12 mai, au petit matin.

Il fallait faire 40 minutes de route pour se rendre à la maison de naissance de Mont-Joli, et le soleil commençait à se lever sur le fleuve. Tout était baigné d'une lueur rose. On écoutait la musique de Patrick Watson. On a croisé un renard, et on a pris le temps de s'arrêter pour l'observer malgré les contractions.

Quand je parle de mes licornes, c'est à ça que je pense. D'une certaine façon, le fait d'être en Gaspésie a sauvé mon accouchement.

Bannière vers notre portail Récits d'une pandémie.

Dans mon scénario idéal, ma mère, mon père et mes sœurs auraient été à mes côtés.

Ma mère, parce qu'elle m'avait raconté comment elle m'avait donné naissance à la maison. Elle m'avait donné une histoire super positive, et j'avais tellement hâte de partager ça avec elle, de lui présenter ma fille et de la déposer dans ses bras. J'avais hâte à cette fierté partagée.

Mes sœurs, parce qu'elles ont toutes deux des enfants, et qu'elles m'ont vraiment coaché pendant ma grossesse. J'aurais voulu qu'elles soient mes coachs d'accouchement aussi.

Adrianne tient son bébé naissant contre elle.

L'isolement nous a amenés à mieux connaître notre enfant, d'une façon qui n'aurait jamais été possible dans un autre contexte.

Photo : Marc-Antoine Daigneault

Heureusement, ma sage-femme a complètement pris le rôle de mes sœurs. Une chance qu'elle était là! Sa présence a tout changé pour moi.

J'avais peur de me heurter à un mur pendant l'accouchement, de ne plus savoir si j'allais pouvoir y arriver, même si c'est l'acte le plus naturel pour nos corps.

La sage-femme a vraiment su me rassurer et me motiver. Elle m'a encouragée à penser à toutes les femmes qui ont donné naissance avant moi, mes sœurs, ma mère, ma grand-mère, mais aussi toutes les femmes du monde, dont beaucoup accouchent dans des contextes hautement plus difficiles. Elles m'ont donné la force d'aller jusqu'au bout.

Je sais que ça sonne bizarre, mais à un moment donné tu entres en transe et la réflexion va loin!

Au total, tout le travail a duré moins de six heures.

Et alors que le matin, il faisait un temps superbe, au moment de la naissance de ma fille, nous étions en pleine tempête de neige. Un 12 mai! Les médias ont même fait des articles sur le fait que c'était exceptionnel. Pour moi, c'était encore un clin d'œil de mes licornes.

Quatre personnes masquées saluent le bébé naissant, emmitouflé dans une couverture dans les bras de son père.

Ma mère a rencontré ma fille un mois plus tard, après avoir passé un test de dépistage et fait une quarantaine. Mes amis l'ont rencontrée à distance de deux mètres, sans aucun contact. Ça fait bizarre.

Photo : Adrianne Gauvin-Sasseville

C'est certain que tout ce qui vient après est chamboulé aussi.

Ma mère a rencontré ma fille un mois plus tard, après avoir passé un test de dépistage et fait une quarantaine. Mes amis l'ont rencontrée à distance de deux mètres, sans aucun contact. Ça fait bizarre.

Mais avec mon amoureux, on est entrés en mode cocon.

On était totalement ensemble pour s'entraider dans cette nouvelle aventure, et l'isolement nous a amenés à mieux connaître notre enfant, d'une façon qui n'aurait jamais été possible dans un autre contexte. Moi, ça m'a enlevé la pression de devoir être seule dès le début avec le bébé. Lui, ça lui a permis de développer une relation unique avec sa fille qui va teinter leur rapport à vie.

Ce côté-là, c'est extrêmement positif.

Je ne peux même pas imaginer qu'à notre prochain enfant, nous n'aurons pas toute cette intimité, tout ce temps.

La tête penchée, Marc-Antoine tient sa fille contre son épaule. Ils sont à l'extérieur, alors que le soleil se couche derrière eux.

On était totalement ensemble pour s'entraider dans cette nouvelle aventure. Moi, ça m'a enlevé la pression de devoir être seule dès le début avec le bébé. Lui, ça lui a permis de développer une relation unique avec sa fille qui va teinter leur rapport à vie.

Photo : Adrianne Gauvin-Sasseville

C'est pour ça que je raconte mon histoire.

On dirait que, dès que tu es enceinte, tu deviens un réceptacle pour toutes les histoires d'horreur d'accouchement, et c'est encore pire avec la pandémie et les restrictions qui changent constamment. Moi, je veux dire à toutes les femmes qu'elles ont le droit d'espérer un bel accouchement et de ne pas se sentir mal si ça se passe bien.

Même pas obligée de croire aux licornes pour vrai, juste dans la vie qu'on porte.

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