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Difficile de signaler la pornographie juvénile sur des sites comme Facebook et Google

Le Centre de protection de l’enfance demande aux géants du web de rendre le signalement de ce genre de contenu plus simple et plus facile à trouver.

Une femme de dos

Le Centre canadien de protection de l'enfance, basé à Winnipeg, a passé au crible 15 sites Internet et, dans un rapport, conclut que la plupart n'ont pas d’outils pour signaler facilement de la pornographie juvénile.

Photo : Centre canadien de protection de l'enfance

Radio-Canada

Un rapport du Centre canadien de protection de l’enfance révèle que la plupart des grands sites Internet mondiaux ne disposent pas d’outils permettant de signaler facilement la pornographie juvénile.

Dans son rapport, l’organisme, basé à Winnipeg, a analysé 15 sites entre le 16 et le 23 septembre, parmi lesquels Facebook, Twitter, YouTube, TikTok ou encore des sites pornographiques tels que Pornhub.

À l’exception de Bing, le moteur de recherche de Microsoft, aucun des sites n’a de fonctionnalité pour rapporter du contenu pornographique mettant en scène des enfants, que ce soit dans un message, une conversation ou concernant un utilisateur.

À la place, ces plateformes ont un langage ambigu et non spécifique souvent difficile à trouver. Les analystes du centre ont parfois dû naviguer à travers les conditions d’utilisation des sites et cliquer sur plusieurs liens différents avant de parvenir sur une page où ils pouvaient faire un signalement.

Signy Arnason pose dans un parc avec de la neige.

Signy Arnason est la directrice générale adjointe du Centre de protection de l'enfance basé à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Le Centre de protection de l’enfance demande aux géants du web de rendre le signalement de ce genre de contenu plus simple et plus facile à trouver.

Le rapport de l’organisme rappelle que c’est important parce qu’il s’agit d’une infraction au Code criminel et que les plateformes n'ont aucun moyen de hiérarchiser rapidement les signalements des utilisateurs dans leur processus de modération de contenu. Or, une suppression rapide est cruciale pour freiner la diffusion de la pornographie juvénile.

Cela devrait être une chose très simple à rapporter, dit Signy Arnason, la directrice générale adjointe du centre.

Il y a beaucoup de pression sur la population adolescente ou sur les jeunes adultes quand ils essaient de vivre avec ce qu'ils ont fait et nous échouons terriblement à les aider. Les entreprises doivent agir et assumer une responsabilité importante à cet égard, ajoute-t-elle.

Les 5 recommandations du rapport pour rendre plus efficace le signalement de contenu pédopornographique :

  1. Créer des catégories de signalement spécifiques pour le contenu sexuel impliquant des enfants;
  2. Inclure des options pour signaler du contenu pédopornographique dans des menus facilement accessibles;
  3. S’assurer que les fonctions de signalement sont consistantes sur tout le site Internet;
  4. Permettre le signalement de contenu sans avoir à créer ou se connecter à un compte;
  5. Éliminer les champs relatifs aux informations personnelles obligatoires dans le formulaire de signalement.

Des conséquences réelles et importantes

Une jeune femme qui habite dans une grande ville canadienne a vécu l’expérience amère de la difficulté à signaler du contenu sexuel impliquant des enfants. CBC a décidé de ne pas révéler son identité pour la protéger.

Tout a commencé lorsqu’elle avait 14 ans. À l’époque, elle a rencontré sur Internet un homme plus âgé qui disait habiter près de chez elle. Après avoir gagné sa confiance, celui-ci l’a incité à faire des gestes à caractère sexuel.

Il m’a fait croire que j’étais quelqu’un de spécial et qu’on avait un lien spécial tous les deux, dit-elle.

Lorsqu’il a proposé de faire des choses sexuelles via Skype, j’étais hésitante. Mais je me disais que ce garçon m’aimait et que la seule façon pour qu’il continue à m’aimer serait de faire cela pour lui.

Une personne remplit une demande d'assurance-emploi sur son ordinateur portable.

4174 cas de pornographie juvénile ont été rapportés à la police en 2019. Il y en avait 850 en 2015.

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Un soir, elle a donc accepté. J’ai fait tout ce qu’il demandait. Ce que je ne savais pas, c’est qu’il avait un logiciel pour enregistrer et qu’il l’avait téléchargé avant même que tout cela commence. C’était un plan délibéré.

Peu de temps après, le garçon a disparu et elle n’a jamais su son nom ni son âge, ni où il habitait réellement.

La vidéo apparaît partout sur Internet

Rapidement, des liens directs vers la vidéo ont commencé à apparaître sur ses différents comptes sur les réseaux sociaux.

J’ai reçu des messages de gens en Inde qui me disaient que j’étais dans un groupe Whatsapp parlant de filles. J’ai aussi eu des messages de Pologne qui m'indiquaient que j’étais sur tel ou tel site… J’avais 14 ans et je commençais à voir des liens de moi sur Pornhub et tous ces sites dont j’ignorais l’existence, explique-t-elle.

C'est comme une violation sur tous les fronts. Je ne pouvais pas ouvrir mon ordinateur sans avoir à faire face à cela, le voir et le vivre.

Depuis que la vidéo a été publiée, elle a été suivie, menacée et harcelée. Des gens ont posté des photos de sa maison, partagé son adresse, son nom, celui de son école et même les cours qu’elle suivait.

Quand je suis arrivée à l’université, ça a empiré. C’est comme s’ils avaient découvert que j’avais eu 18 ans et les portes de l’enfer se sont ouvertes, dit-elle.

Seule face aux géants du web

Chaque jour au cours des dernières années, elle a passé des heures et des heures à chercher son nom sur Internet pour trouver la vidéo, puis contacter le site sur lequel elle la trouvait pour demander qu’elle soit retirée.

Au départ, je commençais gentiment, du genre : Pouvez-vous retirer cette vidéo s'il vous plaît? Je n’étais pas consentante. Puis ils répondaient : Nous n’avons aucune preuve de cela ni que c’était vous.

Même quand elle disait qu’elle était mineure, les sites refusaient de retirer la vidéo. Ils répondaient : Nous n’avons pas de preuve de ça.

Le plus souvent, elle obtenait un courriel automatique avec un lien tout en bas la dirigeant vers un formulaire pour signaler du contenu inapproprié. Frustrée, la jeune femme a fini par trouver un modèle d’un message juridique et l’a envoyé à divers sites, les menaçant de recours judiciaire.

Le phénomène en chiffres

1450 : c’est le nombre d’enfants qui ont été leurrés à l’aide d’un ordinateur en 2019, selon un rapport de Statistique Canada sur les crimes rapportés à la police. Pour comparaison, il y en a eu 850 en 2015.

4174 : c’est le nombre de cas de pornographie juvénile rapportés à la police en 2019. Il y en a eu 850 en 2015.

28 556: c’est le nombre de cas traités en 2019 par cyberaide.ca, un site canadien de signalement des cas d’exploitation sexuelle d’enfant sur Internet. Seule une petite partie des victimes vont voir la police.

Vous avez 16 ans et vous prétendez être un avocat afin de pouvoir faire retirer une vidéo de pornographie juvénile prise sans votre consentement et qui s’est retrouvée sur Pornhub. Parfois ça marchait, parfois non. Je dirais qu’aucune des plateformes web ne m’a aidée.

Je pensais honnêtement que chaque jour allait être soit le dernier jour de ma vie, soit le dernier jour de ma vie sociale, car j'avais l'impression d'être au bord du précipice et que ma vie allait exploser chaque jour, ajoute-t-elle.

Chez Pornhub, les vidéos signalées sont analysées

Le Centre de protection de l’enfance a fourni l'analyse des 15 sites. CBC les a tous contactés et seul XVideos n’a pas répondu. Par ailleurs, CBC n’a pas posé aux sites Internet interrogés de questions relatives au cas particulier de la jeune femme, afin de ne pas compromettre son identité.

Un porte-parole de Pornhub, entreprise basée à Montréal, affirme que lorsqu’une vidéo est signalée, elle est immédiatement retirée pour être analysée par une équipe de modérateurs. Ensuite, elle est soit complètement supprimée ou, si elle répond aux conditions d’usage du site, remise en ligne.

Une capture d'écran floutée du site de pornographie Pornhub, basé à Montréal.

Une capture d'écran du site de pornographie Pornhub, basé à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, toutes les entreprises qui ont répondu se sont déclarées déterminées à lutter contre le contenu sexuel en ligne impliquant des enfants et ont pris des mesures pour l'identifier et le supprimer lorsqu'il est signalé.

Plusieurs ont cependant contesté l'analyse du Centre de protection de l’enfance, affirmant qu'elles disposaient de mécanismes pour signaler l'exploitation des enfants, mais que cela pourrait simplement être appelé d’une autre manière que matériel d'abus sexuel d'enfants.

Pour Google, certains mécanismes de signalement pas pris en compte

Chez Google, une porte-parole estime que le rapport du Centre ne semble pas prendre en compte plusieurs mécanismes importants de signalement sur ses plateformes. Par exemple, un utilisateur de YouTube peut signaler du contenu pas seulement sur un ordinateur, mais aussi depuis un appareil mobile.

Le logo de Google est inscrit sur des fenêtres du siège social de Google.

Google estime que le rapport du Centre canadien de protection de l'enfance ne semble pas prendre en compte plusieurs mécanismes importants de signalement sur ses plateformes.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Parallèlement, sur Google Hangouts, les utilisateurs peuvent utiliser le formulaire de mise en danger des enfants pour signaler le leurre d'un enfant à des fins d'exploitation sexuelle ou le trafic sexuel d'un enfant.

La plupart des contenus que nous signalons aux autorités sont d'abord découverts grâce à nos processus automatisés, mais le signalement des utilisateurs et des tiers est un élément important pour identifier les contenus sexuels potentiels impliquant des enfants, a déclaré la porte-parole de Google Canada, Molly Morgan.

Elle précise que l’entreprise travaille avec des experts, dont le Centre canadien de protection de l’enfance, pour trouver des façons d’améliorer ses systèmes et ses manières de signaler du contenu problématique.

Les signalements sont difficiles sur Twitter

Le rapport de l’organisme de Winnipeg affirme qu’il est extrêmement difficile de signaler du contenu sur Twitter.

Michele Austin, la directrice de la politique publique de Twitter Canada, affirme que n’importe qui peut rapporter du contenu qui semble violer les règles d’utilisation de Twitter à travers un formulaire et que l’entreprise enquête aussi sur d’autres signalements.

Une silhouette regarde un téléphone. Il y a plusieurs logo de twitter en arrière-plan.

Le rapport de l’organisme de Winnipeg affirme qu’il est extrêmement difficile de signaler du contenu sur Twitter.

Photo : Getty Images / Leon Neal

Les liens sont retirés du site sans avertissement et rapportés au National Centre for Missing and Exploited Children aux États-Unis, ajoute-t-elle dans une déclaration.

Notre but est de faire en sorte que les signalements soient faciles à comprendre, accessibles et transparents pour le public, dit-elle.

Le chiffrement de Facebook critiqué

Le rapport du Centre affirme qu’il n’y a pas d’options relatives au signalement spécifique de contenu sexuel impliquant des enfants sur Facebook et ses plateformes associées telles que Messenger, Instagram ou encore Whatsapp, qui utilise le chiffrement de bout en bout, ce qui a conduit les critiques à dire que les fonctions de signalement sont minimes.

Cependant, 99,3 % du contenu identifié comme possible nudité infantile et exploitation sexuelle des enfants a été signalé par la technologie PhotoDNA ou VideoDNA et l'intelligence artificielle avant même que les utilisateurs ne le signalent, a déclaré Antigone Davis, responsable mondiale de la sécurité de Facebook, dans un courriel à CBC.

Un homme au clavier d'un ordinateur se branche sur le réseau social Facebook.

Facebook assure que 99,3 % du contenu identifié comme possible nudité infantile et exploitation sexuelle des enfants est signalé par l'intelligence artificielle.

Photo : Associated Press / Eraldo Peres

Nous partageons le point de vue du Centre canadien de protection de l'enfance selon lequel les contenus d'abus sexuels sur enfants sont odieux, a-t-elle ajouté.

Nous avons testé bon nombre des recommandations de ce rapport et avons constaté qu’elles sont moins efficaces que d’autres formes de signalement et de prévention concernant ce type de matériel. Nous aimerions travailler plus étroitement avec le Centre canadien de protection de l’enfance, et d'autres experts de la sécurité des enfants dans le monde, pour partager nos enseignements, poursuit Antigone Davis.

Facebook explique aussi que ses mécanismes de signalement sont créés pour que les personnes ayant différents niveaux d'alphabétisation et d'éducation numérique puissent les utiliser et que les enquêteurs puissent voir le contenu offensant et agir rapidement.

Selon le géant du web, l'utilisation d'une balise telle que matériel d'abus sexuels sur des enfants peut entraîner des gens à envoyer des signalements qui n’appartiennent pas à cette catégorie et ralentir le processus de retrait.

D’autres entreprises du web ont aussi critiqué le rapport à travers une série de réponses envoyées à CBC (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Peut-on empêcher l’enregistrement d’images?

La grande majorité du contenu photo et vidéo de pédopornographie a démarré de façon consensuelle, que ce soit par échange de messages textuels avec un petit copain ou une petite copine, ou par diffusion de vidéos en direct.

Il est cependant toujours sage de penser qu’une fois qu’une image a été partagée avec quelqu’un, elle pourrait se retrouver sur Internet ou circuler auprès d’autres utilisateurs privés, affirment les défenseurs des enfants.

Quiconque produit et partage des images ou vidéos intimes devrait sérieusement envisager les risques liés à cela. Un partenaire intime en qui on a confiance peut devenir un ex-partenaire mécontent.

Comment peut-on empêcher du matériel pédopornographique de circuler?

La réalité, c’est qu’une fois que des images ont été publiées sur Internet, il est difficile de les faire retirer complètement, affirment des experts. N’importe qui peut sauvegarder des copies et les publier à nouveau plus tard.

La diffusion de vidéos en direct est particulièrement préoccupante car elle donne aux utilisateurs un faux sentiment de sécurité. En pratique, de nombreuses images se propagent sur Internet car certains téléspectateurs enregistrent des flux en direct de matériel explicite.

Pour toute aide, vous pouvez contacter cyberaide.ca (Nouvelle fenêtre)

Avec des informations de CBC

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