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Baptême de feu pour le conseil de surveillance de Facebook

Une loupe grossit le logo de Facebook qui s'affiche sur un écran d'ordinateur.

Le conseil de surveillance de Facebook, un tribunal d'honneur, se penchera sur ses premiers dossiers épineux.

Photo : Radio-Canada

Agence France-Presse

Après des mois de préparatifs, le conseil de surveillance de Facebook entre en action. Ses membres ont trois mois pour évaluer des décisions de la plateforme sur certains contenus jugés épineux en espérant faire jurisprudence au-delà des six premiers cas portés à leur attention.

Le géant des réseaux sociaux a-t-il eu raison d'enlever une capture d'écran de gazouillis de l'ex-premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, qui déclarait notamment que les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé?

L’utilisateur qui a relayé ces propos sur sa page, sans légende, assure qu'il voulait sensibiliser aux mots horribles de l'ancien dirigeant.

C'est l'une des six affaires sur lesquelles les 20 membres du conseil de surveillance de Facebook devront se prononcer, d'après un communiqué publié mardi.

Les cinq autres dossiers portent sur d'autres contenus ayant enfreint les règles du réseau quant aux discours de haine, aux organisations dangereuses ou encore à la nudité. Les publications concernent, entre autres, les tensions politiques en Birmanie, le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, et une citation en rapport avec les nazis dans un contexte américain.

L'objectif, avec ces cas emblématiques, c'est de pouvoir faire nos armes et, on l'espère, jurisprudence, a expliqué à l'Agence France-Presse Julie Owono, directrice de l'organisation non gouvernementale (ONG) Internet sans frontières et membre du conseil de surveillance.

Une réponse aux critiques

Le projet d'une sorte de Cour suprême, ayant le dernier mot sur les contenus controversés qui sont publiés sur Facebook et sur Instagram, avait été annoncé à la fin de 2019 par Mark Zuckerberg. Le patron du groupe californien essuie depuis des critiques sur sa politique de modération, souvent considérée trop laxiste.

La plateforme se voit notamment reprocher son manque de réactivité contre certains appels à la violence, liés par exemple aux massacres de Rohingyas en Birmanie en 2017 ou au récent meurtre du professeur Samuel Paty, en France.

Le but du conseil, c'est qu'en termes de modération des contenus, les droits de la personne deviennent le principe et non l'exception ou la pensée après coup.

Julie Owono

Des recommandations

Les membres du conseil de surveillance – une lauréate yéménite du prix Nobel de la paix, un ancien juge fédéral américain et d'autres personnalités de la société – étudieront les affaires en petits groupes, avec l'aide de rapports de spécialistes et même de commentaires du public, invité à réagir en ligne sur chaque cas.

Le conseil tranchera après un vote et rendra des décisions définitives auxquelles Facebook devra se conformer.

Le conseil peut par exemple obliger Instagram à autoriser les photos de poitrines féminines (avec les mamelons visibles), publiées par un utilisateur brésilien qui voulait sensibiliser aux signes d'apparition du cancer du sein. Or, il ne peut pas forcer la plateforme à laisser passer toutes les autres images de seins nus avec une légende sur l'importance des mammographies.

Le conseil fera quand même des recommandations générales, que Facebook sera libre d'appliquer ou non, en se justifiant publiquement.

La balle sera dans leur camp.

Julie Owono

Une initiative critiquée

D'où les critiques qui ont déjà émergé, avant même que ce conseil des sages ait commencé son travail.

C'est une organisation sans pouvoir, avec trop de vides juridiques pour vraiment s'attaquer aux dégâts causés par le site, a réagi mardi Roger McNamee, un des fondateurs de l'organisation militante baptisée Real Facebook Oversight Board (véritable conseil de surveillance de Facebook).

Cette coalition d'associations ne croit pas la plateforme sincère dans ses efforts de lutte contre la désinformation et la haine.

Elle se propose de statuer sur trois cas alternatifs, dont l'exclusion de Facebook de Steve Bannon, un ancien conseiller du président Donald Trump, qui a récemment appelé sur les réseaux à la décapitation d'Anthony Fauci, directeur de l'Institut des maladies infectieuses américain.

Steve Bannon qui parle au micro

L'ex-conseiller du président Donald Trump Steve Bannon

Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes

Aucun des premiers cas retenus par le conseil de surveillance ne se penche sur les polémiques autour de la désinformation électorale qui agitent les États-Unis depuis des mois.

Julie Owono souligne toutefois que cela ne signifie pas que ce sujet ne sera pas abordé.

La directrice de l'ONG trouve important que des organisations demandent des comptes aux géants du web, tout en rappelant que c'est la première fois dans l'histoire qu'une entreprise comme Facebook accepte de céder une part de son pouvoir à une institution externe.

Le conseil de surveillance, qui comptera 40 membres à terme, répond à une fondation indépendante, dotée de 130 millions de dollars américains (168,4 millions de dollars canadiens) par le groupe américain.

Cela fait des mois qu'on attend ce moment, affirme Julie Owono. Nous prenons notre mission très au sérieux. Ce sont des questions très importantes, parfois de vie ou de mort.

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