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Analyse

COVID-19 et budget : entre le cœur et la calculatrice

Chrystia Freeland, debout à la Chambre des communes

Chrystia Freeland a annoncé la mise à jour économique à la Chambre des communes.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Dans son premier énoncé économique, Chrystia Freeland tente d’établir un équilibre entre urgence et prudence, entre relance et transparence, entre inégalité et stabilité. Elle y parvient... en partie.

Nos politiques ont du cœur, lançait la ministre des Finances aux gens de Bay Street le mois dernier. Mais elles sont également menées fortement par un calcul prudent, objectif et impartial.

Il est clair que dans son premier document à saveur budgétaire, Chrystia Freeland tire davantage sur les cordons du cœur que sur les cordons de la bourse.

Afin de passer à travers les mois sombres d’un hiver de solitude et de deuil, la ministre des Finances distribue des milliards aux gens et aux secteurs économiques les plus vulnérables. Du même souffle, elle envoie aussi un message à ceux qui s’inquiètent de la situation fiscale canadienne.

Dans son discours, elle insiste : nous vivons un choc économique unique d’une pandémie qui ne durera pas éternellement. Des dépenses extraordinaires, mais temporaires qui sont essentielles, mais provisoires.

D’une main, la ministre distribue les cadeaux. De l’autre, elle semble presque s’excuser auprès des marchés financiers et des apôtres de l’austérité.

En gros, Mme Freeland indique qu’une fois l’urgence terminée, les dépenses ponctuelles vont disparaître et, avec elles, plus de la moitié du déficit de 382 milliards de dollars. Les libéraux prévoient que si tout va bien, d’ici cinq ans, les emplois perdus durant la crise seront de retour et le déficit budgétaire reviendra à ses niveaux prépandémiques.

Pour que ces emplois reviennent et que les revenus du gouvernement gonflent à nouveau ses coffres, ça ne se fera pas en criant lapin.

Relance économique

Pour redémarrer l’économie après la COVID-19, il faudra emprunter de 70 à 100 milliards de dollars supplémentaires. C’est écrit noir sur blanc dans l’énoncé économique, mais la ministre reconnaît que c’est plus une approximation qu’un coût réel.

Le plan de relance du gouvernement demeure incomplet et les extraits rendus publics lundi ne reposent pas entièrement sur les épaules fédérales.

La transformation verte et les investissements en infrastructures – pour stimuler la création d’emplois – devront faire l’objet de négociations avec les élus provinciaux et municipaux. La création d’un système pancanadien d'apprentissage et de garde d'enfants – pour aider les parents à retourner au travail – nécessitera l’adhésion des provinces. Sans compter que la création de normes nationales pour les soins de longue durée risque déjà de se heurter à l’opposition des premiers ministres.

Les libéraux espèrent que ces enjeux pourraient leur faire gagner des points dans la population en général, mais l’exécution est loin d’être garantie sans confrontation.

En ce qui concerne le service de garde national, pour le moment, Ottawa souhaite seulement créer un secrétariat fédéral afin d’étudier la question. Une façon peut-être d’avoir l’air d’agir sans trop marcher sur les pieds des provinces.

Bref, le plan de relance libéral est en ce moment fragmentaire.

Il n'y a pas eu de budget au Canada depuis maintenant 18 mois. La carte routière présentée lundi par la ministre Freeland nous montre où nous sommes et où le gouvernement veut aller, mais il reste encore à déterminer la façon de s’y rendre. Et combien cela coûtera en carburant (ou en recharge électrique).

Les libéraux savent qu’en agissant ainsi, ils prêtent le flanc aux attaques de leurs adversaires politiques. Mais il est clair qu’ils ont préféré se garder une marge de manœuvre de 70 à 100 milliards de dollars afin de pouvoir distribuer des cadeaux dans le budget du printemps, et en vue d’une éventuelle campagne électorale.

C’est probablement un peu pour cette raison que Chrystia Freeland a choisi cet automne de parler le langage du cœur. La calculatrice viendra (peut-être) plus tard.

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