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Chronique

Rien ne va plus à Hockey Québec

Le logo de Hockey Québec sur des chandails de l'équipe provinciale.

Hockey Québec a perdu 11 employés en quatre ans. Selon nos sources, plusieurs sont partis par dépit.

Photo : Hockey Québec

De nombreux employés et ex-employés de Hockey Québec sonnent l’alarme. Ils soutiennent qu’un climat de travail toxique règne dans la deuxième fédération sportive québécoise, au point de mettre en péril la mission de l’organisation.

C’est ce qui ressort d’une quinzaine d’entrevues réalisées auprès d’intervenants ayant une connaissance approfondie des rouages de la fédération.

Malgré leurs profils différents, les personnes interrogées ont dressé des portraits fort semblables, et peu flatteurs, de leur expérience à Hockey Québec au cours des quatre dernières années.

Le taux de roulement du personnel et le taux d’absentéisme sont devenus alarmants au siège social de la fédération depuis la nomination de Paul Ménard à titre de directeur général, le 26 août 2016.

Directives contradictoires, réprimandes écrites pour des peccadilles, employés subrepticement délestés de leurs dossiers, microgestion de vétérans en poste depuis plusieurs décennies, absence de communication, climat de suspicion et conflits entre la direction et des partenaires de longue date de la fédération. Voilà autant de thèmes qui sont revenus au cours des entrevues menées auprès des membres du personnel, actuels ou démissionnaires, de Hockey Québec.

Ces facteurs ont fini par créer un environnement de travail toxique où règne une constante méfiance entre les employés et la direction générale, allègue-t-on.

Paul Ménard et le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin, réfutent catégoriquement ces allégations.

À la suite de la publication de cette enquête de Martin Leclerc, Hockey Québec a annoncé la création d'un comité indépendant pour enquêter sur les relations de travail au sein de la fédération.


Quand le conseil d’administration de Hockey Québec avait annoncé la nomination de Paul Ménard au poste stratégique de directeur général, cette nouvelle avait soulevé un vent de scepticisme, tant à l’intérieur des murs de la fédération que dans le petit univers du hockey québécois.

M. Ménard n’avait pas été le premier candidat pressenti pour prendre les commandes. Plusieurs directeurs de HQ avaient décliné le poste avant lui. Et des acteurs majeurs du milieu ne parvenaient pas à s’expliquer pourquoi le conseil d’administration s’abstenait de solliciter des candidatures provenant de l’extérieur de la fédération pour pourvoir ce poste hautement stratégique.

On voulait gérer ça comme une business et on avait un des meilleurs gars de hockey qui était Paul Ménard. On voulait quelqu’un capable de prendre des décisions difficiles, se souvient Yve Sigouin.

Paul Ménard faisait carrière dans le domaine de la vente automobile avant de se joindre à HQ au milieu des années 2000. Il avait alors été embauché pour faire un remplacement d’un an dans un poste de coordonnateur. Il avait ensuite obtenu une permanence avant d’être promu au poste de directeur responsable du développement du joueur en 2012.

Il parle à une assemblée devant un micro.

Paul Ménard

Photo : Courtoisie / Hockey Québec

La passion de Paul Ménard est contagieuse et constitue une réelle source d’inspiration , écrivait l’ex-président du conseil d’administration de HQ, Nicolas Minville, dans le communiqué annonçant sa nomination à titre de DG.

Tout le monde était resté surpris au bureau quand on nous avait annoncé cette nomination. En tant qu’employé à HQ, Paul n’était pas reconnu comme un joueur d’équipe, raconte l’une de ses anciennes collègues.

Quatre ans plus tard, Paul Ménard ne semble pas être parvenu à inspirer ses collaborateurs. Bien au contraire. Depuis que son administration est en place, 11 des 22 employés de Hockey Québec ont quitté leur poste. La plupart par dépit, selon nos sources.

Aux yeux de MM. Sigouin et Ménard, la réalité est toutefois bien différente. Le président du conseil d’administration se dit d’ailleurs peu préoccupé par le fait que la moitié des employés de la fédération aient quitté leur emploi, pourtant bien rémunéré, sur une période d’un peu plus de trois ans.

Si on prenait le temps de discuter de chaque cas individuellement, je pourrais justifier 99 % d’entre eux. Il n’y a personne qui est parti à cause du directeur général. Dans le monde où l’on vit, on ne peut pas empêcher les gens d’améliorer leur sort, dit M. Sigouin.


Vers la fin de 2016, quelques mois après la nomination de Paul Ménard, deux directeurs avaient sollicité une rencontre avec Yve Sigouin (qui était alors membre du conseil, mais qui n’avait pas encore accédé à la présidence) pour tirer une première sonnette d’alarme.

Les deux directeurs étaient inquiets. La gestion du personnel leur apparaissait problématique et susceptible de provoquer un exode parmi les employés-clés de la fédération.

Je les ai écoutés et je leur ai donné mon point de vue, se souvient M. Sigouin. Cette démarche des deux employés est finalement restée lettre morte.

Peu de temps après cette rencontre, la prophétie des deux directeurs s’est réalisée. Des employés de longue date ont alors commencé à remettre leur démission, tant du côté des syndiqués que des directeurs, qui font partie du personnel-cadre. À la fin de 2018, on a notamment perdu plus de 60 ans d’expertise en l’espace de quelques mois, explique-t-on.

L’administration précédente (menée par l’ex-directeur général Sylvain Lalonde) avait été marquée par 13 années de stabilité au niveau du personnel, et même par une expansion des services offerts aux membres. Il n’y avait jamais de conflits auparavant. Durant le mandat de Sylvain Lalonde, on s’assoyait autour d’une table si un problème survenait et ça se réglait facilement, raconte un employé.

Pour beaucoup de gens, le changement de culture a donc été brutal.

Dans plusieurs cas, les gens remettaient leur démission avec deux semaines d’avis pour permettre à l’employeur de s’ajuster et de prévoir une relève. Les démissionnaires se faisaient toutefois répondre de prendre leurs affaires et de partir sur-le-champ. La fédération a ainsi perdu énormément d’expertise sans que le moindre transfert d’information se fasse.

Les gens qui arrivaient en remplacement n’avaient droit à aucune formation. Ils étaient laissés à eux-mêmes, comme si leur poste recommençait à zéro. Ces nombreux changements ont eu un impact sur les services offerts aux membres et aux associations, relate une autre source, qui a personnellement vécu un tel baptême à HQ.

Les tâches des employés de HQ ne s’enseignent dans aucune école. C’est une expertise qui se développe sur le terrain au fil des ans. Il faut encadrer et soutenir des associations de hockey locales qui vivent différentes réalités. Il faut constamment former des bénévoles qui assurent le fonctionnement d’un organisme qui compte 100 000 membres. C’est complexe et ça demande beaucoup de travail.

Une ancienne employée de Hockey Québec

Je n’ai pas quitté HQ de gaieté de cœur, confie, pour sa part, un ex-poids lourd de la fédération.

HQ était un endroit où les gens travaillaient extrêmement fort et en étroite collaboration, et cela a changé sous la nouvelle administration. La distribution des tâches n’avait aucun sens. Personnellement, je me suis mis à faire l’objet de microgestion et de remontrances pour des niaiseries. Les gens étaient privés d’autonomie pour mener à bien leurs mandats.

Il y avait aussi des situations qui heurtaient mes valeurs. Par exemple, on nous demandait de couper dans les budgets censés assurer les services aux joueurs. Et la semaine suivante, on tenait un lac-à-l’épaule dans un luxueux hôtel de la Rive-Sud durant toute une fin de semaine, avec les membres du conseil d’administration et leurs épouses. Mon niveau de frustration était tel, qu’il valait mieux que je parte avant de faire une bêtise.


De son côté, Paul Ménard dit exécuter précisément le mandat qui lui a été confié.

Le conseil d’administration m’a embauché parce qu’il voulait que HQ soit dirigé comme une entreprise. Hockey Canada a d’ailleurs pris le même virage. Je proviens du secteur privé et c’est la façon dont je travaille : on établit des projets, on se donne des échéanciers et on respecte les échéanciers.

Paul Ménard, DG de Hockey Québec

J’ai constaté auparavant qu’il y avait énormément de projets qui ne s’en allaient nulle part et qu’il n’y avait rien qui se complétait , ajoute M. Ménard, qui semble ainsi remettre en question la qualité du travail de l’homme qui lui a ouvert les portes de HQ : Sylvain Lalonde.

Ce dernier était pourtant un gestionnaire très respecté dans son milieu de travail.

Cette façon de fonctionner amène toutefois un changement de culture, poursuit Paul Ménard. C’est sûr et certain que ça a été dur pour ceux qui n’avaient pas vécu cet aspect "business". Cela dit, nos employés sont très bien traités.

On ne peut plus gérer les fédérations comme ça se faisait à l’époque. Notre compétition provient maintenant de l’entreprise privée. On doit être plus efficaces et efficients dans notre façon de gérer le hockey, croit M. Sigouin.

Considérant le monopole dont jouit HQ, cette affirmation en fera sourciller quelques-uns.

Bref, un changement de culture s’opère, et les employés qui étaient confortables dans leurs pantoufles et qui ont été habitués à être gérés comme les professeurs d’une école publique ont de la difficulté à s’ajuster à cette nouvelle réalité, fait valoir Yve Sigouin.


Les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête proviennent de tous les horizons : hommes, femmes, cadres et syndiqués. Certains comptaient de longues années d’ancienneté au sein de la fédération, tandis que d’autres y ont fait leur entrée plus récemment.

Fait à souligner, tous ont requis l’anonymat. Compte tenu du climat de travail qui prévaut à HQ, les employés actuels craignent des représailles de la part de la direction.

Pour leur part, les anciens employés qui ont répondu à nos questions occupent maintenant d’autres emplois. Ils disent ne pas vouloir mêler leur nouvelle situation professionnelle à celle qu’ils ont connue au sein de la fédération. Plusieurs anciens ont toutefois souligné qu’ils acceptaient de commenter pour soutenir les employés actuels qui, estiment-ils, vivent une situation très difficile.

Le président du conseil d’administration de HQ pense plutôt que le syndicat des employés est à l’origine de ces allégations de climat de travail toxique au siège social de Montréal.

Ça ne peut être que le syndicat, parce que c’est le syndicat qui a un problème, affirme-t-il.


Outre cette très anormale vague de départs (la moitié du personnel), au moins trois employés ont souffert d’épuisement professionnel ou ont eu besoin de congés de maladie pour s’éloigner des bureaux de HQ. Et selon nos sources, d’autres employés consultent pour obtenir de l’aide.

À un certain moment, une collègue est venue me voir pour me dire qu’en revenant du bureau le jour précédent, elle s’était approchée d’un feu rouge en se demandant si elle devait poursuivre sa route au lieu de stopper sa voiture, parce qu’elle n’avait pas le goût de se lever le lendemain pour retourner au travail. Elle est ensuite partie en congé de maladie, raconte un ancien employé.

J’étais passionnée et je pensais faire toute ma carrière à Hockey Québec. Mais j’ai décidé de m'en aller pour préserver ma santé mentale.

Une ex-employée de Hockey Québec

C’est difficile de résumer la situation en une phrase. C’était une suite de microagressions qui, ajoutées les unes aux autres, finissaient par devenir insupportables.

Plusieurs intervenants ont raconté l’expérience d’une secrétaire rédigeant des lettres ou des courriels alors que Paul Ménard était posté au-dessus de son épaule pour en surveiller ou en dicter le contenu.

Une autre employée s’est fait demander de prouver qu’elle n’avait pas utilisé un véhicule de la fédération à des fins personnelles à la remise d'une facture d’essence. Elle venait pourtant de passer le week-end à superviser et à appuyer un événement de la fédération présenté en région.

Une lettre de réprimande a été versée au dossier d’un employé s’étant prévalu d’un congé d’une journée après 37 jours de travail consécutifs.

Plusieurs intervenants ont aussi raconté avoir été peu à peu délestés de leurs dossiers. La direction a cessé de les convier à des réunions concernant spécifiquement les mandats qu’ils devaient remplir, sans explication.

On recevait tellement de directives contradictoires que nous avions pris l’habitude de comparer nos notes à la sortie des réunions. On voulait ainsi éviter d’être blâmés pour avoir mal exécuté nos mandats. Ça créait une grosse pression. Pour se protéger, certains enregistraient même leurs conversations avec le DG, affirme une ex-employée de HQ.

Je rencontre rarement des employés, à part ceux qui touchent aux dossiers dans lesquels je m’implique directement. Je laisse faire les directeurs (pour la gestion du personnel), se défend Paul Ménard.

Comment se fait-il que personne ne s’aperçoive de ce qui se passe? Le conseil d’administration dort-il au gaz? Il y a des départs, de l’absentéisme et de la maladie. Ou bien le conseil d’administration ne voit rien passer, ou bien il cautionne ce qui se passe. Et dans les deux cas, c’est inacceptable, affirme un ancien employé.

Yve Sigouin souligne qu’il est un président du conseil présent sur le terrain, qu’il discute tous les jours avec son directeur général et qu’il est bien au fait de ce qui se passe à Hockey Québec.


Ce qui sauve les employés qui sont encore en place, c’est la relation que nous avons entre nous. On se serre les coudes pour essayer de continuer à offrir un service de qualité. Mais avec la direction, c’est assez difficile, dit un membre du personnel actuel.

Plusieurs intervenants soulignent n’avoir aucun contact ou relation avec le DG, ce qui semble assez extraordinaire dans une boîte où l’on ne retrouve que 23 personnes, en comptant le directeur général.

Il y a des gens avec lesquels le DG interagit beaucoup et d’autres qu’il ignore totalement et qu’il ne salue même pas. Je n’ai jamais vécu une chose pareille. C’est lourd. On en parle entre nous, révèle l’une des personnes interrogées.

Un gardien de but est de dos et fait face au reste des joueurs sur une patinoire intérieure.

Des jeunes joueurs de hockey mineur

Photo : Getty Images / Francis Black

Au cours des dernières années, la vague de départs qui a frappé HQ a provoqué l’arrivée de nouveaux employés ayant vécu d’autres expériences professionnelles à l’extérieur de la fédération.

Je n’avais jamais vécu une telle ambiance de travail, confie l’une de ces nouvelles acquisitions.

Il y a du favoritisme flagrant. Il y a des clans. Le DG n’entretient des relations qu’avec un groupe restreint d’employés, surtout ceux du département des communications.

Les employés apprennent parfois ce qui se passe à Hockey Québec quand des textes sont publiés sur le site Internet de la fédération.

Un employé de Hockey Québec

De son côté, Paul Ménard affirme plutôt entretenir des relations cordiales avec ses employés... sauf deux, dont je m’approche moins, précise-t-il.

Je salue tous les employés. J’ai tenu deux réunions à leur retour au travail cet automne pour expliquer notre situation et les services que nous voulons rendre aux membres. Par les temps qui courent, nos coordonnateurs sont en télétravail, alors on est moins présents et on se voit moins. Je vais continuer à saluer tout le monde ici et à faire des blagues avec les gens. Ce n’est pas cette conversation qui va modifier ma façon de faire.

Quant à la relation privilégiée qu’il semble entretenir avec les employés des communications, le DG estime qu’en temps de pandémie, le service des communications est le meilleur outil dont il dispose pour soutenir le niveau d’intérêt des membres de HQ et de la population envers le hockey.

Une baisse d’intérêt pour le hockey, ça représente des pertes énormes en termes d'adhésions, dit-il.


Depuis le début de la pandémie en mars dernier, les relations de travail, déjà très difficiles, se sont encore plus détériorées selon les personnes interrogées.

À la mi-juin, HQ s’est prévalu d’une aide gouvernementale assurant aux employés 75 % de leur salaire. Cette aide du gouvernement visait à permettre aux entreprises de continuer à fonctionner pendant cette période particulièrement difficile. Mais à la surprise générale, les employés ont été renvoyés chez eux pendant trois mois sans qu’on leur demande de travailler.

Le DG nous a rencontrés un par un et il nous a dit : "Rentrez chez vous pour l’été, bonnes vacances", dit un salarié.

Ça, c’est l’affaire qui m’a le plus écœuré, ajoute l’un de ses collègues.

Nous avions une chance de faire avancer les choses, de créer des modules de formation à l’intention des membres ou de développer des projets. Mais on demandait au personnel de ne pas travailler. Ça n’avait aucun sens. Nous avions de l’aide gouvernementale pour continuer à avancer et préparer la saison 2020-2021, mais nous ne l’avons pas utilisée.

Un employé de Hockey Québec

Durant l’été, nous savions que les bénévoles des associations travaillaient d’arrache-pied pour organiser une saison en tenant compte de nombreux scénarios. Il y avait énormément d’incertitude et les consignes de la santé publique étaient toujours susceptibles de changer. Mais nous n’étions pas là pour répondre à leurs questions, affirme un autre employé, encore surpris par ce congé.

Paul Ménard a raconté à des présidents de région et à des journalistes que les employés avaient refusé de travailler à moins de 100 % de leur salaire durant l’été. C’est un non-sens. Tout le monde était prêt à travailler selon un horaire réduit. Trouvez-moi un endroit dans le monde où des employés pourraient refuser de travailler au gré de leur humeur, sans se faire congédier dans la minute qui suit, rétorque une source bien au fait du dossier.

Le directeur général de HQ maintient sa version des faits.

On s’est fait dire [par le syndicat] que si on utilisait du personnel, il fallait le payer à 100 %. Il y a d’autres fédérations où les employés étaient sur la PCU et donnaient quand même des heures à leur fédération. Nous n’avons pas eu ce genre de réaction chez nous. On ne voulait pas débourser le 25 % de salaire supplémentaire. On ne voulait pas débourser des salaires qui allaient nous enlever de la marge de manoeuvre à la reprise des activités. C’était une décision uniquement économique, déclare-t-il.


Les employés syndiqués de Hockey Québec ont finalement été rappelés au travail à la mi-septembre, alors que les préparatifs de la saison auraient dû être presque terminés.

Après avoir payé son monde à ne rien faire pendant trois mois, la direction générale de Hockey Québec a invoqué le contexte économique difficile pour demander la suppression de cinq postes, sans tenir compte de l’ancienneté du personnel.

Paul Ménard a ciblé les employés dont il souhaitait se débarrasser. S’il avait tenu compte de la liste d’ancienneté, il aurait dû se départir des employés du département des communications, qui figurent parmi les derniers à avoir été embauchés. Or, le DG entretient une relation privilégiée avec eux, notent plusieurs intervenants.

Le syndicat est revenu avec une contre-proposition. Pour permettre à la fédération de traverser la tempête, il a été proposé que l’ensemble des employés de HQ se serrent les coudes et que les salaires de tous (syndiqués et membres de la direction) soient coupés de 20 %.

Cette solution a toutefois été refusée par la direction.

Au final, le DG et les directeurs ont donc conservé 100 % de leurs émoluments, tandis que, pour sauver les emplois de cinq collègues, les syndiqués ont été réadmis au travail à demi-temps et à demi-salaire, en vertu d’un programme d’aide fédéral.

En fait, quelques syndiqués, ceux du département des communications, ont eu le privilège de rentrer au travail à temps complet.

On trouvait que la proposition de couper également les salaires de tout le monde constituait la meilleure décision d’équipe. Ça aurait démontré que nous étions tous dans le même bateau. Quand ça a été refusé, il y a eu un impact direct sur le climat de travail.

Hockey Québec véhicule beaucoup le slogan L’ÉQUIPE AVANT TOUT sur les réseaux sociaux par les temps qui courent. On trouve ça étrange parce que ce n’est pas du tout ce qu’on vit à l’interne, lance une employée.

Nous avons refusé d’abaisser le salaire de tout le monde de 20 % parce que les directeurs répondent à nos membres sept jours par semaine. Et nous savions qu’à la rentrée en août, nos directeurs et notre département des communications allaient être sollicités sept jours sur sept. Je ne voyais pas comment pouvoir maintenir le service aux membres en coupant l’horaire de nos employés non syndiqués, explique Paul Ménard.


Toujours cet automne, un autre étonnant conflit a éclaté au siège social de Hockey Québec. Et cette fois, c’est la longue relation de confiance liant la fédération à son plus important circuit de développement, la Ligue de hockey midget AAA, qui a été mise à mal.

La LHMAAA occupait un bureau au siège social de HQ depuis le milieu des années 2000. Mais vers la fin du mois de septembre, les dirigeants de la ligue ont remballé leurs affaires et prestement quitté les lieux.

C’était l’ex-DG Sylvain Lalonde qui, il y a une quinzaine d’années, avait insisté pour que la LHMAAA, à titre de partenaire privilégiée de la fédération, puisse loger sous le même toit que les employés de HQ.

Cette relation est toutefois devenue moins organique, dit-on, suite à la nomination de Paul Ménard au poste de DG. Au point où les employés de la fédération ont graduellement senti le besoin de se cacher pour discuter avec les représentants de la LHMAAA.

Ce n’était pas un bon climat, commente une source bien au fait de la situation.

Selon plusieurs personnes interrogées, la goutte qui a fait déborder le vase est survenue en septembre, quand M. Ménard a directement reproché aux représentants de la LHMAAA d’écouter ce que les dirigeants de HQ se disaient dans la salle de réunion voisine, et d’en informer les employés.

On avait énormément de réunions et c’est difficile d’assurer une confidentialité ici. On a demandé aux gens de la LHMAAA de déménager dans un autre bureau situé plus loin de notre salle de réunion. Ils ont décidé de partir ailleurs, soutient Paul Ménard.

Dans les jours suivant cet incident, le conseil d’administration de la Ligue midget AAA a effectivement jugé que la cour était pleine. Un vote a été pris, et il a été décidé qu'elle allait désormais louer un bureau à Longueuil pour y mener ses activités.

La LHMAAA n’est pas une garderie. Elle a quitté parce qu’elle a jugé qu’elle devait quitter, même si ça occasionnait des dépenses importantes et même si la ligue est loin de rouler sur l’or, explique-t-on.

Nous ne sommes pas sûrs que le climat soit bon à la fédération. Tant qu’à faire de la chicane, tant qu’à entendre des choses qu’on ne veut pas entendre et à voir des choses qu’on ne veut pas voir, nous avons jugé qu’il valait mieux sortir de là, mentionne une personne bien au fait des raisons ayant mené à cette séparation.


Les patins et les bâtons sur une patinoire

De jeunes joueurs de hockey

Photo : Getty Images / joci03

La marmite surpasse donc le point d’ébullition à Hockey Québec. Et le moment ne pourrait être plus mal choisi puisque, sur les patinoires du Québec, la fédération vogue aussi contre vents et marées depuis plusieurs années.

Entre les saisons 2014-2015 et 2019-2020, le nombre de hockeyeurs membres de HQ a chuté de 100 599 à 87 323, une baisse de 13,2 %.

Ces chiffres masquent toutefois une désaffection encore plus grande. Parce que depuis 2015, des ligues scolaires qui n’étaient pas fédérées se sont affiliées à HQ. Ces hockeyeurs issus du milieu scolaire n’étaient pas comptabilisés auparavant et sont donc venus gonfler les rangs de la fédération.

Si l’on ne tient pas compte des hockeyeurs provenant de ligues récemment affiliées à HQ, le nombre de ses membres a plutôt chuté de 100 599 à environ 81 000, estime l’une de nos sources. C’est énorme.

En plus, cette situation très sérieuse a certainement été exacerbée par la pandémie.

Il y a encore plus inquiétant : au cours des cinq dernières années, les taux d’inscriptions des catégories d’initiation au hockey (MAHG) se sont considérablement érodés. Selon les rapports annuels de Hockey Canada, il y avait 13 104 hockeyeurs inscrits dans les programmes MAHG au Québec en 2015, alors qu’on en dénombrait seulement 10 234 la saison dernière. C’est une alarmante baisse de 22 %.

Encore là, il n’est pas déraisonnable de croire que la pandémie a considérablement aggravé la situation cette saison.

Parce qu’elle survient à la base de la pyramide, cette importante baisse de clientèle affaiblira éventuellement toute la structure, puis des circuits d’excellence comme la LHMAAA et la LHJMQ.

On regarde cette tendance et ça donne le vertige. La pandémie menace réellement d’entraîner HQ dans une spirale descendante. Il faut trouver une façon de réagir et de redresser la situation, conclut l’un de nos interlocuteurs.

Hockey Québec est-elle équipée, en ce moment, pour enclencher une relance positive pour le hockey?

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