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Les régions francophones du Nord sont-elles un frein au développement économique?

Un phare décoré aux couleurs acadiennes, au coucher du soleil.

Grande-Anse, dans la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick

Photo : Getty Images / Vladone

Les différences régionales sont-elles boulet au Nouveau-Brunswick? Dans le nouveau plan de relance économique de la province, cité par la lieutenante-gouverneure lors du discours du Trône, le gouvernement a laissé entendre que si. En attendant que le premier ministre précise sa pensée, plusieurs craignent qu’un plan de développement économique dénué de toute saveur régionale se dessine en coulisse.

La façon de penser qui distingue à la fois le Nord du Sud et les régions rurales des centres urbains et qui nuit au potentiel de croissance [est l’un des défis précis qui se posent à l’économie du Nouveau-Brunswick].

Discours du Trône du Nouveau-Brunswick, 17 octobre 2020

Ce passage faisait référence au nouveau plan économique de la province, Combler le fossé en une génération, un document de 7 pages publié discrètement le 27 octobre 2020 sur le site web d’Opportunités Nouveau-Brunswick.

Un passage sujet à interprétation

Si les discours du Trône qui se cantonnent dans les généralités n’ont normalement pas de quoi étonner, ce passage a valu au gouvernement Higgs de recevoir plusieurs demandes de précisions.

C’était un peu surprenant de lire ça. J'aurais aimé qu’on élabore. Qu’est-ce qu’on cherche à dire par ça? demande Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB).

Frédérick Dion interviewé devant un terrain de stationnement.

Le directeur général de l'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion (archives)

Photo : Radio-Canada

Le passage a été interprété comme une flèche à l’endroit des résidents du Nord.

Il y aurait lieu de redresser ce commentaire divisif qui laisse entendre que le Nord et le secteur rural sont des canards boiteux à la remorque du Sud et du secteur urbain, a écrit le travailleur social Claude Snow, du Comité des 12 pour la justice sociale, dans une lettre envoyée au premier ministre.

 Photo de Claude Snow.

Claude Snow (archives)

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Gaëtan Thomas, président-directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CENB) a quant à lui appelé à ne pas surinterpréter les propos et à laisser au premier ministre Blaine Higgs le temps de présenter son plan.

Je dois être très sincère, on voit une ouverture du gouvernement à consulter, puis à impliquer les gens. Je n’ai jamais été aussi emballé, senti aussi écouté, affirme M. Thomas.

Selon lui, ce passage pourrait tout simplement faire référence au phénomène de l’exode rural. Les gens des régions du Nord quittent vers Moncton ou Fredericton et c’est bon pour le PIB du Sud, mais ça nuit au PIB global, explique-t-il.

Questionnements sur le processus de consultations

Dans son plan économique, Opportunités NB se targue d'avoir consulté le secteur privé au début de l'année 2020.

Des conseillers du monde universitaire, du milieu des affaires et du secteur de la technologie ont été consultés, de même que des économistes, des dirigeants municipaux, des groupes de divers secteurs et des dirigeants d’entreprise, peut-on lire dans le plan économique et le discours du Trône.

Or, on ne fournit aucun détail supplémentaire sur ces consultations. Le porte-parole libéral en matière de développement économique, Gilles LePage, dit même n’avoir jamais été mis au courant de la tenue de telles séances.

Je ne savais même pas qu’il y a eu des consultations l’année dernière là-dessus. Je n’ai pas eu écho de gens qui ont participé à des consultations. Et on n’a pas vu le rapport de ces consultations. J’aimerais savoir qui a été consulté pour qu’on en arrive à une telle conclusion, dit Gilles LePage, aussi député de Restigouche-Ouest.

Gilles LePage, député de Restigouche-Ouest, le 19 septembre 2020.

Gilles LePage, député de Restigouche-Ouest, le 19 septembre 2020

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Gaëtan Thomas n’a pas non plus souvenir d’une consultation consacrée au secteur privé, mais il confirme que plusieurs séances ont été menées séparément depuis les derniers mois.

Le Groupe de développement économique du Nord, dit-il, a travaillé durant deux ans à un plan de relance puis a remis une ébauche au gouvernement. Ensuite, une centaine de personnes ont été consultées par le comité d'ajustement de Belledune, après la fermeture de la fonderie de Glencore, en décembre 2019. Finalement, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick a mené un processus de consultations avec les maires et les mairesses. On est en train de finaliser un rapport, indique M. Thomas.

Le prélude à un changement en matière de représentation?

Claude Snow rappelle que le ministère du Développement social a procédé à un découpage de la province en quatre régions en juin dernier. Cela a eu pour effet de désigner Bathurst comme le centre des services pour toutes les régions du Nord, du Madawaska jusqu’à Miramichi.

Cette décision prend un nouvel éclairage avec la déclaration du discours du Trône, selon Claude Snow, du Club des 12 pour la justice sociale.

Le fait que le gouvernement ait pris cette décision-là [de créer quatre pôles pour le ministère du Développement social] nous laisse croire que c’est ce qu’il envisage pour le reste, craint-il.

Par ailleurs, une révision de la carte électorale est au menu et le gouvernement a déjà annoncé son intention de réduire le nombre de députés.n

Ça pourrait vouloir dire des circonscriptions bilingues et des députés anglophones dans certains cas, ajoute M. Snow.

Le directeur général de l’AFMNB, Frédérick Dion, se demande lui aussi si le passage du discours du Trône sur les freins au potentiel économique est signe de quelque chose qui s’en vient.

Le PDG du CENB, Gaëtan Thomas.

Le PDG du CENB, Gaëtan Thomas (archives)

Photo : Radio-Canada

Le PDG du CENB, Gaëtan Thomas, reste pour sa part optimiste. Le premier ministre a pris un engagement à notre assemblée générale annuelle, révèle-t-il. Il a dit que la province du Nouveau-Brunswick sera seulement forte quand toutes les régions seront fortes.

La lettre de demande de précisions de Claude Snow tout comme les courriels de Radio-Canada sont restés sans réponse.

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